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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 18:46
Le scandale des étudiants en médecine qui ont réussi leur première année mais sont empêché de poursuivre a été mis en lumière ces derniers jours dans la presse. Dans l’indifférence quasi générale des milieux politiques.
 
Et pourtant, la pénurie guette la profession. Combien de temps faut-il pour avoir un rendez-vous chez un ophtalmologue ou un autre spécialiste ? Des régions entières manquent de pédiatres. Dans certains villages, il n’y a plus de généraliste. Les hôpitaux sont obligés d’écumer les pays du tiers monde pour offrir des contrats dits de formation simplement pour compléter leurs cadres et assurer une présence médicale minimum dans les services. Avec quelle surveillance, quels contrôles de qualité ?
C’est un vrai problème. Le nombre de 700 numéros d’agrément (accès à la profession) de l’INAMI (Institut national d’assurance-invalidité) annuels permis par le fédéral est tout à fait insuffisant en fonction de la densité et la concentration de la population. Pour un pays de 10,5 millions d'habitants, c'est fort peu (1 pour 15 000). A titre d’information, pour les Pays-Bas, c'est 2 600 pour 16,5 millions de personnes (1 pour 6 350). Et en France, on est en est à 1 pour 8 000, pour ± 64 millions d'habitants. Et pourtant, nous ne consacrons que 9,1% de notre P.I.B aux soins de santé. Chez certains de nos voisins européens et aux E.U.A. où l’accessibilité est bien moindre et l’assurance maladie privatisée, la part accordée aux soins de santé s’élève à 15%. Les dépenses faites en Belgie-que, quoi qu’en pensent les responsables politiques notamment Flamands, ne sont pas démesurées.
 
Par ailleurs, c'est tout le système d’études qu’il faut revoir. C’est en effet une cruelle illusion de croire qu'on peut, en un an comme c’est le cas actuellement, aplanir les différences criantes de niveau entre les écoles secondaires. La sélection sociale qui s'opère ainsi à l'entrée et pendant les études est impitoyable. Si en plus, entreprendre des études, c'est risquer d'être évincé, même en cas de réussite ; et rater, c'est être presque sûrement éliminé...
Un bac à la française à la fin des études secondaires serait un bon premier pas pour éviter les échecs dans l’enseignement supérieur. Il serait, en effet dans le cas qui nous occupe, préférable de ne pas rentrer en médecine plutôt que d’en sortir après 1 (ou 2) an…
 
Comment en est-on arrivé là ?
Quand la Belgie-que, poussée par des courants (syndicalistes médicaux, lobbies corporatistes, mutualités, choix politiques, etc.) a instauré une limitation de l'offre médicale, on s’est basé sur quelques arguments d’apparence rationnels. Une expérience professionnelle trop réduite a souvent été invoquée comme la nécessité d'instaurer un numerus clausus. En théorie, une situation de surabondance de l'offre médicale pourrait présenter le danger de mener à des prestations abondantes et inutiles, et par conséquent à une augmentation incontrôlable des coûts de santé. On a conclu de ce double point de vue qu'une maîtrise de l'offre devait être envisagée. Paradoxal, au moment où l'Europe s'ouvrait à des pays à très haute densité médicale et que les candidats européens de même niveau pourraient être accueillis sans limitation... Sans compter la jurisprudence (l’arrêt Hocsmann) qui reconnaît la formation en dehors des circuits académiques et pourrait l'être encore plus par l’application progressive (ne nous faisons pas d’illusion) des textes de Frits Bolkenstein qui préconisent, dans toute l'Europe, la libéralisation des services y compris des soins de santé.
 
Tous les arguments en faveur de ce contingentement sont évidemment discutables. On n’a pas objectivé les relations présumées entre la qualité des soins et une faible pratique médicale. La démographie médicale n’est pas bien connue (Je me souviens que la ministre de la Santé de l’époque - Magda Alvoet - était incapable de donner une statistique du nombre de médecins effectivement en fonction…). De nombreux médecins ont, en effet, une activité principale non curative ou non génératrice de dépenses. Pensons à ceux employés dans l'industrie pharmaceutique, les enseignants ou chercheurs, les médecins du travail, des médecins gestionnaires de données hospitalières, les fonctionnaires et militaires, etc. (on peut globalement les estimer à 15 % des diplômés).
L’autre argument qui veut que la densité médicale soit responsable de prestations abondantes et inutiles ne tient pas vraiment la route non plus et n’a jamais été validé scientifiquement. Si des études ont bien montré une augmentation des dépenses concomitantes à l'élévation de la densité médicale on n’a jamais pu montrer qu'elle en était la cause. L'augmentation des actes médicaux ne répond-elle pas simplement à un besoin déjà existant qui n'avait pas pu être rencontré par une offre trop faible en regard de l'évolution de la démographie et des sciences médicales ? Il y a quantité d’autres facteurs : une protection contre la crainte grandissante des procès, une recherche de garantie du revenu des médecins, un effet pervers du mode de financement des hôpitaux ou un objectif de rentabilité imposée par les gestionnaires des établissements de soins ? Ces questions n’ont pas eu de réponse.
 
En réalité, la démarche technique de contingentement adoptée par le ministère fédéral, est inspirée (comme d’habitude, mais en doutiez-vous ?) par le maintien de la densité médicale du pays au niveau actuel de la Communauté flamande. On l’a quand même un peu corrigée par l’intégration des fréquences attendues de la féminisation, de la mortalité et de la diminution du temps de travail (en fonction de l'âge des praticiens et de l'évolution de la société de loisir) conduisant à la détermination des quotas.
On le voit, cette méthode, limitant l'offre, ne tient en aucun compte de la disparité des besoins de santé suivant les régions ni de l'évolution de la demande en soins (vieillissement de la population, offre de soins plus performante, qualité de vie,…).
 
Les difficultés actuelles de recrutement de certains spécialistes dans les hôpitaux démontrent que les dispositions relatives au numerus clausus sont bel et bien des mesures à contre temps. Sans compter l’impossibilité de répondre aux débouchés innombrables dans le monde où la pénurie médicale est immense.
L’absurde atteint son comble lorsque, comme le dénonçait dans une carte blanche récente au Soir le doyen de la Faculté de Médecine de l’UCL, on réalise l’attrait que représente notre Communauté française de Belgie-que pour les médecins du tiers-monde, vidant ainsi celui-ci de ses propres ressources médicales !
Sans compter, je l’évoquais plus haut, que ces médecins importés n’ont pas toujours la formation médico-administrative suffisante et par prudence ou accès facile ils ont tendance à recourir à de nombreux moyens thérapeutiques et de diagnostic. Aggravant le coût des soins pour la collectivité ?
 
Quand donc pensera-t-on à abandonner le critère financier pour adopter celui de la Santé par la refonte du système de financement de la sécurité sociale qui est nécessaire si l’on veut conserver la qualité de la protection sociale?
Par ailleurs, combien de temps continuerons-nous à nous priver de nos propres ressources en cassant les vocations et en procédant à des sélections injustifiées et injustes ? En entretenant une carence qui risque de nuire, sinon à la santé, au moins au bien-être de la population ? En créant une pénurie criante de médecins chez nous ? En contribuant, en pays nanti, à la pénurie médicale dans le monde ?
Allons-nous bientôt en arriver comme en Grande Bretagne où le ministère de l'Intérieur réclame un permis de travail des médecins désireux de faire leur stage mais où, pénurie oblige, le nombre de permis de travail accordés chaque année est tel - 90 000 - que les contrôles ne sont pas possibles.
 
On en a vu des effets particulièrement pervers ces derniers jours…

Merci à Alain De Wever dont je me suis inspiré des analyses sur l'origine du Numerus clausus
 

Dans une interview au Soir de ce jeudi 5 juillet, le ministre Demotte (PS royalo-unitariste) confirme mon propos sur l'aspect communautaire de ce contingentement :  
http://www.lesoir.be/actualite/belgique/numerus-clausus-un-probleme-2007-07-04-538345.shtml

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Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
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commentaires

Dr Paul 05/07/2007 14:42

C'est quand meme extraodinaire d'en arriver a sciemment detruire la capital humain de nos regions. Voudrions nous aller vers le sous-developpement que l'on ne s'y prendrait pas autrement.

Claude Thayse 06/07/2007 08:44

Deux réflexions :1. une ancienne : "Ce qui est bon pour la Flandre est bon pour tous !" reste d'actualité...2. une observation : En vertu du principe de l'engagement (une forme d'autoi-manipulation, il est diffivcile de recenir sur une décision, même si on en constatite la nocivité.Merci du commentaire.

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