Du Forum du Soir : (Merci Thierry !)
...Les constats de l'un et les questionnements de l'autre se rejoignent d'une certaine manière. Je vais essayer d'exposer mon point de vue le plus clairement possible, en soulignant bien que ce
n'est qu'un point de vue.
Les Wallons appartiennent, culturellement parlant, au premier bassin historique de ce que Jab appelle à juste titre la Francité. Pour être moi-même musicien, par exemple, j'ai maintes fois
constaté que la musique populaire que l'on joue ici dans des milieux folkloriques (lanciers, quadrilles, polkas, etc.) est exactement la même que celle que l'on joue dans le nord de la France et
même plus au sud, et les traditions orales se sont transmises parallèlement de la même manière : il suffit de voir qu'un air de musique comme "Le petit jeune homme de Binche" joué aux carnavals
de Binche et de sa région est en fait basé sur une vieille chanson française remontant à la nuit des temps ("Fanfan la Tulipe"). Les exemples sont innombrables. La communauté linguistique entre
la Wallonie et la France ne s'arrête donc pas à la langue.
Il n'en reste pas moins que les Wallons (qui sont en fait picards pour une bonne partie) n'ont quasi jamais été français politiquement parlant et constituent à cet égard un formidable miroir pour
la France de sa culture telle qu'elle a évolué sans la "protection" de la "Mère-Patrie". La Francité est tellement installé en Wallonie qu'elle ne génère aucun mouvement d'affirmation
significatif de "fierté", comme l'appelle Marabout. La Francité en Wallonie est tellement ancienne qu'elle est restée imperméable à toutes les invasions, immigrations et occupations et est vécue
comme une évidence, une non-question. Les Wallons cohabitent dans un État avec des Flamands qui, eux, originellement de culture germanique, ont subi une colonisation culturelle et, contrairement
à leurs voisins néerlandais, vivent dans une insécurité culturelle irréelle factuellement mais très présente psychologiquement. Le ménage ressemble donc à une sorte de couple bizarroïde où une
mégère vivant mal sa féminité s'agiterait en permanence à côté d'un mari type bon-papy tranquillement assis dans son fauteuil qui, tout en ayant des torts mais ne s'étant jamais posé de question
sur son identité, lâche du lest en permanence pour avoir le silence pendant 10 minutes... jusqu'au jour où les choses vont trop loin.
Nous en arrivons précisément là aujourd'hui. Je n'aurais jamais écrit ces lignes il y a deux ans d'ici. J'observe autour de moi que le cheval fou
nationaliste en Flandre, même s'il a été grandement et maladroitement excité par l'autre partie, est en train de provoquer non pas une réaction identitaire mais bien épidermique car les demandes
flamandes de régionalisation dans un sens qui leur convient toujours - en plus du constat que forcément, au bout du tunnel, à force de détricoquer, il ne restera très logiquement plus rien en fin
de compte du couple que nous formons -, sont ressenties comme une attaque de type identitaire. En fait, les Wallons s'aperçoivent en fin de compte que les Flamands ne leur reprochent pas de
coûter cher, et patati patata mais bien d'être ce qu'ils sont. Insécurisés dans leur identité, les Flamands se retrouvent en fait encore plus insécurisés quand ils se heurtent à des gens (les
Wallons) pour qui la sécurité culturelle est si ancrée qu'elle ne produit aucune affirmation mais bien une espèce de force tranquille qui cherche simplement à remettre les points sur les i et à
refuser d'être la tête de pipe d'éructations identitaires découlant de vexations dont certaines sont complètement irrationnelles. Les Flamands ne se rendent absolument pas compte qu'ils vont se
casser les dents sur ce point dans leur volonté (c'est comme ça que je l'interprète) de créer une espèce de bantoustan avec la Wallonie, qui ne leur coûterait plus rien mais leur permettrait
d'écouler leur camelotte en gardant un paravent de drapeau unique.
Je n'ai aucune idée précise de comment les choses peuvent évoluer mais j'ai l'impression qu'en cas de persistance des demandes flamandes, ce que je crains, la
réunion avec la France (pour les Wallons en tout cas, Bruxelles étant un cas à part) va au fil du temps apparaître elle-même comme une non-question tant elle apparaîtra comme évidente du fait
que, de par leur identité culturelle tranquillement installée depuis des lustres et leur passivité à l'égard des pouvoirs vu qu'ils ont toujours été gouvernés par un cadre les dépassant, les
Wallons n'ont aucune envie de former une nation constituante, pas plus que les Champenois ou les Lorrains par exemple.
Pour ce qui est de la question de Jab qui concernait l'usage de l'anglais, il faut bien se rendre compte que le Wallon, de par sa situation géographique, vit dans un cadre multilingue et vit donc
en direct ce que sont les rapports avec d'autres langues. Il est donc de nature beaucoup plus vigilant que le Français hexagonal sur certaines questions car il est habitué à réclamer,
tranquillement et sans nationalisme, de recevoir ses documents en français, de pouvoir les compléter en français, ainsi que de pouvoir parler et entendre en français. Ce que l'on voit maintenant
à Bruxelles avec l'anglais contient des germes d'inégalités linguistiques dont le français ne se rend pas compte : il y vingt ans, on demandait dans les offres d'emploi de connaître l'anglais.
Pas de problème, OK. Puis on s'est mis à demander de connaître l'anglais "courramment". OK. Puis on s'est mis à publier des annonces d'offre d'emploi en anglais où il appert que c'est en fait le
français ou le néerlandais qui sont des "plus" et maintenant, on voit des offres d'emploi en anglais où l'on cherche un "english-native speaker"... là, quelqu'un comme moi dit, sans obsession
linguistique, STOP. Il est illusoire de croire que l'on peut maîtriser l'anglais aussi naturellement qu'un anglophone natif. Même un de mes anciens professeurs à l'école de traducteurs ayant vécu
à Londres m'a expliqué un jour qu'en dépit de toutes ses connaissances et du fait qu'il connaissait de fait mieux l'anglais que pas mal d'anglais, il avait droit à des commentaires le félicitant
pour son anglais mais que s'il avait droit à ces commentaires, c'était précisément parce qu'il était repéré après trois mots. Il faut donc, non pas se battre contre les moulins à vent, mais se
garder de donner à une des langues de l'Union un statut privilégié, qui favoriserait de fait ses locuteurs au détriment des autres.
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