Le Bruxellissime Olivier Maingain était l’invité de l’émission « Matin première »
aujourd’hui… Pour le peu que j’en ai entendu, rien de bien neuf. Sauf une chose, logique finalement : c’est enfin, « il incombe au parlement bruxellois d'enclencher, avant le parlement
germanophone, une procédure en conflit d'intérêts pour empêcher le vote de la proposition de la loi flamande scindant l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Logique, après tout, ce sont les
principaux concernés. José Happart s’était déjà fait tirer l’oreille pour que le Parlement wallon participe à cette mascarade. La Wallonie n’ayant rien à y gagner. Maingain, tout en souhaitant
mettre mal à l’aise les partis de la majorité bruxelloise (c’est de bonne guerre) et en bon unitariste qu’il est au fond de lui-même (répondant aux vœux de son électorat, celui-là même qui,
pathétiquement, est toujours prêt à mettre sécher des drapeaux aux balcons de Bruxelles…) a probablement peur que les « germanophones » n’en profitent pour mettre sur la table des
exigences propres en matière d’autonomie. Ce en quoi ils n’auraient pas tort. Je pense que la quatrième Région est en train de naître là. Mais nous verrons bien…
L'avantage que j'y vois en prévision de l'avenir, c'est que la Wallonie se retrouverait
assez homogène, ce qui faciliterait son intégration future à la France puisque celle-ci est sans minorités nationales, tous les citoyens y étant égaux devant la loi sans distinction
d’origine, de race ou de religion.
Je peux comprendre l'inquiétude de certains bruxellois francophones d'être abandonnés... Mais il faut la relativiser, tout le monde n'y pense pas comme monsieur Maingain et ses amis. Une étude
menée par le Centre d’Etudes de la vie politique (le CEVIPOL) a montré que si 46 % des wallons accepteraient d'unir leur destin à celui des bruxellois, en revanche, 37 % des bruxellois opteraient
plus volontiers pour un repli dans un district européen. Quand on pense à tout ce que certains ont pu gloser en de nombreuses occasions à propos d’un hypothétique « repli
wallon »…
Plus amusant, connaissant l‘amnésie collective induite par le
système belge et des médias peu critique et cherchant à s’exprimer en pédagogue, il a repris quasi mot à mot des extraits d’une carte blanche publiée dans « Le SOIR » à l’époque où je
présidais un parti qui s’appelait le Rassemblement Wallonie-France. Ce parti avait inscrit dans son manifeste fondateur le principe de la solidarité entre la Wallonie et les habitants
d’expression française de Bruxelles. C’était en février 2007…
Su base des analyses de Jean-FRançois Goosse, j’y écrivais que « (…) tant que la
scission de BHV n'est pas consommée, ce n'est pas le cas. Ses limites chevauchent et contredisent celles des régions linguistiques et des Etats fédérés de Flandre et de Bruxelles. Elles sont une
indication claire de l'opposition persistante d'une des parties à la limitation de Bruxelles aux 19 communes ».Précisant que « Loin d’être symbolique comme on l’a prétendu, la scission
de BHV entre bel et bien dans la logique d’indépendance. La marche irrésistible de la Nation flamande suppose la fixation de frontières d'Etat : telle est en est le sens. La dissolution de la
Yougoslavie a en effet consacré en Europe le principe selon lequel les limites administratives internes acquièrent, en cas de sécession, le caractère de frontières d'Etat protégées par le droit
international. Les éventuels Etats européens sont liés par ce principe qui maintiendrait les communes à facilité dans la Flandre indépendante. Les effets d'une scission seraient
irréversibles ».
Analyse que j’avais eu l’occasion de répéter quelques
semaines plus tard à l’émission « Controverse » sur « RTL-TVi ». Et qui, se sont ensuite retrouvés sous la plume de quelques juristes dans la « Libre Belgique » : « la tendance actuelle du droit international, en cas de partition d'un Etat (comme en tout autre cas d'établissement d'un nouvel Etat ou de modification du territoire
national), c'est le principe « uti possidetis ita possideatis » (« comme vous possédiez, ainsi vous posséderez ») qui s'appliquerait vraisemblablement, principe selon lequel
les limites administratives internes acquièrent le caractère de frontières d'Etat protégées par le droit international ».
En 2008, au plus fort de la crise gouvernementale issue des
élections fédérales, « Le Soir » publiait une version actualisée de la même réflexion en août et curieusement la republiait en septembre sous le titre :
« BHV, le dernier verrou »…
Soyons clair, je persiste à penser que c'est aux Bruxellois à se choisir leur destin. Nous
ne pouvons pas avoir, nous Wallons, l’impudence de leur dicter leurs choix.
C’est pourquoi j’attends avec curiosité de voir si les parlementaires bruxellois prendront
l’initiative sur un sujet qui les intéresse au premier chef.
Par contre, je m’élève évidemment contre cette idée saugrenue d’implanter son parti en
Wallonie. .Ce n’est pas nouveau comme idée, ce fût même la cause de la rupture avec le Rassemblement wallon. Le FDF est un parti bruxellois et s’il affirme des membres en Wallonie, toutes les
tentatives précédentes ont été des échecs. Comme celles de partis flamands d’ailleurs, curieux cette propension qu’il y a à vouloir s’implanter en Wallonie… Et on pourrait se dire, bof quelle
importance alors ? C’est que derrière cette volonté se cache des projets très clairs d’annexion de certains territoires où l’immigration bruxelloise (et flamande) a été importante ces
dernières années comme le Brabant wallon ou certaines communes des Ardennes. C’est aussi rester dans une logique d’ancienne Belgique. Et de prééminence de Bruxelles sur le reste du pays
uniquement de langue française.
Il y a là une constante historique que les adversaires du
fédéralisme n’ont pas encore dépassée. C’est ainsi qu’à la Conférence des Peuples de langue française, la Wallonie n’est représentée que par des Bruxellois sous la houlette du même…
Maingain sous le couvert d’une mystérieuse organisation bruxelloise inféodée au FDF : le « Rassemblement pour l’unité des
francophones » ! Un peu comme si c’étaient les fédéralistes
(traduisez unitaristes) pro-anglais du Canada qui parleraient au nom du Québec…
Vous pourrez retrouver sur ce blog quelques billets
(1) (2) (3) (4)
(5) (6) (7) où je développe au cours du temps des arguments s’opposant à cette vision.
Espérons que ce ne soit qu’un ballon d’essai dans la cadre des difficultés que vit le MR en
cette période puisque Maingain a souligné – finement – que c’est une réflexion lancée dans le cadre de la restructuration du MR… Coup de bluff et affaire interne ou véritable conviction ?
Dans le deuxième cas, je la dénoncerai et la combattrai avec vigueur. Sachez que les futurs responsables de cette « cinquième colonne » ont même déjà été désignés… : Brabant wallon : Patrice Horn ; Hainaut : Christophe
Verbist ; Liège :Gabriel Legros-Collard ; Luxembourg : Guy Chapuis ; Namur : Georges Dupont
« Bruxellois, Maître chez toi ! » disait le slogan électoral de ce parti il y
a quelques années… Qu’il l’applique d’abord, à Bruxelles où il y a encore du boulot... et dans les communes flamandes (loi de 1963) de la périphérie dont il souhaite voir sa Région (re)prendre la
tutelle.
Nous nous occuperons de notre Wallonie.
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