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15 février 2005 2 15 /02 /février /2005 00:00
Publié en « Carte blanche » dans « Le Soir » du 15/02/2005 (*)
  
Sous la pression d’une Flandre unanime, les partis traditionnels ont osé bousculer le dernier tabou garant d’un semblant d’unité institutionnelle : toucher aux frontières de Bruxelles et de la Flandre.
 
Preuve de courage ? Effrayés par leur témérité, ils se sont empressés de préciser que leur décision était purement tactique, rappelant « n’être demandeurs de rien ». Sympa pour les habitants des communes à facilité soumis à de nombreuses tracasseries, pour les francophones de Bruxelles, victimes des privilèges exorbitants accordés aux Flamands. Et pour les Fouronnais…
 
Sans revenir sur l’histoire, il est trivial de reconnaître la constance du Mouvement flamand. Observons simplement que des citoyens lucides, considérés au mieux comme « un peu extrémistes », ont tout fait pour sauver la Belgique. Si les propositions wallonnes de 1903 à 1945 de fédéralisation avaient été suivies, nous n’en serions pas là… Les « bons Belges » appliqueront jusqu’au bout la maxime de La Rochefoucauld : « On est toujours plus heureux de ce que l’on ignore que de ce que l’on sait ». Si les politiciens flamands courent derrière le Vlaams Belang dans ses projets, même les plus anti-démocratiques, nos politiciens francophones vivent dans la nostalgie d’une Belgique qui n’a jamais existé. Ils ne veulent rien voir venir.
 
En face ils mènent une guérilla permanente. Deux exemples, l’un symbolique, l’autre concret : les transferts Nord-Sud et la scission de l’Arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvorde.
 
Même dans les chiffres les plus extrêmes publiés, les transferts se situent dans la moyenne basse des transferts entre régions d’autres Etats d’Europe. Rien que de normal dans le cadre de la solidarité entre les citoyens d’un même Etat. Nos myopes des partis traditionnels, ont cru devoir réagir sous forme d’une querelle de chiffres et d’arguments. Le problème est ailleurs, les Flamands veulent nous faire comprendre qu’ils ne veulent plus partager cet Etat avec nous.
 
Loin d’être symbolique comme on l’a prétendu, la scission de BHV entre bel et bien dans la logique d’indépendance. La marche irrésistible de la Nation flamande suppose la fixation de frontières d'Etat : telle est en est le sens. La dissolution de la Yougoslavie a en effet consacré en Europe le principe selon lequel les limites administratives internes acquièrent, en cas de sécession, le caractère de frontières d'Etat protégées par le droit international. Les éventuels Etats européens sont liés par ce principe qui maintiendrait les communes à facilité dans la Flandre indépendante. Les effets d'une scission seraient irréversibles.
 
Encore faudrait-il que ces limites administratives soient établies de manière univoque et définitive. Or, tant que la scission de BHV n'est pas consommée, ce n'est pas le cas. Ses limites chevauchent et contredisent celles des régions linguistiques et des Etats fédérés de Flandre et de Bruxelles. Elles sont une indication claire de l'opposition persistante d'une des parties à la limitation de Bruxelles aux 19 communes. C'est le seul atout qu'il serait stupide de galvauder dans le dernier quart d'heure. Il ne faut donc pas céder sur ce point et sacrifier le moyen et le long terme, en particulier la continuité territoriale entre la Wallonie et Bruxelles et leur avenir commun, à des satisfactions immédiates mais illusoires, comme le refinancement éventuel de la Région ou l'allégement partiel, hypothétique et transitoire des contraintes linguistiques.
 
Si les stratèges des partis traditionnels viennent de nous rejoindre sur ce point, ils ne précisent pas que la seule contrepartie négociable à la scission de l'arrondissement est la fixation démocratique des limites de la Région bruxelloise, par la consultation des populations concernées.
 
Certains pensent maintenant à s’inventer un autre avenir. Des pistes existent. L’indépendance de la Wallonie et de Bruxelles (sous forme d’un district) sont évoquées. Si la "Mini-Belgique sans la Flandre" semble tenir la corde, on n’ose (pas encore trop) parler de réunion à la France…
 
La Wallonie n’étant pauvre qu'en comparaison avec la Flandre provisoirement plus riche, la viabilité économique d’un Etat wallon est réelle, mais sera difficile et coûteuse socialement. L’obstacle réside surtout dans le fait que la Wallonie n'a jamais voulu devenir une nation.
 
Bruxelles en "District européen" enclavé dans un Etat flamand ? Le district de référence est Washington. Ses habitants se plaignent d’être traités comme des citoyens de seconde zone… Il n'est pas simple de transformer Bruxelles en un district fédéral européen, l'Union n'est pas un Etat et n'a ni le pouvoir, ni le moyen, ni le désir d'administrer un territoire. Que serait la ville dirigée par des eurocrates ( la plupart, habitant en dehors de la ville)? L'anglais aurait vite fait de remplacer le français et les autres langues. Sans compter les Ministères fédéraux vidés des milliers de fonctionnaires flamands rapatriés et les compensations aux Flamands qui y ont tellement investi !
 
Une "Mini-Belgique sans la Flandre" ? Qui pense sérieusement qu'elle serait viable ? Beaux débats en perspective pour choisir une capitale administrative ! Le manque de continuité territoriale accroîtrait le bien réel « sentiment national bruxellois », conséquence paradoxale des contraintes imposées par la Flandre à la ville depuis 1963. Les courriers des lecteurs et les propos des politiques incitent à penser que les deux régions ne pourraient vivre ensemble sans heurs…
 
Les partis traditionnels francophones n’ont rien à opposer aux Flamands. Le simple fait d’accepter de discuter montre qu’ils sont prêts à des concessions. Des scénarii circulent déjà allant du re-bétonnage des facilités (que deviendront-elles dans l’Etat flamand ?) à un refinancement de Bruxelles. N’espérons pas, dans l’hypothèse de concessions inacceptables, que les mesures de sauvegarde du type « sonnette d’alarme » ou opposition des ministres francophones au fédéral puissent sauver l’essentiel. Les concessions auront l’aval des Présidents de partis, nous vivons en particratie…
 
Si négociation il doit y avoir, il faut y aller dans de bonnes conditions, les Francophones et les Wallons n’ont jamais pu, pour des raisons de nombre, de moyens ou de volonté, tenir un dialogue équilibré avec les Flamands.
 
La vraie négociation, la seule, qui mettra fin, une fois pour toute, aux problèmes communautaires sera celle qui aura lieu entre les Etats successeurs de la Belgique. La Flandre et… la France.
 
Si l’on analyse froidement l’évolution de la situation institutionnelle, l'heure décisive approche où les Bruxellois, dans le respect scrupuleux des droits individuels de leurs concitoyens de langue néerlandaise, devront choisir leur destin. Nous leur proposons de le faire aux côtés de la Wallonie, dont ils sont en si grand nombre les enfants, en marche sur le chemin qui les ramènera dans leur maison commune.
 
(*) Le titre est du Journal "Le Soir"

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Published by Claude Thayse - dans Documents
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