Flandre, indépendance ou autonomie ? Il n’y a pas de malentendu possible.
Le flou savamment entretenu par les partis flamands autour du sens réel des revendications déposées sur la table - tout comme les doubles discours tenus devant les médias des deux communautés
linguistiques par ailleurs - procède d’une stratégie trop subtile pour ne pas être concertée.
Leurs partis traditionnels parlant assez volontiers - « jésuitiquement » dirais-je - d’autonomie et sont ainsi considérés par nos beaux esprits en Communauté française (Oui,
française comme l’a rappelé Alexandre Adler (*) dans une chronique récente du Figaro) comme des gens avec qui on peut discuter, mais malheureusement sous influence de dangereux
extrémistes.
Ces autres partis considérés comme extrémistes, la NV-A par exemple, « ceux par qui tous les malheurs arrivent », sont pourtant les seuls à tenir un langage clair. Notons au passage que
les défenseurs de « la Belgique de papa » leur donnent vraiment beaucoup d’importance en disant d’eux « qu’ils mènent le bal » et que les partis traditionnels suivent.
Difficile d’imaginer Bart De Wever en joueur de flûte…
Plutôt que de les diaboliser, il faudrait plutôt bien écouter tout ce que dit le président de la N-VA. Son raisonnement sur l'indépendance de la Flandre est rationnel et il est par ailleurs très
conscient du fait qu'une Flandre indépendante devra respecter les traités internationaux en matière de minorités et qu'il est dans l'intérêt du nouvel Etat que son principal partenaire commercial
actuel - la Wallonie- aille beaucoup mieux. Toujours à la différence des Leterme ou autres Van Rompuy et Anciaux, vous ne l'entendrez peu (pas ?) être humiliant à l'égard des Wallons
et autres Bruxellois francophones (dur certes, mais pas humiliant).
Conscient qu’en tenant de tels propos je recevrai certainement en retour une volée de bois vert, je persisterai à dire que le rôle de ceux qui s’occupent de politique est de chercher la vérité et
de la dire. Quitte à jouer les Cassandre… et aller à contre courant de ce que les gens ont envie d’entendre.
Une fois qu’on se rend compte que le fond du message - indépendance versus autonomie – n’a que faire du choix des mots, on est en droit de se demander pourquoi, systématiquement, le projet
d’indépendance pourtant clairement affiché n’est pas considéré comme urgent.
Il y a deux raisons. La première est de type économique. La Flandre n’est pas encore tout à fait prête. C’est l’objet d’un certain nombre
de propositions à portée économique qui sont sur la table des négociations. Vulgairement parlant, « il y a encore de l’argent à prendre ». Le Club de la Warande qui regroupe les milieux
économiques ne dit rien d’autre.
Bruxelles-Hal-Vilvorde, c'est le seul atout qu'il serait stupide de galvauder dans le dernier quart d'heure.
La seconde est d’ordre plus institutionnelle. La revendication de scission de BHV entre bel et bien dans la logique d’indépendance. La marche irrésistible de la Nation flamande suppose la
fixation de frontières d'Etat : telle est en est le sens. La dissolution de la Yougoslavie a en effet consacré en Europe le principe selon lequel les limites administratives internes acquièrent,
en cas de sécession, le caractère de frontières d'Etat protégées par le droit international. Les Etats européens sont liés par ce principe qui maintiendrait les communes à facilité dans la
Flandre indépendante. Les effets d'une scission seraient irréversibles. Encore faudrait-il que ces limites administratives soient établies de manière univoque et définitive. Or, tant que la
scission de BHV n'est pas consommée, ce n'est pas le cas. Ses limites chevauchent et contredisent celles des régions linguistiques et des Etats fédérés de Flandre et de Bruxelles. Elles sont une
indication claire de l'opposition persistante d'une des parties à la limitation de Bruxelles aux 19 communes.
L’indépendance flamande étant écrite dans les astres, les négociateurs francophones ont raison de refuser de discuter de cette scission. C'est le seul atout qu'il serait stupide de galvauder dans
le dernier quart d'heure. En cédant sur ce point (ça a failli être le cas lors des négociations précédentes), c’est sacrifier le moyen et le long terme, en particulier la continuité territoriale
entre la Wallonie et Bruxelles et leur avenir commun, à des satisfactions immédiates mais illusoires, comme le refinancement éventuel de la Région ou l'allégement partiel, hypothétique et
transitoire des contraintes linguistiques. C’est consacrer l’objectif essentiel de la Nation flamande en devenir. La reconnaissance de frontières fermes et définitives. C’est sacrifier définitivement les habitants francophones.
Que faire alors ? Rien ! Ou plutôt… préparer la suite. N’être demandeurs de rien, c’est bien la meilleure manière d’obliger les
Flamands à sortir du bois. A dévoiler leur jeu. A prendre leurs responsabilités tout en sachant qu’une déclaration unilatérale d’indépendance dans les conditions actuelles provoquerait une
réaction des pays voisins membres de l’Union européenne. Réaction qui se traduirait inévitablement par l’exigence d’un referendum sous contrôle international dans les territoires contestés dans
un premier temps
Voilà pourquoi, dans les discours, les projets d’indépendance flamande sont minimisés ou mis provisoirement sous le boisseau. Mais nous ne perdons rien pour attendre.
De plus en plus de citoyens parlent maintenant ouvertement de divorce. Ils ont raison, le divorce, d’accord, mais pourquoi faire ensuite, telle est la question qu’il faut maintenant poser aux
habitants de langue française de ce presqu’ex-pays. Moi, j’ai choisi !
(*) « La Belgique va-t-elle demander le divorce ? » La chronique d'Alexandre Adler. Publiée le 25 août 2007
Le texte en italique a été supprimé de l'article original... mais le journal fait allusion à la position d'A. Adler en page 4
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