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11 juillet 2006 2 11 /07 /juillet /2006 00:00

Il y a 702 ans, le 18 août 1304, le roi de France défait le comte de Flandre, Guy de Dampierre, à Mons-en-Pévèle. Qui le sait en Wallonie ? Voilà qui rétabli la vérité sur un des mythes fondateurs de l'ancienne Belgique (celle de Pirenne..) et de la Flandre glorieuse et conquérante..


Par Gérard Hugot

Parmi les tableaux de la Galerie des Batailles du château de Versailles, figure une oeuvre peinte par Jean-Baptiste Larivière, sur la demande de Louis Philippe, intitulée Bataille de Mons-en-Puelle gagnée par Philippe le Bel - août 1304 . Il s'agit du village de Mons-en-Pévèle, non loin de Lille.
 
A la fin du XIIIe siècle, Philippe IV le Bel doit faire face à un redoutable défi : au sud-ouest, Edouard Ier, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, caresse le rêve de rompre ses liens de vassalité avec le roi de France, tandis que, tout au nord, le comte de Flandre, Guy de Dampierre, aimerait bien, lui aussi, ériger ses domaines en territoires indépendants. Les deux puissants seigneurs s'entendent pour former une alliance dirigée contre Philippe le Bel. Celui-ci s'en inquiète et, pour desserrer l'étau qui se met en place, entre en Flandre en juin 1297.

Le comté est occupé, puis une trêve intervient qui court jusqu'au début de l'année 1300. Le roi installe des garnisons dans les villes et ordonne la construction d'une forteresse au sein même de Lille, clé de la Flandre. Parallèlement, ses diplomates réussissent, en 1299, à rompre l'alliance entre Edouard d'Angleterre et Guy de Dampierre. Dès janvier 1300, la guerre reprend. De nouveau, la Flandre est occupée. Le comte, deux de ses fils et cinquante chevaliers se rendent et sont emprisonnés dans des forteresses royales.

Philippe le Bel et la reine Jeanne de Navarre visitent la Flandre en mai 1301 où ils peuvent constater la richesse des cités, mais aussi se rendre compte des divisions qui opposent les classes sociales ; les riches bourgeois tiennent pour le roi, tandis que le peuple marque sa fidélité au comte. Deux tribuns attisent ces divisions ; des émeutes éclatent et, dans la nuit du 17 au 18 mai 1302, les hommes d'armes du gouverneur royal, Jacques de Châtillon, sont massacrés : ce sont les Matines brugeoises. Horrifié, Philippe le Bel confie une armée au prince Robert d'Artois. Une bataille, dite des Eperons d'or, a lieu sous les murs de Courtrai, le 11 juillet : les Français sont lourdement défaits, le prince et bon nombre de nobles, tués.

Durant l'année 1303, le sud de la Flandre et la frontière de l'Artois connaissent de nombreuses chevauchées et des coups de main meurtriers. Le roi constitue un trésor de guerre afin de disposer de vaisseaux et de troupes qui seraient en mesure d'assouvir sa vengeance. Les 10 et 11 août 1304, dans les eaux du sud de la Hollande, la flotte royale, commandée par l'amiral Rainier Grimaldi, vainc celle des Flamands. Philippe le Bel apprend la nouvelle alors qu'il se trouve déjà en Flandre. Il a quitté Arras le 29 juillet afin de rejoindre Tournai, par le Hainaut, pour se rabattre ensuite en direction de Lille, son principal objectif.

Non loin d'Orchies, les deux armées se rencontrent, aux alentours du village de Mons-en-Pévèle, dominée par une colline. Les historiens estiment qu'environ 150 000 hommes se trouvent là, dont un peu plus de Flamands que de Français. Des négociations ont lieu les 14, 15 et 16 août, mais elles échouent ; le 17, chacun se prépare ; toutefois, la bataille ne sera livrée que le lendemain. Elle durera toute la journée, par une chaleur caniculaire.

Les jets de carreaux et les pierres lancées par les frondes, font de nombreuses victimes ; la cavalerie française réussit à contourner le front ennemi et à occuper le sommet du mont, s'emparant des provisions de bouche. Les combattants flamands se trouvent ainsi privés de nourriture et de boisson durant toute la journée : ils sont évidemment assoiffés. Par ailleurs, ils ne disposent d'aucune cavalerie car les partisans du comte se méfient des nobles - susceptibles de rallier le roi - et ont interdit tout combat à cheval.

L'armée de Philippe le Bel fait de nombreuses victimes chez les Flamands grâce à des machines de jet ; néanmoins ceux-ci réussissent à en détruire quatre sur cinq. La fatigue est générale, une pause s'instaure, chacun étant persuadé que les combats ne reprendront que le lendemain. Deux contingents flamands, épuisés, décident de quitter le champ de bataille et, sous la conduite des fils du comte, Jean et Henri de Namur, vont se réfugier à Lille. A ce moment, les Flamands se concertent et deux actions sont entreprises. La première, menée par le petit-fils du comte, Guillaume de Juliers, réussit à bousculer l'armée royale, mais la cavalerie parvient à encercler les assaillants et Juliers est tué. Le second assaut, celui des Brugeois, manque tourner au drame pour le roi : ils parviennent près de lui alors qu'il n'est entouré que d'une cinquantaine de ses hommes, et il doit se battre comme un forcené pour écarter le mortel danger qui le menace : c'est le thème du tableau du château de Versailles. Ici également, la cavalerie sauve la situation, en repoussant les Flamands.

Ceux-ci se regroupent sur le mont puis repartent vers Lille, abandonnant le champ de bataille et laissant ainsi la victoire au roi. Le 20 août, Philippe le Bel prend la route de la grande cité, en passant par Seclin, qui subit des déprédations pour prix de sa fidélité au comte. Le siège de Lille dure un mois, puis la ville capitule. La Flandre, peu à peu, se trouve de nouveau sous l'autorité du roi.

Des négociations aboutissent, en juin 1305, au traité d'Athis-sur-Orge. La Flandre sauvegarde son indépendance mais se trouve condamnée à de fortes amendes. Le traité est révisé en 1310, en 1312 puis en 1320. Robert de Béthune, qui a succédé à son père, Guy de Dampierre - décédé en captivité en 1305 -, renonce aux châtellenies stratégiques de Lille, Douai et Orchies. Elles passent sous domination bourguignonne en 1369, mais restent sous la suzeraineté française jusqu'au règne de François Ier.

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Published by cc Gérard hugot - dans Actualité
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