« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

A Jacques D. pour m’avoir donné envie de retrouver l’origine de cette expression.
Et plus généralement aux militants de partis politiques, pour y réfléchir…
 
Cette phrase est d’Étienne de la Boétie.
Pour lui, il ne peut exister de tyrannie sans assentiment du peuple. De ce point de vue, la servitude est donc par essence volontaire. Le tyran est en effet toujours seul face à des millions d'hommes et il suffirait que ces millions d'hommes cessent d'obéir pour que la tyrannie disparaisse. Le rapport de force donc, dans les faits, est toujours en faveur des gouvernés. La nature nous soumet naturellement à nos parents et à la raison mais ne nous fait esclaves de personne. Nous sommes donc esclaves parce que nous le voulons bien. Mais vivre libre, c'est être heureux.
La servitude volontaire apparaît donc comme une réalité paradoxale, un problème qu'il s'agit de résoudre. Pourquoi donc les peuples acceptent-ils de se soumettre à un tyran ?
La première raison réside dans l'habitude. L'homme qui connaît la liberté n'y renonce que contraint et forcé. Mais on s'habitue à la servitude et ceux qui n'ont jamais connu la liberté « servent sans regret et font volontairement ce que leurs pères n'auraient fait que par contrainte »
La deuxième raison est que les tyrans affaiblissent leur peuple. Ils le feront par exemple en leur donnant des jeux, des spectacles. Le tyran allèche ses esclaves pour endormir les sujets dans la servitude. Le tyran accorde des largesses à son peuple sans que celui-ci se rende compte que c'est avec l'argent même soutiré à ses sujets que ces divertissements sont financés.
Certains tyrans, avant de commettre leurs crimes, font de beaux discours sur le bien général et la nécessité de l'ordre public. D'autres utilisent l'artifice de la religion pour susciter la crainte du sacrilège, utilisant la tendance de l'ignorant à la superstition.
Enfin, la dernière raison qui permet la tyrannie est qu'une partie de la population se met à son service par cupidité et désir d'honneurs. Certains hommes flattent leur maître espérant ses faveurs, sans voir que la disgrâce les guette nécessairement, devenus complices du pouvoir. Ainsi se forme la pyramide sociale qui permet au tyran « d'asservir les sujets les uns par le moyen des autres » La résistance et l'usage de la raison sont donc les moyens de reconquérir la liberté (La Boétie ne fait aucune théorie de la révolte populaire) car des tyrans on peut dire « qu'ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux » Il n'est donc pas besoin de combattre les tyrans, il suffit de ne plus consentir à la tyrannie. « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres » Caractéristique de l'idéalisme humaniste, la pensée de La Boétie suppose une histoire produite par la seule intention des hommes sans voir que la politique a aussi son autonomie et sa spécificité.
 
Considéré par certains comme le premier théoricien de l’anarchie (comme doctrine politique), Étienne de la Boétie naît le 1 novembre 1530 à Sarlat dans le Périgord. Il fait ses études au collège de Guyenne (le plus brillant collège du Midi) puis étudie le droit à Orléans. L'école de droit est alors en même temps école de philosophie et constitue un foyer actif pour la diffusion de l'humanisme et même de la Réforme (On est alors en pleine période de guerres des Religions). Il est le collègue de Montaigne au Parlement de Bordeaux à qui il inspire une amitié passionnée et est partisan des thèses modérées de Michel de l’Hospital. Poète, auteur de nombreux sonnets, de vers latins, de traductions de Xénophon et de Plutarque, il est surtout connu pour son « Contr'un ou Discours sur la servitude volontaire » qui constitue une très sévère critique contre la tyrannie. Il meurt à l'âge de trente-trois ans. Le Contr'un n'est publié qu'après sa mort, en 1574 dans un recueil collectif d'inspiration protestante, « Le réveil-matin des Français ». Le texte fut réimprimé à chaque période de lutte pour la démocratie (en 1789, en 1835, en 1857 contre Napoléon III)
 
 
Et pour aller plus loin dans la réflexion : un petit livre fort intéressant : La soumission librement consentie de Robert-Vincent Joule (Université de Provence) et Jean-Léon Beauvais (Université de Nice) qui étudient les ressorts de l’influence et de la manipulation.
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