Si on s’appuie sur la théorie de Darwin comme Gould et Eldredge qui, en 1972, ont avancé l'idée que l'évolution des espèces ne se réalise pas de
façon graduelle et continue au cours des temps, mais au contraire que l´évolution se fait à travers des périodes ponctuelles d´intense activité évolutive séparées par de longues périodes
stagnantes, nous pouvons nourrir de grands espoirs pour le Mouvement d’émancipation de la Wallonie.
Nous nous trouvons sans doute à l’aube d’une de ces périodes. On sent, en effet, plus qu’un frémissement au sein de la Société wallonne. Frémissement
lié à la longue crise politique (crise de régime ?) sainement décapante que traverse notre pays hôte actuel, mais aussi à la prise de conscience d’un sentiment d’inachevé et surtout
d’incertitude quant à l’avenir.
Comment expliquer autrement la renaissance de mouvements « dits régionalistes », les propositions d’associations Bruxelles-Wallonie de
certains, ou encore la campagne « subite et spontanée » de séchage de drapeaux sur certains balcons, par exemple.
On ne peut évidemment pas nier qu’il y derrière ces prises de positions de nombreux arguments - certes tous intéressants et pertinents du point de
vue de leurs auteurs - l’expression d’un sentiment d’urgence, d’angoisse ou encore celle de croyances basées sur des idées reçues, mais en pleine déstabilisation. Nos hommes et femmes politiques
ne déclarent-ils pas se coaliser, se mobiliser, pour garantir nos droits alors que les mêmes nient nos identités, les négociations se déroulant sur la logique de blocs linguistiques, et non entre
les représentants des trois Régions du pays, quatre avec la Communauté germanophone ? C’est aussi que je ne vois nulle part, derrière les prises de position, un complément qui me paraît
utile : « pour quoi faire ? »
On ne peut pas nier nos identités.
Pour faire simple et malheureusement forcément réducteur :
Les « régionalistes » mettent en avant, avec raison, l’identité wallonne. Elle existe. On la sent vivre quand on se retrouve entre Wallons,
quelle que soit notre origine locale. Au-delà des mots, il y a un sentiment difficilement explicable - par moi – de communauté d’esprit. Il y a parmi les régionalistes, des « ultras »
qui rêvent d’une langue différente du français par l’imposition d’un wallon standard… Je ne les cite que pour mémoire, ils font du tort au courant qu’ils prétendent défendre.
Les « Wallo-bruxien », des communautaristes, parlent d’une « identité francophone », concept flou destiné à répondre à une
identité flamande forte. Elle me paraît plutôt être une construction artificielle par la juxtaposition d’identités basée seulement sur une langue commune ou une coalition d’intérêts face à une
altérité.
Les « unitaristes » se retranchent derrière une « identité belge » qui veut sublimer les autres pour mieux les nier. Opposés
depuis toujours aux revendications fédéralistes, et hélas pour eux, malgré leurs efforts sémantique - pensons seulement au terme « région » dont ils ont affublé les entités fédérée (or,
ce sont des Etats, quoi !) qui renvoie à une notion de partie, de subdivision - ils ont échoué sur le territoire qui a choisi le combat culturel plutôt que le combat économique que ce
dernier avait déjà gagné par la force de sa majorité numérique. La Flandre a ainsi une
identité forte, elle est un Etat et se veut maintenant une nation. Il n’y a plus que des naïfs ou des nostalgiques pour défendre ou croire
à « l’identité belge ». On peut peut-être les rassurer, cette « appellation belge » persistera encore dans les esprits fort longtemps après la disparition du territoire
politique qui aura porté ce nom pour la dernière fois sans doute dans l’Histoire. Certains parmi eux bottent en touche vers un concept encore plus flou, « l’identité européenne »
(pourquoi ne pas parler directement « d’espèce humaine » ?). Il en va ainsi, entre autres, du fumeux concept « d’Europe des Régions »…
Les milieux rattachistes sont divisés entre ceux (rares, mais fort actifs) qui rejettent de l’identité wallonne (« sans
identité fixe », ils ont simplement remplacé le mot « belge » par celui de « français ») et ceux qui sont profondément Wallons, justement. Ces derniers sont
autant régionalistes que rattachistes parce qu’ils ont compris que dans le monde moderne, les identités sont complémentaires et empilables comme des poupées russes. Comme je l’ai dit un jour dans
un discours, on ne peut pas se dire réunioniste (ou rattachiste, peu importe le terme) et en même temps nier notre identité wallonne. Comme on est Liégeois, Namurois, Brabançon wallon et Wallon
en même temps. Comme en France, on est en même temps, Breton, Bourguignon, Corse, Normand ou autre, en même temps que Français.
Il y a donc entre ces rattachistes-réunionistes et régionalistes wallons des aspirations communes que séparent souvent des questions d’interprétation
sémantique ou parfois de stratégie sur les choix d’avenir, sur les finalités. Le temps est peut-être venu de voir ce qui nous rassemble, sur les priorités pour nos concitoyens plutôt que
d’insister sur ce qui nous sépare. Et se rendre compte que c’est là qu’est le plus important si nous voulons que demain, la Wallonie existe... encore !
Ce qui est certain, c’est que cette symbiose effectuée, les autres attitudes deviendront - pour revenir à l’esprit de la phrase
d’introduction – que des culs-de-sac, des branches mortes sur l’arbre de l’évolution des espèces politiques
M. à j. : Sous le titre « Militants wallons en reconstruction », et deux articles annexes (1) (2), Paul Piret confirme le sentiment exprimé ci-dessus dans « La Libre » de ce jeudi 28 février 2008.
A noter que dans la rubrique « repères »: écrivant « qu’en souhaitant des "états généraux de Wallonie", Jules Gheude
et consorts tablent sur une autre perspective, celle d'une Belgique post-scission. On se rapproche ici davantage du RWF, dont la ligne rattachiste passe par nier non pas la Wallonie, mais la
Région wallonne », s’il rappelle bien que l’objet du manifeste est d’appeler à positionner la réflexion sur la Belgique post-scission, nous ne nions pas, et bien au contraire,
l’existence de la Région wallonne en tant qu’entité politique. Nous mettons au contraire en exergue l’existence d’une Société wallonne distincte et bien réelle à laquelle nous sommes fiers
d’appartenir et que nous ne voulons plus voir subir, mais prendre son destin en main.
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