Double victoire parce que, premièrement, pour la première fois, on assiste à un recul du candidat le moins républicain
au sens noble du terme. Jean-Marie Le Pen subit en effet un cuisant revers. S’il ne recueille plus que 10,5 % des voix, ce fort recul, en pourcentage – il avait obtenu 16,86 % en 2002 – se
confirme en voix puisque 3,8 millions d’électeurs ont voté pour lui cette année contre 4,8 millions en 2002.
Ensuite, et tout le monde le souligne, c’est l’important taux de participation. 85 % ! Plus qu’en Belgie-que où le
Droit de vote n’est plus un droit ou un devoir moral, mais bien une (souvent triste et considérée comme inutile) obligation sous peine de menaces.
Comment l’expliquer ? La plupart des commentateurs font référence au premier tour de l’élection présidentielle de
2002 pour expliquer que les abstentionnistes de l’époque avaient permis à Le Pen d’être présent au second tour. (Sans préciser qu’il était présent, non pas parce qu’il avait spectaculairement
progressé en nombre de voix, mais parce que les autres s’étaient tassés).
Personnellement, je pense que si l’accident du 21 avril 2002 fût, certes, un premier
déclencheur, la campagne et les résultats du referendum pour ou contre le projet de Traité de Constitution européenne en ont été un autre beaucoup plus important.
En effet, si Chirac a été élu triomphalement au second tour, c’est qu’il n’y avait pas d’autre choix. Alors qu’à l’occasion du référendum du 29 mai 2005, les Français se sont rendus compte qu’ils pouvaient encore influer sur leur avenir. Que le débat citoyen avait encore sa place. Que les
choses n’étaient pas irréversibles, que les jeux ne sont pas faits d’avance. L’extraordinaire mobilisation de ce premier tour – surtout parmi les jeunes électeurs – montre que la France, le
peuple français veut continuer à reprendre son destin en main.
C’est un des aspects les plus stimulants de la démocratie française de permettre ça. Même si c’est un peu inconfortable pour les candidats et les
partis.
Je l’ai déjà écrit, c'est moins le pays qu'il faut redresser que son moral. La France est
loin d’être à terre. Loin d’être le pays malade de l’Europe que nos médias se plaisent à décrire. Même le peu francophile « The Guardian » de ce lundi, Peter Preston signe un article : « Forever France »: Whether
Sarko or Ségo wins the French election, let's give the Anglo-Saxon condescension a miss
Dont voici deux extraits.
«(...) Try to build an equivalent list the other
way round. They have a transport infrastructure to be proud of, a health service to goggle over, an appetite for technology that makes them European leaders in broad and many other bands, a
bureaucracy of professionals fit for modern purpose, a sense of history and continuing nationhood. They play great national football, eat healthily, run a unique film industry, still mass
manufacture cars and possess a pretty independent deterrent. Plus they were right about Iraq. And we?»
«Of course France has its stagnations and
disappointments. Of course, in disappointment, there are always angry questions to be asked. But the choice that defined itself yesterday is no party in a last-chance saloon. Here is a country
evolving inside an evolving Europe. It has its problems - and a political system that initially tends to highlight extremes. But the next generation is taking charge now in terms that the
previous generation understands.»
Joli, non ? Et c’est encore plus agréable à lire quand c ‘est écrit par un Anglais…
Enfin pour terminer, deux notes comiques (encore que..), les réactions des joyeux duettistes : Didier
Reynders et Di Rupo.
Pour Didier Reynders, « le résultat n'est pas un signal pour les élections législatives en Belgique. Ce sont
deux élections bien distinctes (…). Mais en Belgique, il faudra attendre le deuxième tour français pour que la campagne puisse réellement commencer »
Intéressant de l’entendre reconnaître que, finalement, nos élections sont de peu d’importance. Qu’elles ne devraient pas amener beaucoup de changement. Que tout est joué d’avance ? (Mais ce
n’est pas correct de le dire, faites donc comme si je n’avais rien dit)
Pour Di Rupo, « les Français sont devant un véritable choix de société: une société du progrès partagé ou celui
du progrès confisqué par quelques-uns ».
Se rend-il compte de l’ironie contenue dans ses propos par rapport à la situation en Belgie-que ? Quel choix de société avons-nous encore ici, où la démocratie est
confisquée ?
Evidemment, aucun des deux ne se remettra en question...
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