« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Si la Belgique disparaît (...) l'incompréhension des centralisateurs nationalistes en aura été cause tout autant que le fanatisme conquérant des flamingants » (Jules Destrée : Wallons et Flamands, Paris, 1923, p. 175)  

*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)
*

« Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? » (Amin Maalouf)
*
De temps en temps, les hommes tombent sur la vérité. La plupart se relèvent comme si rien n'était. (Winston Churchill)

 

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modéraztion à condition d'en citer la source.

Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 11:24

La chronique de Bart De Wever au journal flamand « De Standaert » (et reprise par « Le Soir » !) consacrée à la collaboration a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Sans revenir sur les aspects politiques de son message, ce dernier et les réactions qu’il a suscité montre qu’il faut bien comprendre que la crise belge est bien plus qu'une querelle de communautés, elle est le choc de deux principes fondamentaux. De deux visions du monde, de deux conceptions de la Nation. Je ne reviendrai pas sur le billet précédent que j’y avais consacré.

 

Il n’empêche, Bart De Wever a soulevé un lièvre. Aveuglés par leur souci de maintenir un avenir bien improbable pour la Belgique en diabolisant les propos, certes provocateurs, commentateurs politiques, journalistes et politiciens ont perdu une occasion d’ouvrir le débat sur la réalité de la collaboration. Comme pour Leterme jadis, vous dites De Wever et les voyants rouges s’allument…

 

On connait les chiffres (*) de la répression individuelle :

- Entre septembre 1944 et la fin de l'année 1949, 405.067 inculpations ont été ordonnées pour des actes de collaboration.

- 288.101 de ces dossiers (soit 71 %) ont été classés sans suite.

- 59.712 (15 %) ont débouché sur un non-lieu.

- 57.254 (14 %) ont donné lieu à des poursuites pénales.

- 53.005 Belges seront finalement condamnés pour faits de collaboration avec l'occupant allemand.

- L'emprisonnement à perpétuité a été prononcé contre 2.340 personnes.

- 2.940 condamnations à mort seront prononcées. La majorité des condamnés à la peine capitale seront finalement graciées.

- 242 collaborateurs ont été exécutés. Parmi eux, il y a Victor Matthijs et José Streel, le chef officiel de Rex durant l'occupation nazie et l'idéologue du mouvement rexiste.

- 43.093 Belges ont perdu leurs droits civiques et politiques dans le cadre de l'épuration.

- Plusieurs milliers d'ex-collaborateurs s'enfuiront, souvent avec leur famille et la complicité de réseaux nazis - ou catholiques - et des services secrets occidentaux, à l'étranger : en Allemagne, en France, en Espagne, en Afrique du sud, en Amérique latine...

- Parmi les 2.895 condamnations à mort et les 2.340 condamnations à la perpétuité, respectivement 1.693 et 501 furent prononcées par contumace.

 

Mais ce n’est là que les chiffres de la répression individuelle. Je ne reviendrai pas ici sur la différence de traitement des collabos entre la Wallonie où la répression fut plus importante et les autres Régions. Tout ça est connu et publié.

Il y a autant d'études sur la collaboration en Wallonie qu'en Flandre. Ce qui n’est pas souvent souligné c'est le fait que si la collaboration en Wallonie a été aussi importante qu'en Flandre, elle n'a pas du tout été du même type, ne recrutant pas dans les mêmes classes sociales, ni au même moment ( ce qu'a bien mis en évidence Collignon, l'historien wallon du CEGES).

A ce sujet, un livre à lire - neutre, parce que rédigé par un américain avec un regard extérieur - c'est celui que Martin.Conway a consacré à Degrelle et à la collaboration en Wallonie (Degrelle, les années de collaboration, 1940 - 1944 : le Rexisme de guerre – Ottignies 1994). Il y explique très bien que les Allemands au début de la guerre n'ont pas pris Degrelle au sérieux sentant sans doute aussi qu'il était un peu isolé et peu crédible. Au contraire des gens du VNV.

Les rexistes n’ont commencé à intéresser les Allemands qu’au milieu de la guerre (le pouvoir en Allemagne passant de plus en plus à la SS), au moment où le VNV lui, se posait la question de savoir si la collaboration était vraiment dans l'intérêt de la Flandre. A ce moment, une structure flamande comparable à Rex en Wallonie (De Vlag), marginale comme Rex l'était s'est plus ou moins substituée au VNV. Ce qui rend aussi différente la collaboration en Wallonie c'est que, militairement, elle était moins forte que la Résistance.

Si les rexistes pouvaient compter sur les Allemands, la Résistance a empêché la collaboration, en intimidant les collaborateurs ou carrément en les tuant (Conway estime, par exemple, que dans les derniers mois de la guerre, la Résistance assassinait un collaborateur à peu près tous les jours dans la Région de Charleroi…).

 

De Wever insiste sur la collaboration, mais évite soigneusement de parler de la Résistance. Là, la différence de comportement entre les régions a été plus que significative.

 

On le voit, si De Wever n’a pas nécessairement tort de dire que l'histoire de la Wallonie durant l'occupation n'est pas nécessairement assez bien connue et que l'on peut l'étudier, il est essentiel de la différencier complètement de ce qui s'est passé en Flandre. De fait cela a été complètement différent et là aussi, il faut sortir du cadre (de l’amalgame) belge pour réellement comprendre. Déjà à l’époque, la Wallonie était une société bien différente de la Flandre et, d'une certaine façon, elle ne pouvait pas collaborer comme la Flandre. Ce qui a été démontré après la guerre quand elle s'est insurgée contre Léopold III ce qui demeure un chapitre de l’histoire de la Résistance.

Nous sommes vraiment très différents des Flamands. Ce qui ne veut pas dire meilleurs qu'eux. Ces différences sont normales entre peuples différents.

 

Quand je dis que De Wever a soulevé un lièvre, c’est celui dont personne n’a parlé (ou n’ose parler). En réalité, les autorités publique st économiques de la Belgique officielle ont collaboré d'une manière indigne pour une démocratie. C’est un des épisodes qu’on occulte dans ce pays depuis 1945. Les archives concernant cette époque ne sont pas publiées. Si mes souvenirs sont bons, elles sont sous scellés jusqu’en… 2045.

 

 

Les secrétaires généraux des ministères étant dotés d'un pouvoir analogue à celui de ministress, ce qui avait été décidé par le gouvernement Pirlot-Spaak, la collaboration administrative maximale a été la règle des autorités qui n'entendaient certainement pas se poser trop de questions alors que par ailleurs, la collaboration économique battait son plein.

 

 

La Belgique officielle n’a ainsi jamais fait son auto-critique. Comme l’a écrit quelqu’un un jour : « la guerre révèle l'âme d'une société ».  Peu de publications sont venues en support à cet indispensable devoir de mémoire. A part – à la demande du Sénat – « La Belgique docile », une étude accablante effectuée par le CEGES sur le comportement des autorités belges et la persécution des Juifs.

 

Là où De Wever se trompe (volontairement ?), c’est quand il parle du malaise des Wallons à propos de cette période. Les Wallons n’ont pas de complexes à avoir.  C’est aux non-dits belges qu’il aurait du réserver se attaques. Evidemment, qui dit belge… dit comment cette période – comme d’autres – a favorisé la Flandre. Ceci expliquant cela… De Wever ne pouvait évidemment pas l’écrire.

 

(*)Sources : http://www.resistances.be/amnistie02.html

- «La répression des collaborations 1942-1952 – Un passé toujours présent», s.d. De Luc Huyse et Steven Dhondt, éditions du CRISP, Bruxelles, 1993 (traduit du néerlandais, 1991), 345 p

- «Collaboration, répression – Un passé qui résiste», s.d. De José Gotovitch et Chantal Kesteloot, éditions Labor, Bruxelles, 2002

- «Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique», s.d. De Paul Aron et José Gotovitch, éditions André Versaille, Bruxelles, 2008

 

Par Claude Thayse - Publié dans : Coup de gueule - Communauté : Avenir de la Wallonie
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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 20:10

Billet repris dans "La Libre Belgique" du 26/10/2010
Mis à jour le 17/11/2010

 

A lire les réactions épidermiques dans la presse de la capitale (Le Soir, La Libre, etc…) les sorties – à l’occasion des fêtes de Wallonie – de Viseur et d’Etienne montrent que beaucoup n’ont retenu du nationalisme que son versant germanique. On a ainsi vu refleurir à tort et à travers les phrases toutes faites  du style : « le nationalisme, c’est la haine des autres », etc…

 

Dans les heures et les jours qui viennent, nous allons sans nul doute connaître une dramatisation plus forte encore de la situation politique. Drame étant à prendre ici dans son sens théâtral…. Le débat est loin d'être clos et est au contraire essentiel. 

 

A quoi, pourrait bien ressembler un « nationalisme wallon » ?

 

Je n’aborderai pas le thème de la nation comme concept juridique né à la Révolution française. (*)

 

La nation est davantage une construction idéologique qu’une réalité concrète, ce qui explique la difficulté de lui donner une définition pleinement satisfaisante. Ce qui (m’a, comme à d’autres…) fait dire qu’il n’y a pas de nation wallonne par comparaison à la très forte identité flamande ou même bruxelloise.

Depuis Renan, pour les tenants d’un humanisme français (**), la conception moderne de la nation dépasse largement le cadre ethnique ou tribal. Elle trouve plutôt sa source dans un ensemble complexe de liens qui fondent le sentiment d’une appartenance commune. Elle est ainsi à la fois extérieure aux individus, en même temps qu’elle est intériorisée (et transmise d’une génération à l’autre). Pour s’imposer, elle suppose également l’existence d’une volonté durable de vivre au sein d’un même ensemble. C‘est une construction politique, dont la fonction est de garantir la cohésion sociale et de faire respecter l’autorité de l’État. Pour ces raisons, l’idée de nation est elle-même liée à l’histoire de chaque pays. Là est la grande erreur des contempteurs de toute identité ou nationalisme wallon. Leurs références sont germaniques ou liées aux dérives historiques des XIXème et XXème siècles.

 

Si, en France, c’est l’action centralisatrice et unificatrice du pouvoir royal qui a contribué de manière décisive à l’émergence de la nation. Le sentiment national, bien que présent chez une élite restreinte, s’est diffusé assez lentement et une forme « d’identité nationale » l’a précédé.

A contrario, en Allemagne, l’idée de nation s’est développée en l’absence d’un cadre étatique unitaire. L’existence d’une langue et d’une culture communes a permis de concevoir la nation allemande en l’absence de toute unité politique avant 1871. La Flandre a suivi le même processus… Il est piquant de constater aujourd’hui que c’est le même type d’idéologie qui est sous-tendue par le projet (plan B ?) d’état putatif Bruxelles-Wallonie basé sur la langue française cette fois. Or, Comme l’écrivait Renan, « il y a dans l'homme quelque chose de supérieur à la langue : c'est la volonté ».

Il est logique que les attaques les plus virulentes contre le principe « d’identité wallonne », le fait de nommer la Wallonie autrement que « Région wallonne » ou encore contre les dernières sorties parlant de « nationalisme wallon » soient venues de ceux qui nient l’existence de la Wallonie et veulent la noyer dans un nouvel ensemble indifférencié « francophone » après avoir voulu la fondre dans une improbable « nation belge » construite en dépit du bon sens.

 

 Il y a donc bien coexistence (et parfois interpénétration) dans la notion de « nation » de deux concepts distincts. Une « conception française » (Renan, Fustel de Coulanges) et une « conception allemande » (Herder, Fichte).

 

Herder propose une définition de la Nation fondée sur le sol et une langue commune, et Fichte, dans ses Discours à la nation allemande (1807-1808)  insistait sur l’idée de peuple et l’importance de la langue.

A contrario, Ernest Renan, dans sa célèbre conférence de 1882 intitulée « Qu’est-ce qu’une Nation ? », a posé, quant à lui comme critères de l’appartenance nationale, « le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ». Sa belle expression est souvent reprise : « l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. »

 

 Méfions-nous donc des raccourcis rapides et des arrière-pensées. Le nationalisme wallon est déjà bien en germe. Ce n’est pas un hasard si une fine mouche politique (et il faut avoir beaucoup d’habileté pour survivre au sein d’un parti comme le CdH sans perdre ses repères)  ose aujourd’hui utiliser cette expression. Les partis politiques traditionnels sont très à l’écoute de la population. Les réticences de Madame Milquet ne sont que de pure forme et destinées à .noyer le poisson. .

Les caractéristiques que Viseur donne de ce nationalisme wallon, sont celles traditionnelles du mouvement wallon : « une forte cohésion sociale autour d’un modèle de développement solidaire. Le passé récent illustre bien cette logique, cette force tranquille d’une nation wallonne. » Tout le contraire du nationalisme flamand ou belge basé sur la prétendue supériorité d’un groupe social sur les autres.

 

Être partisan d’un nationalisme wallon, est-ce considérer que la Wallonie doit entrer – comme le laissent entendre certains, entrer à reculons dans une nouvelle organisation ? Là aussi, épousons les conclusions de Renan : « (…) laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé. ».

 

« Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. » N’est-ce pas l’image des Wallons et de la Wallonie ?

 

 

(*) L’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose que « le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » En application de ce principe, la Nation est devenue la source des différents pouvoirs, se substituant au droit divin qui légitimait le pouvoir monarchique.

La Nation, détentrice de la Souveraineté, c’est le peuple constitué en corps politique, dont la volonté est mise en œuvre par des représentants élus, sans qu’aucun corps intermédiaire ne puisse y faire obstacle. La nation modifie par ailleurs la conception de l’État en le soumettant au principe démocratique.

 

(**) J’aime à rappeler cette phrase d’une très grande lucidité de François Perin qui  s’est un jour exprimé en disant que « les Wallons ont acquis la philosophie des Droits de l’Homme à la Révolution française et que c’est irréversible ».

 

A lire, en complément : **** Les nations, salut de l'humanité ? **** de Laurent Pinsolle

 

 

Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions - Communauté : Avenir de la Wallonie
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Vendredi 17 septembre 2010 5 17 /09 /Sep /2010 12:00

Trente ans d’acquisition d’autonomie pour la Wallonie, ça se fête.

 

Partie de rien, ou presque, depuis l’expérience de régionalisation préparatoire, l’autonomie wallonne est montée en puissance au cours du temps. Et pourtant, que de résistances à cette évolution dont  tous les observateurs objectifs reconnaissent aujourd’hui qu’elle a permis à la Wallonie d’enrayer le déclin dans lequel l’avait plongée la Belgique.

 

Cette institution jouera demain un rôle de plus en plus important.  Je constate d’ailleurs un changement de ton et de propos très significatif. 

Effet « Bart »  ou  prise de conscience ? L’avenir proche nous le dira. Serions-nous à un moment fondateur ?

 

Après avoir été étouffé sous «  la francophonisation » qui a empilé dans les esprits une double dose de « belgicanisme »  censée permettre la survie de la Belgique par l'écrasement du sentiment wallon et son remplacement par un « sentiment francophone » tout aussi artificiel.

Oui, la Wallonie a bien une identité et cette identité wallonne est une des multiples identités françaises.

 

Mais là n’est pas le thème de ce billet.

 

Parlons plutôt d’une évolution terriblement importante où certains politiciens, syndicalistes et intellectuels n’hésitent plus à oser dire tout haut ce que vous avez pu lire sur ce blog depuis quelques années en matière d’identité, de reconnaissance du fait wallon, de son indispensable prise en main d’outils de développement qui lui échappent encore. Sans enregistrer de sarcasmes ou de manifestations indignées. Tiens ! Comme si ce n’était plus tabou.

 

Sans remonter aux propos de Demotte sur l’identité wallonne, trois exemples récents :

 

L’excellente émission « Face à l’info » sur l’avenir de la Wallonie de ce jeudi 16 septembre 2010 (à écouter ou réécouter ici jusqu’au 23/09…)  et particulièrement les interventions de Thierry Bodson de l'Interrégionale wallonne de la FGTB, Michel Quévit économiste et professeur émérite de l'UCL  et aussi Vincent Reuter Administrateur délégué de l'Union wallonne des Entreprises. Vous y retrouverez des propos très semblables à ceux distillé ici au cours de ces dernières années.

 

Jean-Jacques Viseur, après avoir fait campagne sous le slogan belgicain éculé : « L'union fait la force » vient maintenant de déclarer : « La Wallonie doit oser la carte d’un nationalisme wallon ».  Certains retournements sont décidément très rapides...

 

Le ministre Marcourt s’est exprimé il y a quelques jours en faveur de la régionalisation de l’enseignement. En toute logique ou cohérence dirais-je parce qu’il est clairement démontré depuis des années que les Régions de vieille industrialisation qui ont obtenu la maîtrise de leur enseignement et de leur culture sont aussi celles qui ont le mieux réussi leur reconversion et leur redéveloppement. (sud de l’Angleterre, nord de l’Espagne, etc..)

   

Une chose est certaine, c’est qu’on ne peut plus se contenter de parler uniquement en termes économiques.  Surtout maintenant que les prémices (pour rester volontairement modeste) du redressement wallon sont là (exportations et investissements où la Wallonie a dépassé la Flandre… et autres domaines où  la Wallonie fait jeu égal). Ce n’est pas suffisant, il faut y ajouter l’indispensable versant culturel.

 

C’est le moment de faire émerger un projet fédérateur wallon. L’identité se crée et se recrée tous les jours.  Nous avons tous un rôle à jouer.

 

Si certains en parlent, nous, nous devons le faire !

 

 

PS. J’ajouterai pour ceux qui lisent rapidement, ou font une lecture manichéenne, que mes propos ne rejettent absolument pas Bruxelles. Simplement, Bruxelles n'est pas la Wallonie. Mon opinion reste celle que je défends depuis longtemps. Je suis partisan d’un maximum d’autonomie et d’acquisition de compétences pour chaque entité (Flandre y comprise !) tant que la Belgiqe existe. Des entités clairement distinctes.  Ce qui n’empêche absolument pas de conclure - ensuite - des accords équilibrés de partenariat. D’égal à égal. Comme avec n'importe quelle autre entité politique.

Par Claude Thayse - Publié dans : Actualité - Communauté : Avenir de la Wallonie
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Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 06:08

Je n’en ai pas parlé au moment de sa parution il y a quelques jours. Pourtant j’avais été averti de la publication de Luc Rosenzweig sur le site du « causeur » consacrée à la situation politique locale.

 

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, c’est un journaliste, généralement bien informé, ancien journaliste de « Libération » et ancien rédacteur en chef du « Monde » (excusez-moi du peu) est aujourd'hui écrivain. Cà ne l’empêche pas d’avoir un regard acéré sur l’actualité.

 

Je retiendrai trois extraits de son article (j'ai souligné quelques points significatifs).

 

« Dans le courant du mois de juillet, quelques personnes réputées bien connaître la politique belge ont tenu une réunion discrète, sinon secrète, dans le bureau de Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Des diplomates en retraite et en activité et des journalistes de renom étaient invités à formuler leurs analyses sur l’avenir du royaume à la suite des élections législatives de juin(…) »

« Pour les sommités réunies par Pierre Lellouche, l’hypothèse d’une « petite Belgique » maintenue après le départ de la Flandre devrait alors s’imposer. C’est en tout cas la vision développée dans la classe politique francophone (*) et dans les élites universitaires et médiatiques (*). Cette entité serait, paraît-il économiquement et politiquement viable. Voire… Car qui prendrait alors le relais des transferts d’argent de la Flandre vers la Wallonie au nom de la « solidarité interpersonnelle » entre tous les Belges ? »

 

Bien, ça c’est de l’information. Rien de plus.

 

Par contre, cette dernière phrase est évidemment beaucoup plus intéressante et montre que, connaissant certaines réalités locales,  certains réfléchissent (beaucoup !) plus loin. :

 

« Le moment n’est pas encore venu où les Wallons sûrement et les Bruxellois peut-être se diront que la meilleure solution, au bout du compte, serait de compléter l’union culturelle et économique franco-belge par son volet politique. Mais il approche. Quand elle a démarré, l’Histoire a tendance à s’accélérer, et c’est dans ces circonstances que se révèlent les grands hommes d’Etat ».

 

Pas mal, non ?

 

 

(*) … belges, évidemment ! Pour ces dernières, la Belgique est (et doit encore être considérée comme) un ilot isolé au milieu de nulle part. Ils sont encore et toujours incapables de réfléchir d’une manière globale. La systémique a encore du chemin à faire, nous sommes terriblement interdépendants de nos voisins comme avec le reste du monde.

Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions - Communauté : Avenir de la Wallonie
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Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 06:00

« C'était impossible et ils l'ont fait »  (Winston Churchill)

 

Les conservateurs du régime belge n’ont plus beaucoup d’illusions. N’empêche,  ils sont encore très actifs (énergie du désespoir ?). On lit ainsi de plus en plus que la scission de la Belgique en trois (plus rarement quatre !) entités mettrait la Wallonie en situation particulièrement difficile. (Et pourquoi uniquement la Wallonie ?)

 

J’avoue rester assez sceptique.  Tout d’abord, nous ne sommes pas isolés sur une planète lointaine. Il y a une vie en dehors de la Belgique (Le billet précédent (ainsi que celui consacré à l’interview de Chevènement) montre bien que d’autres sont là et pensent à nous).

Par ailleurs, la situation économique de la Wallonie s’améliore. Selon le Financial Times, la Wallonie fait partie du "Top 5" des régions les plus attirantes d’Europe pour les investisseurs, derrière l’Ecosse, la Flandre, l’Irlande du Nord et le Kent. La Wallonie, c’est aussi trois centrales nucléaires, le réseau routier le plus dense d’Europe, des canaux, un véritable nœud de communication au cœur même de l’Europe. On sait que si la balance commerciale de la Belgique est en boni, c’est grâce aux exportations wallonnes. Et en matière de transferts, nous sommes les premiers partenaires commerciaux (entendez : surtout clients…) de la Flandre. Donc, leurs principaux contributeurs… Imaginons que demain, nous achetions ailleurs, tout en leur faisant payer notre eau à son juste prix, par exemple…

 

Aujourd’hui, le baromètre économique de la société Ernst & Young (*) vient de démontrer qu’en matière d’investissements les choses se confirment dans le bon sens en faveur de la Wallonie. Je ne résiste pas à vous donner un extrait :

« Le nombre d’IED annoncés en Belgique a augmenté par rapport à l’année dernière : de 142 à 146. Une ventilation entre les différentes régions donne les proportions suivantes : la Flandre enregistre 64 investissements sur 146 (43,9 %), la Wallonie en compte 57 (39 %) et Bruxelles, 25 (17,1 %). Si nous examinons ces chiffres sur une période de cinq ans, nous constatons que la part de la Flandre dans les investissements étrangers ne cesse de reculer. En résumé, nous pouvons dire que la Flandre et Bruxelles enregistrent leurs plus mauvais scores, tandis que la Wallonie atteint un niveau record.

Si nous examinons la dimension provinciale, nous constatons qu’en Flandre, c’est toujours Anvers qui engrange le plus de projets mais pour combien de temps encore ? Alors qu’il y a 3 ans d’ici, la province d’Anvers rassemblait à elle seule 50 projets, ce nombre est passé à 26 en 2008 et stagne à 27 en 2009, parmi lesquels 19 nouveaux projets, ce qui est toutefois très honorable.

Un deuxième constat frappant concerne la Flandre occidentale. Cette province ne joue manifestement plus aucun rôle sur la scène des investissements. Seuls deux projets ont vu le jour en 2009, dont aucun nouveau projet.

La Flandre orientale comme le Limbourg sont en nette perte de vitesse. En 2006, la Flandre orientale pouvait encore se targuer de 20 projets d’investissements étrangers. Aujourd’hui, ce nombre a quasi diminué de moitié.

La proportion entre nouveaux projets et  projets d’expansion n’offre pas non plus beaucoup.

Nous observons une nette diminution de l’attractivité bruxelloise sur une période de cinq ans, au bénéfice du Brabant wallon et plus particulièrement des alentours de Nivelles. Le Brabant wallon affiche plus du doublement de son score par rapport à l’année dernière, passant de 5 à 12 nouveaux projets d’investissements dont neuf dans la région de Nivelles. Nous constatons en outre que la majorité de ces projets correspondent à de nouveaux investissements.

La Province du Brabant flamand obtient aussi un résultat honorable avec 14 nouveaux projets. À l’exception d’un seul, tous ces projets sont des nouveaux projets. Le principal secteur concerné par ces nouveaux projets, dans le Brabant flamand comme dans le Brabant wallon, est celui des ventes et du marketing. Cela démontre sans doute que les entreprises n’envisagent plus Bruxelles comme seul emplacement potentiel pour de telles activités.

 

Au niveau de la Wallonie, l’activité a été particulièrement intense en 2009 avec un succès particulièrement remarquable pour la province de Liège. Celle-ci a maintenu sa stabilité au fil des dernières années, avec 12 à 14 nouveaux projets par an. Cette année, elle grimpe à 21, dont deux tiers concernant de nouveaux investissements. Les principaux secteurs concernés sont l’industrie et la logistique.

De son côté, le Hainaut se caractérise par sa stabilité avec 17 investissements (dont 9 nouveaux) en 2008 et 2009. A l’exception de Bruxelles et d’Anvers, les provinces de Liège et du Hainaut sont en 2009 et de loin, les provinces les plus attractives de Belgique ».

 

Et enfin, la menace de régionaliser la perception de l’impôt des personnes physique sur le lieu de travail ne devrait pas changer grand chose et les effets seraient marginaux sur la Wallonie. Jugez-en :

Selon Eurostat (2006) le salaire brut moyen « belge » d’un employé dans le secteur de l’industrie et des services était de 37 674 s. Il faut ajouter à ce salaire 11 501 € que l’employeur doit payer en charges @sociales obligatoires, ce qui fait grimper le coût total du travail à 49 175 euros. La paie nette de l’employé n’est que de 21 903 €  soit 44,54% du coût total de main-d’œuvre ; les prélèvements obligatoires, i.e. les impôts et les cotisations de sécurité sociale, s’élèvent ainsi à 55,46% de son revenu brut « réel ».

Le taux marginal maximal pèse bel et bien sur notre travailleur moyen ; pour 2010, le taux de 50% s’applique à chaque euro gagné au-delà d’un salaire brut de 34 300 euros.

Ce qui est certes, loin d’être négligeable à titre individuel. Mais, si on se base sur cette moyenne – même, si comme toutes les moyennes, elle est sujette à caution, ne tenant pas compte des spécificités professionnelles – nous pouvons constater que le manque à gagner pour la Wallonie d’un IPP versé sur le lieu de travail, c'est-à-dire à Bruxelles, serait d’environ (49175( brut+part patronale)-21903 (salaire net annuel moyen) X 100.000 travailleurs) = 2.717.200.000 euros… ce qui correspond, à la grosse louche (pour utiliser un terme technique, précis d’économiste..) à 2.5 milliards si on soustrait les 250.000.000 euros payés chaque année – par la Wallonie - à Bruxelles pour financer la survie des écoles francophones de cette Région.

 

Autant se préparer, d'ailleurs les sondages récents vont dans ce sens...

 

 

(*) Source: Ernst & Young European investment monitor 2010

 

 

 

 

 

 

Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions - Communauté : Avenir de la Wallonie
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