« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. Â» (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

Je ferais un bilan en demi-teinte. Tout d’abord, il y a très longtemps que des Wallons ne se sont plus réunis aussi nombreux pour réfléchir à leur identité , mais curieusement ce mot n’a pas été prononcé de toute la soirée.

Mais si le thème était de présenter « un projet politique de la société wallonne pour son avenir Â», je reste sur ma faim. L’assistance était certes composée de militants wallons sincères (des rattachiste au partisans du "tout en wallon refondu", j'étais assis à côté de l'un d'entre-eux...) et d’une grande délégation de Fouronnais, mais n’avait attiré que peu de politiques, quelques syndicalistes et pas de représentants du monde économique. En particulier,seul des adhérents ( ?) du PS (si on peut encore qualifier ainsi les Van Cau, Dehousse, Eerdekens, Happart plutôt régionalistes et l’ultra-belgicaine Lizin - qui est juste passée le temps de se faire photographier - de « représentants du PS Â») et quelques un de leurs apparatchiks représentaient le monde politique. Certes, des dirigeants ou militants de partis wallons ou confidentiels étaient présents (RWF, WALLON…). bravant leurs instances officielles. Seule bonne surprise, la présence  de quelques universitaires. Le pari de réunir la « Société wallonne Â», s’il a jamais existé n’est donc pas encore gagné… Mais c'est un premier pas.
 
Petit résumé des interventions (Je n’ai pas entendu celle de Jean Louvet…) :
 
Jean Pirotte, président de la Fondation wallonne a été clair et son discours, repositionnant le mouvement wallon, dans son histoire. (Le texte de son intervention est publié sous forme decarte blanche dans "Le Soir" du 4 mars)
 
Les différents dirigeants syndicaux présents - et leur présence est un fait important - ont mis l’accent (avec redondance et un ton très syndical) sur ce qu’a apporté la régionalisation des compétences économiques à la Wallonie, mais, curieusement tout en se référant à la pensée d’André Renard qui a eu (lui !) l’intelligence de lier le combat syndical au combat wallon. Ceux qui s’en réclamant maintenant ont tapé sur la Communauté française, sur la concentration des moyens à Bruixelles, sur leurs excellentes relation avec les "camarades flamands" tout en se livrant à des incantations pour le maintien de la solidarité fédérale et des professions de foi fédéralistes dont tout le monde sait que la Flandre - qui s’édifie en nation - n’en a plus rien à cirer. L’un d’eux à même parlé de symbiose, alors que le terme parasitisme eût mieux convenu. Clamant enfin leur solidarité avec Bruxelles mais tout en exprimant un certain malaise vis à vis du statut de cette ville-région.

Evidemment, ils font partie du système, il est bien loin le temps où les syndicats étaient des structures révolutionnaires. Wallons ? Oui, mais solidaires avec nos amis Flamands qui eux ne le sont pas. Il n’y a pas d’autre horizon que les frontières de la Belgique unie. En tous cas officiellement... Pour eux.
 
De l’intervenant présenté comme venant du « monde économique Â», en réalité le secrétaire adjoint à la fédération wallonne de l’agriculture et ancien membre du Cabinet de José Happart, alors ministre, il y a peu de chose à retenir, sauf une confirmation : c’est que la Wallonie est capable, après une période d’adaptation, d’absorber n’importe que transfert de compétences. Mais qui en doutait ?
 
De Thierry Haumont, romancier, présenté comme parlant au nom du monde culturel et associatif, je ne retiendrai qu’une chose d’une intervention laborieuse, confuse,  maladroite et improvisée (Méforme ou stress ?) : il n’y a presque rien qui a changé en 25 ans… Pour le reste, mieux vaut oublier, il est même parvenu à choquer un authentique résistant wallon de la guerre 40-45 et militant de la Wallonie libre !

 
Christophe Collignon, a sauvé la mise en résumant sa carte blanche publiée dans « Le Soir Â». 

Bref, non au communautarisme, oui au régionalisme (3 régions distinctes et disparition de la Communauté française) mais dans le cadre de la Belgique… tant qu’elle assure la sécurité sociale. Point ! Rien de bien neuf, une position connue.
Alors que dans quelques mois, nous allons probablement assister à la grande rupture… On voudrait relancer le débat entre communautaristes et régionalistes qu’on n’aurait pas fait mieux. Certains cachaient mal une certaine jalousie à l’égard de Bruxelles tout en l’assurant de leur solidarité indéfectible. Il faut dire que la sortie provocatrice et méprisante de Maingain sur son projet d’Etat francophone était dans tous les esprits.

Tout ça manquait furieusement de hauteur.

Un pause bienvenue a permis à aux spectateurs de se rencontrer… Et d’échanger leurs points de vues.

Après une rapide présentation rapide de la « Déclaration pour un projet politique mobilisateur de la société wallonne Â» (ICI en pdf pour que vous puissiez vous en faire une idée et éventuellement réagir) un court débat avec la salle a surtout permis aux politiciens présents de s’adresser à l’assemblée pour leur dire – comme d’habitude – ce qu’elle souhaitait entendre. Van Cau plutôt régionaliste, Eerdekens partisan du rattachisme, Dehousse osant rappeler que c’est grâce à la Communauté française (omettant de dire qu’elle fut obtenue par F. Perin dans cet objectif) que la Région wallonne a pu exister. Pour ceux qui l’ont oublié, les Flamands voulaient un fédéralisme basé sur les Communautés linguistiques, les Wallons mettant en avant la maîtrise de l’économie par les régions. Le résultat fut un compromis boiteux dont nous payons encore aujourd’hui les conséquences. (1) Particulièrement en matière d’enseignement où il faudrait adapter les programmes en fonction des besoins locaux. J’aime bien utiliser l’image suivante : « Un sanglier ne se chasse pas de la même manière dans le bois de la Cambre et dans les forêts d’Ardenne… Â»

Happart a conclu à sa manière inimitable. Dans un discours disant tout et son contraire.
Petit florilège :
- La Belgique vivra encore longtemps et la rupture risque de se faire dans les 6 mois qui viennent.
- La Wallonie Région de France ? Pourquoi pas, je n’y suis pas opposé (Ah bon ?) ? Mais les Français n’en veulent pas. (Ah booonnnn  ?)
- Il faut préparer l’avenir, mais le Parlement wallon ne veut pas en parler.
- Les politiques ont bien compris qu’on va dans le mur, mais ils doivent suivre l’opinion publique qui ne l’a pas compris.
 Bref une soirée décevante d’une part, ne représentant qu’une partie de la société civile wallonne et une fraction (en rupture de ban ?) du monde politique les orateurs inscrits au programme persistant à croire (ou à vouloir faire croire) à la poursuite d’une Belgique fédérale pourtant illusoire. Tandis que dans la salle, et autour d’un verre ensuite, les militants wallons se retrouvaient pour dire qu’il est temps de préparer l’avenir parce que le moment de la rupture est très proche. Le débat entre régionalistes et communautaristes risque d'être très vite dépassé... "On ne fait pas les cuivres quand la bateau coule"...

Mais malgré ça, un moment important d’autre part simplement parce qu’il a eu lieu. J'espère que les organisateurs vont en tirer les leçons nécessaire et poursuivre en élevant le débat. Ceci dit, je pense que sans un relai politique fort et pluraliste, tout ça risque de n'être qu'un coup d'épée dans l'eau. Et à l'heure actuelle, ce relai n'existe pas. Il y a peut-être quelque chose qui est né ce vendredi soir de tempête à Namur...

Il est pourtant urgent maintenant de se réunir autour d’un vrai projet d’avenir pour la Wallonie, au-delà des partis et des divisions de la Société civile. Pour ça, il faut absolument une pression politique, une prise de conscience et une réflexion approfondie en mettant toutes les cartes sur la table. C’est l’objet de l’appel lancé dans le
Manifeste pour la convocation des Etats-généraux de la Wallonie.
Je n'aimerais pas que vous restiez sur une mauvaise impression. Il s'est passé quelque chose ce 29 février à Namur. Et vous verrez que c'est en rapport avec ce que j'écrivais sur l'identité dans un billet précédent. Je vous invite vivement à lire
ce qu'écrit mon ami François Lemaire sur "Debout la Wallonie !", tout comme le regard d'Arnaud Pirotte.
 
(1) Il faut aussi savoir que les Flamands n’ont pas renoncé à faire valoir leur point de vue. Les projets de Maingain et Consort les rejoignent curieusement. Si vous relisez les résolutions que le Parlement wallon a voté le 3 Mars 1999, ces résolutions proposent une structure binationale avec deux Etats fédérés à part entière, la Flandre et la Wallonie et deux régions à statut spécial, la Région de Bruxelles-capitale et la Région de langue allemande. (Jusque là on peut les suivre sauf pour les statuts spéciaux… qui sont en réalité une façon de nier
la Région de Bruxelles)  Mais ce qui est sous entendu également, c’est qu’à l’instar de la Flandre, la Belgique francophone pourrait également procéder à une fusion de la Région et de la communauté, ce qui entraînerait plus de transparence et d’équilibre. C’est avec quelques nuances ce que Maingain propose. Pour les militants wallons, il n’en est évidemment pas question.

 
 
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