« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Si la Belgique disparaît (...) l'incompréhension des centralisateurs nationalistes en aura été cause tout autant que le fanatisme conquérant des flamingants » (Jules Destrée : Wallons et Flamands, Paris, 1923, p. 175)  

*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)
*

« Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? » (Amin Maalouf)
*
De temps en temps, les hommes tombent sur la vérité. La plupart se relèvent comme si rien n'était. (Winston Churchill)

 

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modéraztion à condition d'en citer la source.

Mardi 14 mars 2006 2 14 /03 /Mars /2006 00:00
Dans Vers l’Avenir du 13 mars 2006, Robert Nicolas est (re)monté au créneau dans son petit billet assassin pour fustiger ce qu’il croit encore être le "nationalisme français".
 
Dans son aveuglement volontaire, il écrit :
"Ils [les Français] ont beaucoup de mal à exprimer leur différence sans dénigrer les autres, à préserver leur singularité sans verser dans le nationalisme. Ils ont l’ambition d’exporter un modèle qu’ils croient être à vocation universelle. Ils prétendent toujours exercer une influence mondiale alors que leurs moyens ne sont plus à la hauteur et que Charles de Gaulle est mort depuis longtemps." (.)
"La France ne peut s’empêcher de donner des leçons de morale à tous les pays de la Terre et de leur rappeler qu’elle a inventé les droits de l’homme et les médecins sans frontières. Elle oublie que sa propre réalité est parfois bien médiocre, dans ses prisons, ses palais de justice ou ses banlieues. Sa politique étrangère est souvent arrogante. Elle administre la Francophonie avec ses vieux réflexes de colonisateur. Elle n’a jamais assez de superlatifs pour parler d’elle-même.
Qui pourra expliquer aux Français que le monde ne s’arrête pas à leurs frontières, que les grands vins peuvent être italiens et la haute cuisine espagnole, qu’il n’y a pas que des monuments français sur la liste du patrimoine de l’humanité ?"
   
Pourquoi tant de haine ?
Et pourquoi pas, pourquoi jamais, une diatribe du même élan sur l’Italie, l’Allemagne, la Hollande, l’Espagne, l’Angleterre…ou encore la Belgique ?
  
Ce qui doit le tracasser, malgré tout, c’est qu’il partage la culture de ces "insupportables Français" ; il doit vraiment le regretter.
  
Que ne fait-il son mea culpa ? Des lecteurs bien intentionnés lui pardonneraient sûrement de ne pas parler le néerlandais, ou même de ne pas être né Flamand par exemple. A le lire, on dirait bien que la francophobie reste le fondement de la Belgique… et même de la Wallonie ! Pourtant, plusieurs auteurs ont remarqué qu'il n'existait pas en wallon de termes hostiles pour désigner les Français et qu’il n'en existe pas davantage dans le français régional.
 
Sincèrement, je trouve qu'il y a mieux faire que de taper bêtement sur les Français comme cela: cela n'apporte rien et démontre même, je pense, que celui qui s'exprime comme cela est complexé.
 
Je n'aime pas du tout cela, vraiment pas.  Car, c’est ainsi que l’on conditionne une opinion publique et que l’on culpabilise ensuite les opposants, les voix dissidentes. Sans mérite, puisque ceux qui se livrent à ces diatribes utilisent la presse, maîtrisant tous les vecteurs des stéréotypes éternels, des caricatures que personne ne dénoncera jamais parce qu’elles renvoient, à travers les caricaturés, l’auteur à son miroir.
Par Claude Thayse - Publié dans : Coup de gueule
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Vendredi 10 mars 2006 5 10 /03 /Mars /2006 16:28

Participation et reconnaissance internationales - La Wallonie et le Québec ne sont pas des alliés

Sébastien Socqué, Université de Paris IV Sorbonne
Le Devoir jeudi 2 mars 2006


Antoine Robitaille et Alec Castonguay mentionnent -- comme cela est assez courant quand on cherche pour le Québec des alliés objectifs dans sa lutte pour la reconnaissance en général et la reconnaissance de ses droits collectifs comme minorité nationale au Canada, voire comme nation tout simplement -- la Wallonie ainsi que la Catalogne, dans un article publié dans Le Devoir du 10 février, «Harper ne pourra tenir sa promesse. Le Québec n'aura pas de délégué à l'UNESCO».

Il n'est pas clairement signifié dans cet article que la Wallonie et le Québec partagent les mêmes espoirs et alimentent les mêmes ambitions collectives, mais, dans la mesure où il semble parfois régner sur cette affinité présumée une certaine ambiguïté, il pourrait s'avérer pertinent de préciser certaines choses.

Les francophones belges semblent viscéralement attachés à la Belgique, à sa capitale et à ses symboles «nationaux», et sont généralement et essentiellement étrangers à tout besoin de reconnaissance comme Wallons : ils constituent de parfaits patriotes belges, ils sont partisans d'une Belgique une, unie (indivisible ? le fédéralisme belge a en tout cas beaucoup évolué depuis l'éveil flamand), et manifestent généralement très peu de compréhension (et de patience) vis-à-vis des Flamands, qui se trouvent pour leur part dans une situation qui pourrait parfois ressembler à celle du Québec (ils ne le reconnaîtraient certainement pas facilement, eux qui ont parfois développé une remarquable incapacité à faire la différence entre les Français, les Wallons et les Québécois... Tous des Français arrogants et menaçants, en somme.).

La publicité qui se fait en Belgique à propos du drapeau belge et de la fierté d'être belge évoque dangereusement l'engouement inquiet et anxieux que nous connaissons sur ces questions au Canada, et ce, dans un contexte très similaire. En Belgique comme au Canada, on parle beaucoup d'unité «nationale» mais on fait assez peu, et on réfléchit assez peu, concernant ce qui pourrait la procurer dans un contexte bi ou multinational, sauf réciter comme des mantras aliénants la fierté d'être belge.

Les pressions nationalistes et séparatistes québécoises ne peuvent, auprès des francophones de Belgique, qu'évoquer les angoisses de castration que leur procure l'autonomisation progressive de la Flandre (la relative arrogance d'une conquérante nation flamande à l'endroit d'une Wallonie récessive et en butte à de graves problèmes économiques et politiques n'aide pas et ne semble pas justifiée).

On ne voit pas pourquoi, au-delà de la question d'une participation commune à la francophonie internationale, et sur des questions de reconnaissance, les Québécois devraient ou pourraient chercher quelque appui ou sympathie auprès des francophones de Belgique. Il y a beaucoup à tirer, cela est évident, de rapports plus riches avec eux (en politique, le fédéralisme belge constitue une source d'intérêt). Il y a beaucoup à apprendre à propos et auprès de cette petite civilisation belge francophone, mais il n'est pas raisonnable d'y chercher quelque affinité avec les ambitions autonomistes québécoises.

Pas la même lutte

Par ailleurs, il y a de très importantes différences entre les «luttes» flamande et québécoise. Nous n'avons pas à déplorer chez nous leur xénophobie assez endémique et préoccupante (qu'il ne faut toutefois pas confondre avec leur fatigue de devoir encore aujourd'hui collaborer avec des Wallons avec lesquels ils ne se sentent aucune affinité et leur besoin de protéger et de pérenniser une langue que la Belgique francophone a très peu, semble-t-il, respectée et apprend toujours aussi peu), de même que nous ne pouvons nous enorgueillir du dynamisme économique et de la créativité, d'un impressionnant «amour du travail bien fait», qui semblent y régner et contribuent à la réussite et à la nouvelle confiance en soi de ce petit peuple.

En outre, le faible écart démographique entre les francophones et les locuteurs du flamand suscite un rapport de force dont les Québécois ne pourraient être qu'envieux.

Enfin, le contexte européen, qui en est essentiellement un de pluralité culturelle et linguistique reconnue et appréciée, est très différent de l'hostile océan anglophone au sommet duquel se trouve juché le Québec francophone, et au sein duquel il lui est encore difficile, en 2006, de faire admettre son droit à l'existence. [...]

Les Flamands ont demandé, comme le Québec y aspire, et obtenu des accords spéciaux leur permettant des relations plus directes et immédiates avec l'UNESCO, mais il semble que les Wallons se satisfassent d'y figurer comme Belges, bien que plusieurs des questions discutées et concernées par l'UNESCO relèvent des compétences, dirait-on en Belgique, «communautaires», c'est-à-dire wallonnes ou flamandes, comme au Canada elles sont de compétence «provinciale».

Par ailleurs, rien parmi les phénomènes qui viennent d'être désignés ne compromet une évolution nouvelle et un virage qualitatif majeur dans la manière dont les francophones belges se représentent et se projettent. En fait, il est vrai que l'évolution de la nation flamande oblige les francophones de Belgique à se repositionner et à se redéfinir identitairement, en relation notamment avec l'État simplement fédéral.

Pour l'instant en tout cas, nos partenaires de la Francophonie semblent se représenter d'abord comme Belges, tandis que les Flamands se représentent comme Flamands et posent sérieusement, et quotidiennement, la question de leur relation à l'ensemble de la Belgique. Cela est, chez eux, très loin d'être un tabou.

Du reste, dans le plat pays, le slogan «Ma Belgique inclut la Flandre» est aussi ambigu et inadéquat que «My Canada includes Quebec»...


Revendiquons notre identité !

Les Wallons méritent mieux et valent mieux que l'image qu'on donne d'eux.

Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions
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Mercredi 8 mars 2006 3 08 /03 /Mars /2006 15:54
Participant à une réunion à Charleroi lundi soir, la conversation est venue tout naturellement sur les prises de position récentes en matière institutionnelles de « l’homme fort » de la Ville, Van Cau. Son re-re-nouvel engagement ultra-régionaliste fait sourire par comparaison à son attitude beaucoup moins radicale lorsqu’il présidait les destinées du gouvernement wallon, juste avant de s’en faire éjecter, balayé par la vague médiatique anti-parvenus (et uniquement médiatique – qui en parle encore et pour quels résultats ?) initiée par Di Rupo.
  
C’est qu’au-delà du folklore il y a autant d’indépendantistes sincères en Wallonie qu’en Bretagne ou en Ile de France. Autant dire aucuns. « Il n’y a pas de nation wallonne, pas de viabilité économique et financière wallonne, pas de vision d’Etat en Wallonie. Cette cause-là est entendue, et pour de bon » écrit à juste titre P.H. Gendebien dans son dernier livre « Belgique, le dernier quart d’heure ? » (*)
  
C’est aussi qu’il y a un effet pervers dans la promotion de cette cause. Paradoxalement pour un socialiste de premier plan. Petite démonstration…
  
Il y a près d’un an, Bernard Cassen, rédacteur en Chef du Monde Diplomatique (et fondateur d’ATTC) publiait une analyse pertinente dans la revue Pyramides (**): « Pour la Commission européenne, il y a un étage de trop qu’elle ambitionne de réduire, d’éliminer, celui des Etats. Il est vrai qu’elle se situe dans une logique ultra-libérale qui détruit les solidarités et les services publics, et cela donne la clef de sa politique en direction des Régions… Pour la Commission, de toute évidence, mieux vaut 350 Régions sous sa coupe, que d’avoir en face de soi des Etats dont la force est une source d’ennuis… (Merci à la France pour le referendum sur le projet de Constitution !) La logique de l’émiettement, de l’atomisation et de la balkanisation…, c’est pain bénit, et c’est exactement ce que demandent les multinationales »
  
Il est piquant de constater qu’un des leaders du socialisme (mais c’est peut-être ça la rénovation de ce parti) ne semble pas être conscients des risques de remise en cause d’une série d’acquis sociaux qui ont été obtenus dans le cadre des Etats. Qui dit régionalisme dit affaiblissement des Etats. Généralisé à l’Europe, le résultat serait qu’en face des pouvoirs financiers et des instances supranationales sous-tendues par une idéologie néo-libérale (Commission européenne, OMC… Bolkenstein !) on y trouverait, non plus quelques Etats nationaux qui, peuvent encore (parfois !) résister, mais une multitude de Régions. Et ces Régions seraient rapidement écrasées par un pouvoir supranational toujours plus néo-libéral. La dérégulation jouerait en plein, il n’y auarit plus de redistribution sociale, ni solidarités interrégionales.
   
L’ultra-régionalisme est en contradiction flagrante, dans ses résultats à terme, avec le message officiel du PS qui prétend être le grand (et seul !) défenseur des « petites gens », des services publics et de la sécurité sociale. Mais ça ne semble pas vraiment les gêner. Il est vrai que les Happart(s) et Van Cau (hérauts de l’Europe des Régions), là où ils sont « parvenus » - heu… je devrais peut-être essayer de trouver un autre terme…-  ne doivent plus être vraiment sensibles aux préoccupations de ceux qui continuent à les élire que ne le sont les membres du dernier carré des Belgicains à la Di Rupo ou Flahaut... Pour paraphraser un vieux slogan de la gauche radicale, « ce n'est pas un parti, il n'est pas socialiste, mais il est belge », comme les autres partis traditionnels. Il est belge, c'est-à-dire rien disait récemment Amélie Nothomb.
   
Est-ce vraiment étonnant quand quelqu’un profondément engagé à gauche comme Robert Falony, ancjournaliste au Peuple, à la Wallonie et au Matin, écrit dans son dernier livre : «Le Parti socialiste – Un demi-siècle de bouleversements - De Max Buset à Elio Di Rupo. (***) » que « Le PS actuel, même « le plus à gauche », n’est plus réformiste du tout et que les socialistes n’ont plus d’alternative crédible au capitalisme » ? Au contraire serais-je tenté d’ajouter. Et il n’y a plus de rebelles au PS… non plus.
  
Tout autre est, en toute logique, la position des partis flamands qui sont à la fois ultra-régionalistes pour des raisons de choix de société (****), de croyances et d’homogénéité ethnique. Ce à quoi nous avons échappé jusqu’ici en Wallonie où le concept  de vie en commun est hérité de celui républicain et français de la Nation, acquis en même temps que la Philosophie des Droits de l’Homme à la révolution française. Ce qui est irréversible !
   
(*) Ed. Labor, Quartier Libre, 2006 »
(**) Revue du Laboratoire de Recherches en Administration publique de l’ULB, n°9, 2005
(***) Ed.Luc Pire, 2006
(****) Relire à ce sujet l’analyse du groupe de la Warrande ou les propos des Leterme, Verhofstad et consort
Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions
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Mercredi 8 mars 2006 3 08 /03 /Mars /2006 15:48
C’est le titre de l’éditorial de la présidente de l’Association des diplômés en journalisme de l’ULB dans le dernier bulletin de leur revue. Edito consacré en partie au sujet difficile de « l’affaire des caricatures ».
Dans son analyse, elle reconnaît que les progressistes ont parfois eu, de bonne foi, des attitudes un peu angéliques. Si elle déclare n’avoir jamais aimé le slogan « à bas les calotins », visant les catholiques, elle y demande le respect pour les religions. Mais précise que si on est athée, il n’y a pas lieu de participer à une « soirée ramadan ». Relevant là un illogisme sur le plan des principes. Ce n’est, en effet, que de l’électoralisme. On ne peut pas être pour la laïcité d’un seul côté. Il faut faire avancer la laïcité dans les milieux musulmans également. 
  
Je suis tout à fait d’accord.
   
Elle donne aussi une information qui m’avait échappé : que l’espace démocratique et laïque soit déjà largement raboté, on le savait. Mais que, au Sénat et en toute discrétion, la majorité (PS-MR) vienne d’autoriser le port du voile dans les écoles… C’est assez nouveau !
 
Je n'en ai pas trouvé de traces.
  
On se doutait bien que l’attitude virile des Destexhe et Lizin profitant du dépôt du rapport de la « Commission sur l'application du principe de laïcité dans la République » qui proposait une loi, prohibant les signes d'appartenance religieuse et politique dans les établissements scolairesen France, pour se faire de la publicité à bon compte en déposant une proposition de loi sur le même sujet n’était qu’un vulgaire coup médiatique.
Par Claude Thayse - Publié dans : Coup de gueule
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Mercredi 1 mars 2006 3 01 /03 /Mars /2006 15:30

C’est sous ce titre alarmiste que le journaliste Christian Laporte – ardent supporter de la couronne – se désolait récemment dans « La Libre » de la relance par la N-VA du projet de monarchie protocolaire. La proposition de déclaration de révision constitutionnelle déshabille en effet quelque peu les pouvoirs du Roi. Elle prévoit par exemple qu’il ne ferait « plus partie du pouvoir législatif confédéral » et serait exclu des autres pouvoirs. Le souverain ne pourrait plus intervenir dans la vie des assemblées. Ses enfants ne seraient plus sénateurs de droit. L'article qui proclame l'inviolabilité du Roi serait supprimé. Seuls le souverain régnant et son successeur pourraient encore bénéficier de dotations… Enfin, le Roi ne pourrait plus conférer de grades dans l'armée ou dans l'administration, ni octroyer des titres de noblesse. Il ne serait plus chef de l'armée, ni avoir quoi que ce soit à dire sur le plan international.

Le journaliste s’inquiète de la convergence qu’il observe dans les partis flamands sur ce thème. Il craint que lors du prochain marchandages communautaires, d'aucuns pourraient en faire une monnaie d'échange... Monnaie de singe dont se contenteraient assurément Di Rupo dont l’allégeance à l’institution n’est plus à démontrer. Pas plus que celle des autres présidents de parti francophones, CDh (traditionnellement défenseur du Trône et de l’Autel), Ecolo, MR ou FN.

Il va de soi que pour nous, la proposition va dans le bon sens. Cette institution obsolète et coûteuse ne se justifie que comme prétexte à refuser de réfléchir à un destin hors du cadre belge pour la Wallonie et Bruxelles.

Ce n’est d’ailleurs qu’un juste retour aux principes constitutionnels (et d’inspiration républicaine) de 1830 qui ont été peu à peu dénaturés sous la pression de l’institution royale. Voici des extraits tirés de « l’Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique » de Louis Bertrand et qui sont éclairants (et merci au CRK qui y a guidé mes lectures…) :

Les républicains parlent de Léopold Ier (1931)
« Le 19 mai [1831], l'Emancipation (journal catholique bruxellois) publiait un article sur les Républicains. En voici un extrait :

« ... Assurément, il y a des républicains, et il n'y a pas de doute que la turpitude des rois, qui nous ont refusé le duc de Leuchtenberg et le duc de Nemours, qui nous ont fait croupir huit longs mois dans le provisoire, et qui, maintenant toujours le Luxembourg, Maestricht et Anvers en la possession de nos ennemis, nous laissent au bout de ce long espace, à peine entrevoir l'espoir d'obtenir pour roi un Saxe-Cobourg, aux opinions, mille fois plus illibérales que l'ex-roi Guillaume, la turpitude des rois a singulièrement augmenté le nombre des républicains ».

« Après tant de déceptions, quel parti reste-t-il à prendre aux hommes généreux pour lesquels patrie et liberté ne sont pas un mot ? Dites ! Quel fruit les Belges ont-ils recueilli de tant de sotte docilité ? De se voir placés entre le prince d'Orange et Saxe-Cobourg. »

« Les puissances voudraient, en rendant le résultat de notre révolution le plus désavantageux, et, tranchons le mot, le plus ignominieux possible, nous punir d'avoir brisé un trône qu'elles fondèrent, et dégoûter à jamais des révolutions ».

« Tout en établissant qu'il faudrait être fort fat, pour songer à la possibilité du retour du prince d'Orange, avouons que Saxe Cobourg remplirait encore dans toute sa plénitude, le but des puissances ».

« Le prince Léopold, autrefois adversaire de l'émancipation catholique, maintenant anti-réformiste, ultra tory, par son éducation et sa vie tout entière, appartenant à cette église anglicane si intolérante ; quelles espérances pourrait-il faire concevoir pour nos libertés politiques, civiles et religieuses ? Nous sentons le besoin de le dire tout haut : son règne serait mille fois plus désastreux pour elles que celui de Guillaume ; il le serait également pour notre prospérité matérielle. D'abord, entièrement étranger aux mœurs belges, accoutumé à la morgue, caractère distinctif de tout aristocrate anglais, il serait en Belgique, seul au milieu de tous, et son gouvernement sans appui, dans l'opinion publique, hors de laquelle il n'y a désormais plus de force ; son gouvernement céderait au moindre choc, et ouvrirait ainsi de nouveau l'antre des révolutions et des perturbations industrielles et commerciales, leurs compagnes ordinaires. »

Dans son numéro du 28 mai, l'Emancipation faisait un parallèle entre ce qu'elle appelait la monarchie élective et la monarchie héréditaire.

Pour le journal catholique bruxellois, la régence de M. Surlet de Chokier était une monarchie élective. Il resterait en fonctions le temps que la Nation le déciderait, et il serait remplacé quand il aurait cessé de plaire.

Voici maintenant comment il apprécie la monarchie héréditaire en la personne du prince Léopold de Saxe-Cobourg :

« Le prince de Saxe-Cobourg est d'origine anglo-saxonne et tient à ce que l'oligarchie a de plus arriéré par sa naissance, son éducation, ses principes, ses relations, sa religion, par sa vie tout entière ».

« La vie d'un gentilhomme oisif, riche et plus qu'économe, voilà son passé ».

« Saxe-Cobourg a refusé le trône de la Grèce, parce que les affaires de ce malheureux pays étaient trop peu brillantes ».

« Lorsque, à la première élection d'un roi, on a parlé de la candidature du prince de Saxe-Cobourg, on l'a rejetée bien loin, jugeant qu'Othon de Bavière, que le Bourbon napolitain, que Charles d'Autriche, qu'Auguste de Leuchtenberg et que le duc de Nemours devaient lui être préférés de beaucoup ».

« Or, on ne peut pas à présent songer à lui que comme un pis-aller, et le subir comme un roi imposé ».

« Le prince de Saxe-Cobourg a déclaré ne vouloir accepter que pour autant que nous renoncions au Luxembourg et au Limbourg, ou que tout au moins les chefs-lieux de ces deux provinces fussent occupés par les Prussiens, pour garantie de notre obéissance ; pour autant que nous consentions à payer les 16/31èmes de la dette, à ne point élever de prétentions sur la rive gauche de l'Escaut, et en exigeant notre adhésion à tous les protocoles ; à la condition de notre déshonneur et de notre ruine financière. En un mot, Saxe-Cobourg est l'homme de la Sainte-Alliance et de l'Angleterre. »

Et l'article de l'Emancipation se termine par ces mots :

« Celui-ci (le prince Léopold) coûtera des millions qu'il entassera.
Celui-là (le régent Surlet) nous coûtera quelques milliers de florins dont il ne gardera rien.
Lequel préférez-vous ? » (pp. 64 et suivantes)

Léopold Ier critique la Constitution belge
« Le prince Léopold de Saxe-Cobourg fit donc de sérieuses objections avant d'accepter de devenir le roi des Belges. La Constitution, pourtant si oligarchique et donnant tant de droits et de pouvoirs au roi, ne lui suffisait point ».

Il eût voulu avoir le droit de nommer lui-même les sénateurs.

Dans la séance de la Chambre du 24 février 1848, il fut encore question de cette attitude du candidat au trône. Un des anciens membres du gouvernement provisoire, qui avait été délégué à Londres, M. Félix de Mérode, fit alors la déclaration suivante : « Lorsque j'ai été, à Londres, offrir la couronne belge au prince de Saxe-Cobourg avec MM. de Brouckère et de Foere, il nous fit des objections graves sur l'insuffisance du pouvoir accordé au chef de l'État, par notre Constitution de 1830...

« M. LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR. - C'est inconvenant. »
« M. DE MÉRODE. - Je rends compte de ma mission. »
« M. LE MINISTRE. - Il ne s'agit pas de votre mission. »
« M. DE MÉRODE. - Si vous ne voulez pas m'entendre, je ferai imprimer mon discours. »
« PLUSIEURS MEMBRES. - Passez cette partie du discours. »
« M. DE MÉRODE. - Je ne puis passer une partie du discours. Du reste, ce qui me reste à dire ne concerne que moi. »
« Nous reconnûmes l'impossibilité de la modifier, mais nous assurâmes le prince que, dans les lois organiques, nous ferions nos efforts pour que l'autorité royale obtînt tout ce que la loi fondamentale permettait de lui attribuer ; la même assurance lui fut donnée par la députation plus nombreuse qui vint lui porter le décret d'élection de sa personne par le Congrès. »
« Je n'ai pas deux paroles, messieurs, j'ai tenu loyalement la mienne. »
Ces messieurs tinrent parole, en effet, comme nous le verrons plus loin." (pp.67 et suivantes)

Léopold Ier contre l'autonomie communale
En ce qui concerne les droits et les privilèges de la royauté, il est certain que la Constitution avait créé une royauté d'un caractère spécial, qui contrastait avec les droits et les avantages accordés aux autres chefs des monarchies de l'époque.
Le principe général qui s'y trouve affirmé, c'est que la nation est maîtresse souveraine et que le roi doit se borner à régner. Tout orgueil personnel ou toute ambition de maison lui étaient interdits en fait. Il devait renoncer à faire prévaloir sa volonté, renoncer à toute ingérence propre dans le gouvernement du pays, en un mot, renoncer à toute politique personnelle.
Voilà ce que voulaient les constituants, voilà quelle fut leur volonté formelle, inscrite dans le pacte fondamental.

Mais qu'arriva-t-il ?

Dès le début du règne de Léopold 1er, les dirigeants s'efforcèrent d'introduire dans la législation l'idée et la forme d'une monarchie toute différente de celle conçue par le Congrès national, d'un pouvoir monarchique procédant de lui-même, gardant pour lui une autorité et des prérogatives qui légalement devaient appartenir aux élus de la nation. En d'autres termes, alors que la Constitution avait organisé, en principe du moins, le gouvernement du pays par le pays, le roi, avec la complicité de ses ministres et des Chambres, émit la prétention, et y réussit souvent, de mettre certaines autorités émancipées sous sa tutelle.
Par une série de mesures, par des modifications à des usages admis précédemment, on essaya d'habituer les esprits à admettre pour la monarchie nouvelle des idées et des droits qui avaient cours dans les monarchies anciennes.

La liste civile, établie par la loi du 28 février 1832, fut fixée à la somme énorme de 2.760.000 francs. (de l’époque !)

L'article 76 de la Constitution donne le droit au roi de conférer les ordres militaires. Or, dès 1832, les ministres proposèrent la création d'un ordre civil, l'ordre de Léopold. Une première fois la majorité de la Chambre se prononça contre cette institution, évidemment contraire à la Constitution. Mais le gouvernement revint à la charge et la proposition fut admise, on ne saura jamais à la suite de combien d'intrigues, à 2 voix de majorité seulement !
Pendant les premières années, on décora à tour de bras, à tort et à travers, sans même dire pour quels motifs ces faveurs étaient octroyées, alors que l'a loi instituant l'Ordre de Léopold obligeait de préciser la raison de la distinction accordée.

Le roi peut conférer des titres de noblesse en vertu de l'article 75 de la Constitution. Il fut fait abus également de la distribution de ces titres.

Mais ce qui devint plus sérieux, ce fut l'atteinte portée à l'autonomie communale, aux droits des électeurs, en ce qui concerne la nomination des bourgmestres et des échevins.

Par décret du 11 octobre 1830, le gouvernement provisoire avait donné le droit aux notables de chaque commune d'élire les bourgmestre et échevins, et il avait déclaré qu'il y avait nécessité de « réorganiser les administrations communales d'après les principes d'une révolution populaire dans son origine et dans son but. »

Peu de jours après, De Potter, aux acclamations enthousiastes du Congrès, avait invoqué ce décret comme un titre d'honneur pour le gouvernement provisoire.
Un projet de loi déposé le 2 avril 1833, proposa de faire nommer les bourgmestres par le roi, même en dehors du Conseil et de la commune ! Quant aux échevins, le gouvernement proposa de les faire désigner par le roi, dans les communes de plus de 3,000 habitants, et par les gouverneurs dans les autres.
Le secrétaire communal devait être nominé et pouvait être révoqué par le roi !

Ce projet était évidemment une œuvre de réaction. Il constituait une première et grave concession faite à la royauté ; il dénaturait l'esprit de la Constitution et le but démocratique de la révolution, et cela deux ans et demi à peine après les journées de septembre.

La section centrale de la Chambre, saisie du projet, le modifia dans un sens démocratique, mais elle s'arrêta en route. Elle proposa d'attribuer au roi la nomination des bourgmestres, mais dans le sein du Conseil. Elle lui accorda également le droit de nommer les échevins, mais sur une liste triple présentée par le Conseil communal.

Ce premier projet n'eut aucune suite, les ministres du roi étant mécontents des modifications apportées à leur œuvre par la majorité de la section centrale.

Le 4 août 1835, le ministre de Theux déposa un nouveau projet. Dans celui-ci, le gouvernement proposait de rendre obligatoire la nomination des bourgmestres en dehors des Conseils communaux et de les investir de la présidence de l'assemblée communale, avec voix consultative. Les échevins, eux, seraient nominés par le corps électoral.
Ce nouveau projet ne plut pas davantage à la section centrale de la Chambre. La discussion fut longue et animée. Des dissentiments se produisirent entre la Chambre et le Sénat et finalement, trois années après la présentation du projet primitif, la loi communale fut votée le 10 mars 1836.
Cette loi, produit d'une transaction entre les partisans du pouvoir central et les défenseurs de l'autonomie communale, accordait au roi la nomination du bourgmestre et des échevins, mais restreignait son choix aux membres du Conseil, élus directement par leurs concitoyens. Elle exigeait un cens d'éligibilité, mais refusait au gouvernement le pouvoir de dissoudre les Conseils, pouvoir qu'il réclamait avec beaucoup d'insistance. Elle attribuait à la commune la nomination des agents purement communaux.

Pour montrer combien la Chambre était divisée sur toutes ces questions, il nous suffira de rappeler que le droit reconnu au roi de nommer les bourgmestres, mais dans le sein du Conseil, ne fut adopté que par 41 voix contre 34 et que le droit de nommer les échevins ne lui fut reconnu que par 49 voix contre 42.

La loi communale de 1836 fut une loi de réaction ; elle porta atteinte à l'autonomie des communes et créa un privilège nouveau pour la royauté.» (pp.84 et suivantes)

La connaissance de l'Histoire reste utile pour comprendre le présent !

Par Claude Thayse - Publié dans : Actualité
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