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12 janvier 2008 6 12 /01 /janvier /2008 14:07
Le sénateur Alain Destexhe a déposé il y a quelques jours une proposition de résolution au Sénat visant à favoriser l’histoire de la Belgique. Il a l'intitulée : Les 50 moments-clé de l'Histoire de la Belgique
 
Excellente suggestion qui apporte de l’eau à mon moulin puisque j’écrivais ce jeudi 10 dans «Un confédéralisme « Flandria-dry »… » que « L'ignorance étant un des fondements les plus sûrs du sentiment belge. L'ignorance de l'histoire du fédéralisme certes, mais aussi l'ignorance de l'histoire de Belgique elle-même». 
Evidemment, vous vous doutez que nos objectifs n’étant pas les mêmes, la nature des moments-clés qui seront choisi sera différente. Sans remonter à Henry Pirenne, la conception (la manipulation)  de l’histoire officielle a été centrée sur celle du Comté de Flandre et l’exaltation des ducs de Bourgogne en lutte avec les rois de France ou de princes étrangers comme Charles Quint. 
Ce qui n’a jamais rencontré les aspirations des Wallons et particulièrement de Liégeois. Il est donc à craindre que cette proposition, si elle abouti un jour sera fort teintée de belgicanisme. J’ai donc eu envie de mettre par écrit mes propres moments-clé de l'histoire (65 !) de ce qui a fini par composer la Wallonie. En surlignant les éléments que je considère comme les plus fondateurs de notre identité.
 

 
- 130.000
Occupation du sillon Mosan, enfant de la grotte de Sclayn (Andenne) par des hommes de type Neandertal. (Qui auraient du s’appeler  d’Engis)
- 35.000
Homme moderne à Spy, culture aurignacienne. 
- 57
Bataille de Sabis et occupation romaine. Fait capital par lequel nos régions ont appartenu à la latinité et au bloc des langues romanes.
360
Installation des Francs
480-481
Mort de Childéric, Clovis (né à Tournai) lui succède.
751
Coup d’Etat de Pépin le Bref (Herstal), début de la dynastie carolingienne
800
Couronnement de Charlemagne empereur d’occident.
843
Traité de Verdun, division de l’Empire de Louis le Pieux entre ses trois fils.
985
Acte fondateur de la Principauté de Liège par la donation du Comté de Huy, sous Notger
1046
Dédicace de Sainte Gertrude de Nivelles (Dont la collégiale contient latombe d'Ermentrude, petite-fille de Hugues Capet.)
1107-1118
Fonds baptismaux de Notre Dame, Chef d’œuvre de l’art mosan
1188
Charte de Tournai accordée par le roi de France
1196-1200
Charte de Liège, octroyée par l’évêque Albert de Cuyck
1316
« Paix de Fexhe » base constitutionnelle du pays de Liège
1408
Bataille d’Othée, victoire du Duc de Bourgogne et du comte de Hainaut sur les Liègeois
1421
Acte d’achat du Comté de Namur par Philippe le Bon
>1421
Formation de Roger de la Pasture à Tournai
1466
Pillage de Dinant par les Bouguignons
1468
Destruction de Liège par le Duc de Bougogne
1477
Morte de Charles le Téméraire et libération de la principauté de Liège
1492
Traité reconnaissant la neutralité liégeoise, signé par Charles VIII et Maximilien d’Autriche
1521
Prise de Tournai par Charles Quint
1555
Publication des premières chansons de Roland de Lassus
1566
Compromis des Nobles pour s’opposer à l’inquisition
1603
Règlement municipal d’Ernest de Bavière instaurant une démocratie corporative à Liège
1637
Assassinat de Sébastien La Ruelle
1666
Fondation de Charleroi
1745
Bataille de Fontenoy
1756
Lancement du journal encyclopédique de Pierre Rousseau à Liège
1772
Traité de limite de commerce entre la France et la principauté de Liège
1789
Début des révolutions Liégeoises et brabançonnes – Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyens (dite de Franchimont ou de Polleur) adoptée le 16 septembre 1789 Largement inspirée de la Déclaration française votée 20 jours plus tôt, elle contient quelques différences notables :
Article 3 : La souveraineté réside dans le peuple (et non la nation)
Article 10 : Tout citoyen est libre dans ses pensées et opinions (sans aucune restriction)
L'article 17, concernant la propriété, est absent. La raison en est simple : les droits civils et individuels des liégeois, dont ceux relatifs à la propriété, sont consacrés depuis 1196 (Charte d'Albert de Cuyck).
1792
Bataille de Jemappes
1794
Bataille de Fleurus
1795
1er octobre : Décret de rattachement à la France. « Cette période française est décisive. Pour la première fois ont été amalgamées dans un même ensemble territorial des principautés de langue romane qui, jusque là, avaient connu des destins différents en raison des fragmentations de l’espace politique. Enfin, il convient de rappeler que ces vingt années ont laissé un héritage politique, juridique, institutionnel et culturel sans lequel il n’est pas possible de comprendre l’histoire contemporaine du pays et de ses entités constitutives » (H. Hasquin, la Wallonie, son histoire)
1815
Désastre de Waterloo et occupation hollandaise
1817
John Cockerill s’installe à Liège. Début de l’industrialisation du sillon Haine - Sambre et Meuse. Naissance de solidarités économiques, sociales et politiques entre ces régions et dont les émeutes sociales de 1886 furent une des manifestations les plus marquantes.
1830
Début de la révolte contre le régime hollandais et proclamation de l’indépendance des belges.
Découverte de la perception des spécificités de deux blocs linguistiques et culturels compacts à l’intérieur d’un petit Etat hyper centralisé.
1831
Adoption de la Constitution belge
1847
6 novembre : Manifeste du Mouvement flamand
1857
Début de la « pilarisation » - Cloisonnement de la société en tendances politiques (libérales, catholiques et plus tard socialiste)
1890
Premier Congrès Wallon à Liège
1912
Lettre au roi de Jules Destrée
1913
Le coq peint par Pierre Paulus en 1912 devient l’emblème de la Wallonie
1919
Premières élections au suffrage universel masculin à 21 ans
1932
Loi sur l’emploi des langues en matière administrative basées sur l’unilinguisme régional
1940
Capitulation de l’armée belge, précédée par le « manque de combativité » des régiments flamands. Retour des prisonniers de guerre flamands (fin 1940) et maintien des soldats wallons en captivité jusque 1945. Cette situation va peser lourd, politiquement et démographiquement, dans la Wallonie de l’après guerre. L’accroissement naturel (en %0) est négatif de 1940 à 1945 (-5,61) tandis qu’il est positif en Flandre (+ 3,69) . En cette matière, comme en d’autres, les ordres personnels donnés par le Führer ont été bien suivis : « favoriser autant que possible les Flamands et n’accorder aucune faveur aux Wallons ».
Création du Mouvement de résistance « Wallonie libre » aux côtés de la « France libre » avec comme objectif de jeter les bases d’une « Wallonie autonome dans le cadre d’une fédération d’Etats démocratiques ».
A noter l’attitude face à l’occupant et son corollaire, la position face à l’attitude du roi Léopold IIII. L’historien José Gotovitch relève que 79 titres de journaux de résistance sur 95 sont wallons, 43.000 prisonniers politiques sur 69.000 sont wallons, l’UTMI, syndicat unique de l’Ordre nouveau fondé par Henri (Hendrick) De Man ne comport que 17.000 Wallons sur 109.000 adhérents…
1945
(20-21 octobre) Premier congrès national wallon à Liège. 1048 personnalités de tout premier plan dont plus de 300 chefs régionaux de la Résistance se sont réunis sous la présidence de Joseph Merlot, Ministre d’Etat et se sont prononcés, dans un premier tempsà 486 voix pour une réunion à la France, 391 pour le fédéralisme, 154 pour l’indépendance et 17 pour une formule de décentralisation de la Belgique.Sous la pression du Gouvernement Pierlot-Spaak (ancien partisan de la politique de neutralité de Léoplold III dirigée contre la France et favorable à l’Allemagne du Chancelier Hitler...)les ténors politiques ont rallié leurs militants sur la solution dite « raisonnable » de l’autonomie.
L’historiographie officielle de la Belgique a toujours nié ou même minimisé cet événement qui montrait l’importance du ressentiment wallon et sa capacité de mobilisation.
1950
Consultation populaire sur le retour du roi Léopold III, morts de manifestant à Grâce-Berleur abattus par la gendarmerie, abdication en faveur de Beaudouin Ier, assassinat de Julien Lahaut dans des circonstances qui rappellent celui de François Bovesse en 1944 par les rexistes. (Extrême droite belgicaine, collaboratrice des nazis)
1957
Le revenu par habitant de la wallonie devient inférieur à la moyenne belge.
1960-61
Grèves contre la « loi unique » et ralliement du mouvement syndical wallon au fédéralisme. La grève va durer 34 jours, la Wallonie va renouer avec le climat insurrectionnel qu’elle avait connu 10 ans auparavant. Le gouvernement choisit l’épreuve de force : le Parlement est mis en congé, des troupes sont rappelées, la gendarmerie fait appel à ses réservistes, les journaux  «Le Peuple », « La Wallonie » et « Le Monde du travail » sont saisis, des perquisitions ont menées chez les chefs du mouvement.
 « la grève fut la révélation d’une prise de conscience du déclin des bastions économiques wallons traditionnels. (…) la réforme de l’Etat était devenue indissociable d’un possible sauvetage de la Wallonie ; c’était la seule façon de lui assurer un avenir dont se désintéressait par trop un Etat national conditionné dans ses choix économiques par le poids démograpique et donc économique de la Flandre. » (H. Hasquin, la Wallonie, son histoire)
1962
Publication du « Rapport Sauvy sur le problème de l’économie et de la population de Wallonie ». Constat du Professeur au Collège de France : « Privée à la fois d’indépendance et de jeunesse, la Wallonie serait voué à l’asphyxie ».
1963
Fixation définitive de la frontière linguistique qui devient une frontière politique
1968
Création du Rassemblement wallon
1970-71
Révision de la Constitution rompant avec l’Etat unitaire.
1973
Dernier Wallon à être premier ministre de Belgique (E. Leburton)
Création d’un secrétariat d’Etat à l’Economie wallonne (J. Gol)
1974
Entrée en vigueur de la « Régionalisation préparatoire » (F. Perin)
1975
Le coq de Paulus est choisi comme symbole de la Communauté française (F. Massart)
1986
Namur devient capitale de la Wallonie
1993
La Belgique devient un Etat fédéral
1998
Adoption du coq de Paulus comme symbole de la Wallonie
2000
Autonomie fiscale des régions
2007-2008
Constat de blocage institutionnel
200.
Etats généraux de Wallonie au Parlement wallon. Décision de négociation de réunion avec la France.
20..
Double référendum en France et en Wallonie sur la réunion et les conditions de celle-ci.
20..
La Wallonie est française.
 
Evidemment, un tel choix est toujours difficile et reste subjectif. Pour plus d’informations, on se référera à l’Histoire de Wallonie de Léopold Génicot (1973) ;  aux deux tomes de l’Encyclopédie : « La Wallonie, le pays et les hommes » (dans toutes les bibliothèques publiques) (1975-1981) ; L’identité wallonne, aperçu historique, publié à l’occasion du 10ème anniversaire de la Région wallonne (1991) ;  Le livre : « la Wallonie, son histoire » d’Hervé Hasquin, (1999), des publications et portail Internet de la Région wallonne 
ou de l’Institut Jules Destrée ; et plus récemment à « l’ Histoire de la Wallonie, de la préhistoire au XXIème siècle » sous la direction de B. Dumoulin et J.-L. Kupper (2004)


En complément, et en guise de réflexion, ces extraits de l'article du "Devoir" de Montréal : "Quand la nation fait l'histoire" qui cite des passages du livre " Historica & compagnie" de l'historien Alexandre Lanoixdont je ne partage pas toutes les analyses sur l'enseignement de l'Histoire :
- L'enseignement de l'histoire ne devrait pas viser la formation de porteurs de drapeau, mais celle de citoyens éclairés. Ces citoyens auront, c'est inévitable, un attachement à leur peuple, leur nation (quelle qu'elle soit), mais ce devrait être un attachement réfléchi.
- Chaque fois que l'unité canadienne fut menacée, et cela s'est produit à de multiples reprises depuis 1867, de petits groupes disposant de moyens considérables ont résolu de mettre l'histoire et son enseignement au service de la sauvegarde du pays. Ils ont opté, dans cette mission plus politique que pédagogique, pour une histoire «narrative et mémorielle, proche de ce que nous avons décrit comme l'histoire traditionnelle». Il s'agissait moins de favoriser « la compréhension de l'histoire chez l'élève» que de « créer un sentiment d'attachement à la nation ».

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Published by Claude Thayse - dans Réflexions
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commentaires

Philippe Tanésy 12/01/2008 16:44

Vous écrivez qu' Edmond Leburton était le dernier premier Ministre de Belgique d'expression française en 1973, mais d'octobre 1978 à avril 1979 Paul vanden Boeynants était Premier Ministre.

Claude Thayse 12/01/2008 16:51

Paul Vanden Boeynants, d'expression française  ? C'est difficile à dire... J'ai hésité. C'est un peu comme Eddy Merckx...Mais vous avez raison je vais changer ça et mettre "wallon", ce sera plus clair.Il n'emêche, voici la liste des premiers ministres depuis 1945, vous verrez que - hors Vanden Boeynants - le poste n'a été occupé qu'un peu moins de 4 ans... par un citoyen francophone. (6 ans si on tient compte de VdB)12/07/1999     Guy Verhofstadt (VL)07/03/1992Jean-Luc Dehaene (VL)17/12/1981Wilfried Martens (VL)31/03/1981Mark Eyskens (VL)03/04/1979Wilfried Martens (VL)20/10/1978Paul Vanden Boeynants (?)25/04/1974Leo Tindemans (VL)26/01/1973Edmond Leburton (F)17/06/1968Gaston Eyskens (VL)19/03/1966Paul Vanden Boeynants (?)28/07/1965Pierre Harmel (F)25/04/1961Théo Lefèvre (VL)26/06/1958Gaston Eyskens (VL)23/04/1954Achille Van Acker (VL)15/01/1952Jean Van Houtte (VL)16/08/1950Joseph Pholien (F)08/06/1950Jean Duvieusart (F)11/08/1949Gaston Eyskens  (VL)20/03/1947Paul-Henri Spaak (F)03/08/1946Camille Huysmans (VL)31/03/1946Achille Van Acker (VL)13/03/1946Paul-Henri Spaak (F)12/02/1945Achille Van Acker (VL)

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*

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