« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Si la Belgique disparaît (...) l'incompréhension des centralisateurs nationalistes en aura été cause tout autant que le fanatisme conquérant des flamingants » (Jules Destrée : Wallons et Flamands, Paris, 1923, p. 175)  

*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)
*

« Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? » (Amin Maalouf)
*
De temps en temps, les hommes tombent sur la vérité. La plupart se relèvent comme si rien n'était. (Winston Churchill)

 

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modéraztion à condition d'en citer la source.

Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 19:26

En attendant le rapport du formateur sur ce qu'on appelle une fois de plus (en fait la sixième !)  « la pacification de l'Etat » (sic !) première étape de l'éventuelle formation d'un gouvernement dont on peut déjà prévoir que les conséquences de la seconde étape (socio-économique) seront dramatiques pour notre niveau de vie, je vous suggère la lecture d'un article paru dans « Le Vif » : http://www.levif.be/info/actualite/dossiers/les-entretiens-du-vif/paul-jorion-sans-revolution-ce-sera-la-chute-de-l-empire-romain/article-1195115511426.htm

 

Disciple belge de Claude Lévi-Strauss, cet anthropologue « touche à tout » a toujours été considéré comme un vilain petit canard théorique mais avait prédit, avec une précision étonnante, la crise des subprimes.

 

Pour lui, qui estime - ce que je partage - que «l’économie est une chose trop sérieuse pour être attribuée aux seuls économistes», l’économie est le trou noir de la nature humaine, celui particulièrement impensé et dans lequel mijotent avant qu’elles ne débordent, toutes les irrationalités. «L’esprit n’est pas cartésien, la raison est caparaçonnée et dirigée par l’affect», affirme-t-il.

 

Un autre regard qui nous sort de la pensée unique. Voyez ce qu’il dit du sacro-saint PIB…

« (...) mesurer la dette en fonction du PIB, soit le potentiel économique d'un pays, c'est un artefact. Historiquement, en 1944, les pays qui avaient connu une économie de guerre n'avaient plus les moyens d'évaluer leurs rentrées fiscales. Les Etats ont alors décidé de ne plus mesurer leurs dépenses par rapport à leurs rentrées, mais par rapport à leur PIB. C'était provisoire. Cela aurait dû durer cinq ans tout au plus. Mais on a maintenu le système, par habitude, sans même plus savoir aujourd'hui pourquoi on l'a imaginé. Désormais, l'Allemagne va l'inscrire - c'est la fameuse règle d'or - dans sa Constitution et obliger les autres membres de l'Eurogroupe à la suivre. C'est du délire ! On ne peut mesurer ses dépenses que par rapport à ses rentrées, comme les ménages le font »

 

Plus que du bon sens. Il n’y a pas qu’en politique institutionnelle belge que l’ignorance de l’Histoire conduit à des catastrophes…

 

Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions - Communauté : Wallonie
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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 18:56

«L'armée sera flamande ou elle ne sera pas.»
(Dans l'hebdomadaire catholique flamand Elckerlyc, du 22 mars 1936)

 

Ce que le Mouvement wallon dénonce depuis plus d’un siècle et demi, et a été redécouvert après les « révélations » médiatisées du Colonel Gennart, c'est-à-dire la « flamandisation » des forces armées et la possible fermeture de la base de Florennes doublée d'une concentration des principaux systèmes d'armes de l'armée belge en Flandre n’est qu’un secret de polichinelle.  Mais Gennart n’a pas tout dit…

 

On en a beaucoup parlé, un des nombreux tabous belgicain semble être tombé. Tout à coup, certains journalistes et hommes politiques « francophones » semblent vouloirs montrer qu’ils ont pris la mesure des intentions d'une Flandre qui semble faire main basse sur un corps d'Etat encore provisoirement fédéral.

 

Or, la question linguistique à l’armée est un vieux sujet de conflit larvé. Voici quelques détails assez anciens, mais significatifs d’un projet à long terme.

 

Certes, après la création de la Belgique, historiquement et humainement, il convenait de tenir compte des justes revendications flamandes en matière linguistique et de leurs incidences sur le plan militaire. Jusqu'à la première guerre mondiale, l'armée belge comprenait des unités mixtes commandées le plus souvent en français (et en plus par des Flamands francophones qui n’étaient d’ailleurs pas toujours mieux compris par les soldats wallons non plus…). Il aura fallu attendre la loi de 1913 qui a généralisé l'emploi du néerlandais.

  

Quelques arrangements mineurs dans l’immédiat après-guerre et, en 1923, un projet du ministre Devèze visant au bilinguisme des cadres ont suscité des réactions de l'Assemblée wallonne, soucieuse - à l’époque - de maintenir l'unité belge par la langue française. Il fallu pourtant attendre 1928 et la mise sur pied d'une commission mixte pour voir les mouvements wallons réagir face aux nouvelles orientations de la politique militaire. C’est à ce moment que « l'Assemblée wallonne » entame sa campagne en faveur de la défense de la Wallonie, donc à la frontière allemande, en publiant une carte montrant comment la défense de la Wallonie avait été négligée en 1914.

 

Cette même année, une commission mixte réexamine la question et propose de donner au recrutement régional sur une base linguistique réelle, ce qui se traduit par la loi du 7 novembre, laquelle consacre le principe de l'instruction dans la langue maternelle du soldat. L'Assemblée wallonne s’est élevée contre cette mesure « qui priverait les soldats bilingues du choix de la langue de l'instruction » voyant dans la nouvelle loi un danger de flamandisation de l'École militaire et de l'armée en général alors que la Ligue d'action wallonne de Liège qui se réjouit de cette mesure parce qu'elle y voit un espoir d'échapper à un bilinguisme généralisé. (*)

Mais ce recrutement régional allait avoir une autre conséquence avec la montée du Mouvement flamand: la contamination atteint bientôt les garnisons et les recrues n'y échappent pas. En raison de l'intense propagande extrémiste de certains milieux flamands, bon nombre d'unités seront touchées par le caractère nationaliste flamand, ce qui aura des répercussions sur la cohésion de l'armée, des officiers de réserve notamment et sur leur attitude lors de l'invasion allemande. (**)

 

Détail peu connu : L'année 1936 marquera un tournant dans la politique militaire belge. En février, un projet du ministre Devèze est rejeté à la Chambre; il nécessitait une augmentation des effectifs à laquelle les Flamands déclaraient ne pouvoir consentir que si l'on renonçait à l'accord militaire franco-belge de septembre 1920. Le projet est alors revu par une sous-commission de trois membres dont aucun n'était wallon et il n'est dès lors pas étonnant qu'elle ait conclu en consacrant le chantage flamand…

 

La loi du 30 juillet 1938 consacrera l'égalité complète des langues française et néerlandaise ainsi que le principe des divisions unilingues et fixe en outre le degré de connaissance linguistique des officiers mais la situation internationale éclipse les réactions des mouvements wallons, essentiellement préoccupés à ce moment-là du danger de guerre toute proche.

 

Le 20 juillet 1936, Paul-Henry Spaak annonçait une politique étrangère «exclusivement et intégralement belge» et, le 14 octobre, Léopold III expose au Conseil des ministres sa vision en matière de politique étrangère et de défense: «entretenir un appareil militaire de taille à dissuader un quelconque de nos voisins d'emprunter notre territoire pour attaquer un autre État». Alors que la Flandre se félicite ; Le journal « l'Action wallonne » considère le discours royal comme une carte dans le jeu de l'Allemagne: «c'est plus qu'une faute», lit-on dans le numéro de novembre, «c'est une trahison». On constate que la « neutralité » va nous obliger à nous garder au sud, ce qui dispersera nos efforts et compromettra le sort dela Wallonie. Eneffet, selon l'hebdomadaire de l'abbé Mahieu, la Belgique est dans l'impossibilité financière et technique d'avoir la politique militaire voulue par Bruxelles; c'est donc une situation qui risque d'attirer la guerre, dont la Wallonie fera les frais. Au début de 1938, certains Flamands réclament des mesures contrela France. Ledéputé nationaliste flamand et futur collaborateur Staf De Clercq presse le ministre de la Défense nationale à ce sujet. L'État-Major général lui donne suite en établissant une ligne de défense face à la France, ce que dénonceront des députés wallons àla Chambre. En vain; des manœuvres seront organisées contre des attaques censées venir… du sud et des troupes y seront déployées, tout cela au détriment de la défense à l'est où il était difficile de ne pas percevoir de bruits de bottes… (***)

La politique officielle de neutralité sera toutefois appliquée jusqu'au bout et le dispositif militaire restera inchangé, à tel point que le général Van den Bergen, chef de l'EMG qui, en janvier 1940, avait fait enlever des barricades à la frontière française, sera démis de ses fonctions…

 

Ce court résumé montre que les relations entre camps linguistiques n’ont jamais été un long fleuve tranquille.

 

A l’époque actuelle, comme dans d’autres secteurs demeurés fédéraux, on sait qu’au-delà des recommandations de la  charte intitulée : « Les Dix commandements du nationalisme flamand» , la politique d’occupation des plus hautes fonctions de l’Etat, la favorisation des investissements et le transfert des activités rentables en Flandre reste la règle (les transferts des unités militaires basées jusqu’ici en Wallonie comme les activités ferroviaires (Ronnet !) ou autres qui procèdent d’une même logique). Mais à de très rares exceptions, ça reste un tabou pour la presse et les parlementaires « belges francophones » pour qui la Wallonie reste un arrière pays.

 

Mais, ça ne s’arrête pas là…

 

L'armée sera flamande et catholique ou elle ne sera pas ?

 

Hérité des chocs du vote de la « Loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 » en France et de la « question scolaire », un autre tabou est loin d’être mort. La Belgique n’étant pas un Etat laïque, se disant en principe neutre philosophiquement.

 

Voici ce qui est loin d’être une anecdote :

On le sait, un certain nombre d’universitaires peuvent s’ils remplissent les conditions effectuer leur formation en qualité de candidats officiers de carrière. Tous les cours étant à charge de l'Etat, le candidat signe un engagement (statut) avant de pouvoir commencer sa formation. Les cours sont gratuits. Celui qui réussit doit néanmoins servir l'armée pendant une période au moins égale à une fois et demie la durée de la formation. Les médecins, pharmaciens, dentistes ou vétérinaires en particulier choisissent de suivre leur cursus dans l’université belge de leur choix sous la responsabilité de "l'Ecole Royale du Service Médical" à Gand. Pour la plupart de ces universitaires, le choix d’une université plutôt que d’une autre est rarement séparé d’un choix philosophique, la Belgique étant ce qu’elle est…

 

Il me revient de bonne source (vérifiable) qu’un médecin diplômé récemment de l’ULB et souhaitant poursuivre sa spécialisation en chirurgie (promotion 2011-2012) dans le même réseau vient de se voir imposer par sa hiérarchie - à quelques heures du début et alors que tout était organisé - de la suivre en Néerlandais à la K.U.L...

 

S’il peut sembler pertinent d'imaginer que d’éventuelles fonctions au sein de la défense obligent à pratiquer dans les deux régimes linguistiques (encore que… On sait que le fait de ne pas être « né Flamand » est un obstacle de taille  à toute évolution de carrière, peut-on encore être vraiment naïf ?) on ne peut que s’étonner de l'imposition de l’endroit choisi par les « autorités supérieures hiérarchiques et fonctionnelles » pour la poursuite des études.

Admettons même que l’argument de l’usage potentiel du flamand soit recevable. (Qu’en est-il pour les vétérinaires ?) Pourquoi ne pas proposer comme lieu de formation une autre université, si pas adogmatique (comme la VUB), tout au moins en principe philosophiquement neutre comme l’UGent ?

 

Pour qui a observé les évolutions du nationalisme flamand ou du mouvement flamand (dont personne ne contestera l’aspect démocratique hors quelques dérapages…), celles-ci doivent toujours être décrites et comprises dans leurs relations avec les autres acteurs dans le contexte belge où le rôle de l’Eglise catholique n’est pas toujours très clair. Si l’Eglise officielle belge était - au début de l’Etat- tout naturellement francophone, cette même Eglise très influente au nord a toujours défendu le « non français », parce que le français (la langue française) véhiculerait (encore visiblement dans l’esprit de certains) des idées de révolution, de liberté, de laïcité et de franc-maçonnerie qui pourraient pervertir les âmes...

 

On aurait pu croire cette époque révolue… Et, on le sait, dans les milieux militaires, on doit se considérer comme militaire avant d’être citoyen et l’obéissance - en silence - est et reste la règle. Sous peine de sanctions.

 

Décidément, le difficile chemin du libre arbitre entre les « dragons de la science et les démons de l’Eden » semble bien être une notion volontairement ignorée dans le domaine militaire qui a choisi une autre voie qui rappelle plutôt l’époque de l’inquisition. L’armée belge a fait son choix. Et on peut légitimement se poser la question suivante :  pourquoi diable, l'ex-colonel Gennart n'a-t-il jamais évoqué cet aspect des choses qu'il ne pouvait pas ne pas connaître, lui qui n'avait plus rien à perdre  ? Parce que ça ne le concernait pas personnellement après ses études au Collège Saint Michel à Bruxelles ?

 

Qui défendra encore la laïcité des institutions et par là l'égalité des citoyens dans ce pays ?   

 

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 (*) On le voit, il y a eu au cours de l’histoire plus que des nuances. L’adjectif  « francophone » n’ayant pas encore été « adoubé » en nom propre, le terme « wallon » regroupait en plus des Wallons, tout qui s’exprimait dans une langue aux consonances françaises d’Ostende à Bruxelles.

Premier organisme wallon unifié et sorte de Parlement créé en 1912, « l’Assemblée wallonne » étudie toutes les questions touchant à la Wallonie et agit par le biais de revendications et de propositions au niveau des Chambres et du gouvernement. L’Assemblée wallonne a une grande influence jusque dans les années vingt mais perdra peu à peu sa représentativité et sa crédibilité dans les années trente par son aspect académique. Ses thèses, très modérées, n’évoluant pas : elle défendra alors toujours une union belge corrigée par une séparation administrative, et le maintien de la langue française en Flandre. Son organe de presse s’intitule La Défense wallonne. (Voir : http://www.wallonie-en-ligne.net/encyclopedie/congres/notices/assemblee-wallonne.htm)

Plus en phase avec la réalité, la «  Ligue d’Action wallonne » a élaboré un programme qui reste d’une criante actualité et est résolument autonomiste, une autonomie conçue dans un cadre belge. Persuadé que l’unité nationale, fondée sur la domination d’une race sur l’autre, serait impossible à conserver et à défendre, la nouvelle Ligue affirme que la Belgique ne peut poursuivre ses destinées que par l’union des deux peuples qui la composent, union basée sur une indépendance réciproque et faite d’une entente loyale et cordiale, position déjà développée par Jules Destrée dans sa Lettre au roi et que l’on retrouvait, mot pour mot, dans le programme de l’Assemblée wallonne, lors de la réunion constitutive d’octobre 1912. Le nouveau groupement s’oppose à l’obligation d’un quelconque bilinguisme pour les Wallons, réclame l’adaptation des structures de la Belgique en fonction de la frontière linguistique, et partant la rectification des divisions administratives, judiciaires et militaires de la Belgique en tenant compte de la frontière linguistique, l’élargissement considérable de la compétence des pouvoirs communaux, provinciaux et éventuellement régionaux, soit l’autonomie de la Flandre et de la Wallonie dans la Belgique. Cette autonomie, prônée dans un rapport rédigé par Auguste Buisseret, trouve à la fois son assise dans le principe wilsonien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et dans une ébauche de fédéralisme régional, voire européen.

(voir : http://www.wallonie-en-ligne.net/encyclopedie/congres/notices/ligue-action-wallonne-liege.htm)

 

 

(**) Par une campagne de presse intense et la voix de ses parlementaires, à quelque bord qu'ils appartiennent, la Flandre s’est élevée contre cette politique de coopération franco-belge. Quelques exemples suffiront à illustrer cette attitude : Toujours en 1928, le catholique De Bruyne réclame une protection contre le Sud, le socialiste Eeckelers refuse, quant à lui, de voir dans l'Allemagne un danger (il dira plus tard: «nous irons au devant de l'Allemand avec le pain et le sel de la fraternité») tandis que le nationaliste (VNV) De Backer déclare que «la Flandre ne veut plus saigner à côté des Sénégalais», exprimant bien ainsi la politique du «los van Frankrijk» que veulent les Flamands dans leur grande majorité…

 

(***) A noter – pour la petite histoire – qu’au lendemain de la chute du mur de Berlin, l’armée belge a repris ses habitudes et organisé des manœuvres simulant une attaque venant de la botte de Givet !

Par Claude Thayse - Publié dans : Coup de gueule - Communauté : Avenir de la Wallonie
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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 06:30

« Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'opinion ». (Paul Valery)

 

Voilà des sujets dont je n’aurais pas parlé si la presse n’en avait fait écho avec enthousiasme… mais, décidément, certains ne savent plus à quel saint se vouer pour sauver ce qui ne peut plus l’être.

 

Il faut leur reconnaître de belles qualités d’imagination.

 

Revenons sur la journée d’hier, 1er septembre, jour traditionnel de rentrée dans les classes maternelles, ceci expliquant peut-être cela.

 

Le matin, tout d’abord, « Le Soir », grand quotidien de la capitale (*) titre à la une : « L'Europe veut un gouvernement belge, et vite ».  Annonçant que la Commission européenne a perdu patience et va très prochainement lancer une mise en garde officielle à la Belgique : « Cette intervention dans les affaires politiques belges trouverait sa justification dans la détérioration de la croissance économique en zone euro, et en particulier en Allemagne, qui contraindra la Belgique à décider d'importantes réformes structurelles ». Pour faire bonne mesure, ils y ajoutent les déclarations de Mark Eyskens – réputé bon Flamand pour les « francophones » (lisez les belgicains aux abois) - qui précise « qu’en cas d'échec des négociations, ce serait l'abîme. La spirale diabolique pour la Belgique ».

 

Patatras ! Quelques heures plus tard la Commission européenne a jugé « infondées » les informations diffusées le matin même par le quotidien bruxellois réfutant toute "démarche spécifique" prévue au sujet de la Belgique…

 

Qu’à cela ne tienne, ce quotidien en rajoute une couche ce matin montrant qu’on passe du stade d’une l'information orientée (compréhensible s’il s’agit alors d’un journal d’opinion ce qui est tout à fait honorable à condition qu’il se présente comme tel), à la désinformation pure et simple, organisée et sans scrupules. D’ailleurs, « l’éditorialiste en chef » ne revient-elle pas ce matin sur le sujet jugeant « ridicules » le démenti pourtant formel de la Commission européenne au nom d’un prétendu « Devoir d’assistance à pays en danger ».  Reprenant l’antienne éculée : « la Belgique, laboratoire du vivre ensemble est essentielle à la crédibilité du projet européen ». Or, quand on se penche sur les succès de ce « vivre ensemble », décidément,  l’avenir de l’Europe semble bien sombre…

 

Ensuite, lors de la rentrée judiciaire, on apprend que Jean-François Leclercq, procureur général près la Cour de cassation, sortant du principe de séparation des pouvoirs a lancé « un avertissement » au monde politique belge. A ceux qui rêvent d'un démembrement de l'Etat belge (certains – toujours dans la presse – ont imaginé qu’il visait sans doute la N-VA ?), le procureur a tenu à souligner combien les conséquences sur le plan international peuvent être imprévisibles. Si je suis d’accord sur ce mot, je pourrais lui faire remarquer que la poursuite de l’existence de l’Etat belge aura aussi des conséquences imprévisibles.

 

Là où ça devient quasi comique, c’est quand le magistrat fait notamment référence au port autonome de Liège, « actuellement le premier port intérieur belge et le troisième port intérieur d'Europe (exact !), et à ses relations avec le port d'Anvers via le canal Albert. « L'espace maritime est traditionnellement pensé en termes de liberté, rarement en termes d'appropriation, pratiquement jamais en termes d'exclusion. Les peuples libres veulent avoir accès à la mer et il ne faut pas sous-estimer l'obsession maritime d'un Etat enclavé »… a-t-il prévenu. Cherchant pour illustrer son propos des situations particulières et clairement conflictuelles. La Bolivie où, jusqu'à un accord récent entre les présidents péruviens et boliviens, l'accès à la mer a fait figure de véritable cause nationale depuis la perte par la Bolivie de sa façade sur le Pacifique  à la suite de la guerre de 1879-1883 et l’l'extrême étroitesse du littoral irakien a été une des raisons qui a poussé le régime de Saddam Hussein à annexer le Koweit en 1990 ! Bref pour lui : « Les peuples veulent avoir accès à la Mer et il ne faut pas sous-estimer l'obsession maritime d'un Etat enclavé ». Faisant fi de tous les autres nombreuses situations comme la Suisse, le Luxembourg, la Tchéquie, pour ne citer que ces pays  qui – si je ne m’abuse - n'ont pas agressé leurs voisins pour autant. Tout cela est réglé par des conventions que ce juriste devrait connaître.

 

Il faudrait peut-être informer ce monsieur qu’en cas d’indépendance de la Flandre, la liberté de circulation des hommes et des biens serait garantie par l’Union Européenne. L’enclavement de la Wallonie – et donc ses accès à la mer est donc uniquement théorique : c’est bien le cas sur une carte, mais il n’y a en réalité aucune entrave à la liberté de mouvement.  S'il est possible que l'intégration de la Flandre dans l’UE ne suive pas immédiatement l’indépendance durant cette période transitoire, le nouvel Etat n’aurait - théoriquement - pas à respecter ces libertés de circulation. Mais l’objectif prioritaire de la Flandre étant d’intégrer l’Union, de ce point de vue, couper ou simplement restreindre de quelque manière que ce soit l’accès à la mer serait une erreur tellement grossière que l’on peut douter qu’elle soit jamais commise. Bien au contraire puisqu’aujourd’hui comme hier,  la Flandre met en priorité l’accent sur la réalisation de ses infrastructures et de ses équipements ferroviaires avec l’arrière pensée de contourner et de vassaliser la Wallonie (« Diabolo », « axe Cobra Anvers-Ruhr »...).

 

C’est ce jeu stratégique qui trame au niveau des voies navigables avec le raccordement à Anvers par Gand du canal Seine Rotterdam Nord-Europe mis à grand gabarit. Avec pour objectif de contourner la Wallonie. C’est qu’Anvers doit rester pour la Flandre le débouché « naturel » des produits finis wallons. Or, avec ses limitations (tirant d’eau insuffisant), ce ne sera bientôt plus possible.

 

Pour des raisons économiques, les bateaux doivent être de plus en plus gros, donc de plus en plus profonds. Seuls les ports français peuvent et pourront toujours le faire. Et les Flamands le savent.

La France termine sa liaison Seine-Nord. Liège et la dorsale par voie d'eau wallonne sont donc un enjeu de transport durable évident. Cette dorsale passant par Liège, Charleroi et Lille pour aboutir à Dunkerque viendra compléter celle venant de Barcelone et de Marseille. La connexion entre les deux flux se réalisant  le long d'une ligne Charleroi Valenciennes rejoindra celui venant de Rotterdam. Les néerlandais ont compris qu'ils auront du mal à recevoir les immenses porte-conteneurs de l'avenir. Le port de Rotterdam, comme celui d'Anvers n'offre qu'un tirant d'eau de 13/14 m, alors que celui de Dunkerque offre 25m. Anvers, en plus est soumis à ensablement et manquent d'espace. Liège et Charleroi-Valenciennes deviennent donc 2 nœuds de convergence et d'éclatement des trafics. Une situation géostratégique formidable. Ce projet exige, pour sa finalisation, que la Wallonie et l’espace bruxellois fonctionnent de manière intégrée avec le Nord Pas de Calais.

 

Les intérêts sont convergents entre la France, la Wallonie, Bruxelles, et les Pays bas. Il ne faut pas oublier que la Manche est la première route maritime mondiale en termes de trafic de marchandise : c'est là qu'est le gisement de croissance et d'emplois. C'est par rapport à ce flux que doivent être imaginées les politiques économiques de relance dont la Wallonie a besoin.

 

La France développe actuellement le port de Dunkerque, idéalement situé en eaux profondes, relié à l'est par l'autoroute de Wallonie (qu'on met à trois bandes de bout en bout). Et de tout le continent, la France est le seul Etat qui a accès à la mer libre, avec la pointe de Bretagne et le golfe de Gascogne.

 

Les Français qui ont une vision géostratégique construisent actuellement le canal de liaison entre Paris et l'Escaut, seule raison de l'existence de Strépy-Thieu.

 

Dans une Europe où les flux économiques et humains se sont réorientés d’Ouest en Est (et vice-versa) depuis la chute du Mur, l'importance stratégique du carrefour wallon est indéniable… Il est donc de l’intérêt de l’axe Bruxelles-Anvers de garder la haute main sur les exportations et importations wallonnes.

 

Ceci dit, et fort heureusement, depuis des décennies, la Wallonie investit pour garder des accès à la mer quelles que soient les avatars institutionnels.

Trois voies sont privilégiées: Rotterdam par la Meuse, Anvers par le canal Albert, et Dunkerke par le canal du Centre. Le quatrième pôle, je le cite plus haut c’est la connexion du canal du Centre au Canal Seine - Escaut, qui donne un accès navigable de la Wallonie en général, et du Hainaut en particulier, à Paris, et permet de reprendre le traditionnel dialogue industriel entre le Hainaut et Paris dans des conditions intéressantes.

 

Bref, beaucoup de bruit pour rien.

 

Ces apprentis sorciers militants d’une cause perdue n’ont pas encore compris que le débat démocratique se nourrit de vérité et non de propagande. Et que cette dernière ne fait pas illusion très longtemps. Même Goebels a du s’en rendre compte. 

 

 

(*)-« premier site d'informations en Belgique francophone » d’après la pub de la même gazette…

Par Claude Thayse - Publié dans : Coup de gueule - Communauté : Avenir de la Wallonie
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Mardi 16 août 2011 2 16 /08 /Août /2011 10:23

Vous avez certainement – comme moi – lu dans la presse l’interview de François Perin en faveur d'une solution claire au problème belge, ainsi que les articles sur la publication de l’étude de Jules Gazon (ICI) sur les difficultés auxquelles serait confrontée une Wallonie indépendante.

 

Deux approches différentes, mais complémentaires. Elles partent toutes deux de l’opinion qu’il n’y a pas d’autre choix que la réunion de la Wallonie à la France. Vous connaissez mon opinion à ce sujet. Je voudrais simplement prendre ici un peu de recul.

 

Wallonie indépendante ou Wallonie française, seuls choix.  Mais choix par rapport à quoi ? Si une alternative correspond à une situation à laquelle il n'existe que deux solutions possibles. Ici, en l’occurrence l’indépendance wallonne ou le rattachement à la France, encore faut-il montrer en quoi la situation actuelle est problématique. D’autant plus que d’autres solutions sont prônées par d’aucuns et tiennent la corde dans les programmes des partis traditionnels.

 

Objectivement, il semble aujourd’hui très difficile d’imaginer une vision commune de la Belgique où les institutions seraient normalement là pour appuyer un projet de société, un « vivre-ensemble commun ». Pourtant, rappelant que depuis des années, les relations entre communauté et Régions se sont structurées, institutionnalisées, il ne faut pas écarter d’un revers de manche l’hypothèse d’une solution pacifique, certes difficile à concevoir ou compliquée à mettre en œuvre, mais pragmatique comme le confédéralisme.

 

L’autre hypothèse étant ce qu’il est convenu d’appeler « la Fédération Wallonie-Bruxelles »… Gommant même l’existence des Flamands de Bruxelles, complètement mis hors jeu dans ce débat, cette fédération porte en elle les germes de la rupture définitive du « pacte des Belges » laborieusement élaboré depuis les premières les lois linguistiques de 1873. Elle montre, en tous cas, que les partis francophones ont intégré et se préparent à la scission de l’Etat belge dont cette Fédération constituerait le résidu. A moins qu’il ne s’agisse que d’un exercice de musculation destiné à apparaître en position de force dans la crise de nationalités qui s’est ouverte depuis les élections du 13 juin 2010… ou, paradoxalement, en défendant leur programme, les partis flamands qui maintiennent leurs revendications de participer à la gestion de Bruxelles contribuent à la « non-évaporation » de la Belgique.

Certes, en termes de comptabilité nationale, se basant sur les statistiques en matière de PIB, cette « Belgique continuée » aurait un PIB équivalent à celui d’une « Flandre –Etat autonome ». Il a été ainsi calculé sur base des statistiques Eurostat 2007 que si on additionne les PIB wallons et bruxellois on obtient 114,8 milliards avec 42,2 % d’habitants contre 154,4 milliard et 57,8 % d’habitants pour la Flandre. Ce qui revient – un peu vite - à dire que le PIB de la Flandre est proportionnellement inférieur à celui de Bruxelles et de la Wallonie réunies...

Ces montants ramenés au PIB par habitant montrent qu’avec 26.330 €, la Fédération Wallonie-Bruxelles ferait même mieux que la Flandre (25.724 €).

Ces extrapolations négligent des aspects importants comme la répartition régionale la dette et ses intérêts en cas de scission. Pourtant largement utilisées par les politiciens, elles ne tiennent pas non plus suffisamment compte d’une réalité qui veut que le PIB régional est rapporté à la population de la région concernée et que, à cet égard, la différence entre le lieu de résidence et le lieu de travail est significative. Le PIB mesure bien les prestations économiques réalisées dans les limites d’une région ou d’un pays, indépendamment de la question de savoir si ces prestations ont été réalisées par des salariés vivant ou non dans cette région ou ce pays. De ce fait, l’emploi de l’indicateur «PIB par habitant» ne pose vraiment aucun problème si tous les salariés qui sont associés à la production de ce PIB ont aussi dans le même temps leur domicile dans cette région.

Dans des centres économiques une forte proportion de navetteurs peut conduire à un PIB régional très élevé par habitant, tandis que celui affiché dans les régions environnantes est relativement faible, bien que le revenu des ménages y soit très élevé. Il ne faut donc pas confondre le PIB régional par habitant avec le revenu régional.

Le flux de navetteurs à Bruxelles peut tout autant être porté au compte de l'attractivité des 19 communes que de la capacité de la Flandre et de la Wallonie de fournir la main d'œuvre nécessaire à l'activité économique à Bruxelles… (2)

Si on poursuit la logique d’affrontement, la guerre civile froide, qui oppose les Communautés et Régions, il reste alors à trouver un avenir en dehors de la Belgique. La stratégie de l’autre Belgique, ou Belgique continuée, étant vouée à l’échec par la stratégie géopolitique qu’elle sous-tend. Tant sociologiquement qu’économiquement, les sensibilités, les besoins sont différents entre les deux régions et que si nous voulons créer toutes les conditions du renouveau de la Wallonie, nous devons maîtriser toutes les fonctions sociales, à commencer par l’enseignement et la culture. Ce qui est difficilement conciliable avec la logique communautaire qui n’est qu’une abstraction « qui se met à faire de la politique ». Enfin, il est prévisible que d’importantes difficultés financières ne manqueront pas de surgir par le partage de la dette belge. La solidarité dont se targuent les promoteurs de ce projet s’étant évanouie avec le départ de la Flandre, ce sont les facteurs de division, jusqu’ici laissés de côté, qui risquent de faire surface. La construction de ce néo-nationalisme francophone tout aussi artificiel est simplement destinée à épauler le nationalisme belge face à une nation flamande en devenir.  Passons…

 

Revenons au problème de départ. Et de « non-dit ». Un choix par rapport à quoi ?

 

Et si on le disait clairement ? Celui de la poursuite d’une Belgique sous une forme ou une autre.

 

Dans le débat d’opinions, il manque une objectivation des deux branches de la vraie alternative : « rester dans l’Etat belge ou ne pas y rester ». C’est que attachés à nos opinions, nos croyances, nous avons tendance à oublier celles des autres. Le débat ne se passe pas uniquement entre rattachistes et indépendantistes. Le panel est beaucoup plus large. Aussi remarquable qu'elle soit, une étude à l’appui de l’une ou l’autre thèse n'est qu'un argument complémentaire d'un camp contre l'autre.

Mais quel est son véritable impact sur la majorité des Wallons ?

Qu'un pourcentage infime (même éclairé) de la population prouve à un autre pourcentage infime de celle-ci que sa solution n'est pas la bonne ne fera jamais basculer une majorité de pensée. Il faut cesser ces combats fratricides. L’intérêt des Wallons et de la Wallonie est en jeu.

 

Je pense qu'il serait utile - mais je n'ai pas les compétences en la matière - de compléter les études par d'autres montrant le coût pour les Wallons de leur maintien dans la structure belge. Que celle-ci reste inchangée ou évolue encore un peu dans la voie du confédéralisme. C’est bien par là qu’il faut commencer.

 

C'est de cela que nous avons besoin. Sous l’influence des médias à la solde des partis traditionnels, les Wallons restent englués dans leur loyauté fédérale et on ne leur démontre pas suffisamment qu'ils se trouvent en compétition avec les autres composantes de la Belgique. S'ils en sont là, c'est probablement parce qu'il ne leur est pas encore apparu que ce sont leurs intérêts, leur survie économique qui sont en jeu. Tant que cette démonstration ne sera pas popularisée en termes simples et crédibles, rien ne changera.

Qui leur montrera le prix de leur maintien dans cette structure ? Qui leur montrera que leurs intérêts vitaux sont en jeu ? C'est ce qu'on peut attendre d'experts et d'intellectuels indépendants. mais le feront-ils ?

 

Ceci dit, j'aime beaucoup cette phrase du texte de Jules Gazon qui résume clairement la position que défends parce qu'elle présente d'avantage de satisfaire à la fois les rattachistes rationnels et les partisans de l’indépendance : « L’alternative passe par une union de la Wallonie à la France, mais pas n’importe laquelle. Pas celle d’une simple association qui postulerait que la Wallonie s’unisse à la France sous une forme confédérale, sans que les Wallons ne soient citoyens français, donc sans bénéficier du lien solidaire avec la France notamment pour le financement de la sécurité sociale. (...) Et pourquoi pas, un mélange des deux dans une perspective qui allie le meilleur de la République française et de l’autonomie wallonne, en étant citoyens français dans la France solidaire ».

 

 

(1) oubliant que comme le disait Fernand Schreurs, Secrétaire général du Congrès national wallon de 1948 que : « Les Wallons ne sont pas de simples francophones. Un francophone est un homme qui s’exprime en français, sans plus, ajoutant : « Ce que les Wallons ont en plus, c‘est l’intégrité française »    . Propos prémonitoires ?

 

(2) Comme l'explique à de nombreuses reprises l'historien Pierre Lebrun (Essai sur la révolution industrielle en Belgique, Bruxelles, 1979, pp. 589 et suivantes), lors de la scission des Pays-Bas en 1830, la Belgique s'est créée comme un pays profondément déséquilibré avec en Wallonie la seule richesse valable du pays, L'État belge investissant les fruits de l'exploitation de la classe ouvrière en Wallonie dans sa capitale et à Anvers. Il n'est pas besoin non plus de longues démonstrations pour montrer que Bruxelles, dès l'indépendance belge, a été placée au centre du pays et que tout a été fait du point de vue des communications routières et ferroviaires pour que le pays converge vers ce centre. Cet aménagement du territoire conçu en fonction de Bruxelles a eu comme résultat que Bruxelles pouvait être considérée comme «le centre de l'agglomération belge».  C’est cette centralisation excessive du pays dont l’économiste Michel Quévit considère qu'elle est la grande cause du déclin wallon.

Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions - Communauté : Avenir de la Wallonie
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Mercredi 20 juillet 2011 3 20 /07 /Juil /2011 08:00

« Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honnête homme n’est pas de faire son devoir, mais de la connaître » (Louis de Bonald Extrait de « Considérations sur la Révolution française »)

 

 

Serions-nous passés cette nuit dans une autre dimension ? Un monde parallèle ?

 

Jugez-en :

Dans « Le Soir » Véronique Lamquin propose de scinder BHV. « L'enjeu de BHV est plus dérisoire que jamais » écrit-elle

La vie des habitants francophones qui ont choisi de vivre dans les communes sans facilités de la périphérie changera certes : ils devront voter pour des candidats résidant en Brabant flamand. Et alors ? Ils auront enfin des élus qui les représenteront vraiment (Même des élus francophones de leur communauté). Et qui devront leur rendre des comptes, ce qui n’est pas le cas actuellement. . Ce serait la fin de cette énorme duperie et  d’une rente de situation pour certains.

 

Philippe Martin dans « l'Avenir » dresse (enfin !) un constat réaliste : « rien ne sera plus jamais pareil entre le Nord et le Sud. Il précise que « les Wallons ne doivent plus se maintenir dans la position du conjoint malmené et à demi délaissé. Ils doivent construire un modèle différent, qu'ils auront choisi, pas qui leur a été imposé par d'autres ». « Oser la fierté, se tourner vers l'avenir. Les Wallons sont un peuple jeune mais ils doivent encore faire la démonstration qu'ils ne sont pas une nation fatiguée, déboussolée, anéantie ». Relisez l’article,  il parle bien de peuple wallon…

 

Quand je pense au nombre de fois où je me suis fait traiter de traître par des « francophoniscistes » quand j’écrivais ça ici ou ailleurs…  Avouez qu’il y a de quoi s’étonner…

 

Mais j’ai gardé pour la fin le meilleur, le magnifique débat entre Ch. Behrendt & M. Uyttendaele, ce matin sur Matin première. Après un début un peu mou où ils se sont sentis obligés de rappeler quelques principes de Droit (effet Delperée ou RTB(f) ?) ils sont assez vite sortis de la langue de bois habituelle. J’ai même eu l’impression que l’excellent Bertrand Henne  a été surpris de la clarté du message délivré par les deux constitutionnalistes de service. Nous avons assisté ce matin à un démontage quasi complet des arguments des « ultimistes » (*). Etaient-ils en mission commandée ? Si je peux résumer, les droits fondamentaux des habitants francophones des Halle-Vilvoorde ne sont pas mis en question par une scission de BHV. La circonscription électorale unique ? Une foutaise. La Région de Bruxelles–Capitale ? Elle existe. Etc…

 

Y aurait-il enfin quelque chose de changé dans la communication  au Royaume de Belgique ?

 

Et bien, pour une fois, si ces propos sonnent comme le début  d’un changement d’esprit, nous avons vraiment des raisons de faire la fête !

 

A lire absolument :

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20110720_00025317

http://www.lesoir.be/debats/editos/2011-07-20/scindons-bhv-c-est-le-moment-ou-jamais-852055.php

 

A écouter :

http://www.rtbf.be/info/emissions/article_matin-premiere-21-juillet-fete-nationale?id=6480283#newsAudiosPane

 

Ou a télécharger en MP3: ICI 

(*) Si un extrémiste est bien celui qui va au bout d’une logique, d’une idée, même si cette logique a complètement échoué – el la Belgique en est un bel exemple -  un « ultimiste » est celui qui l’a compris mais continue à faire semblant. C’est le cas de ceux qui refusent d’admettre, par exemple, que la frontière linguistique existe depuis 1970 et qu’elle est intangible. Que l’expérience ultime comme l’avait appelée Charles Plisnier au Congrès national wallon de 1945 a échoué. Que la Belgique a échoué. Il persiste à faire comme si le passé n’existait pas. C’est une forme de populisme, d’intégrisme politique...  jouant sur les émotions. C'est défendre une opinion politique radicale qui va à l’encontre des intérêts de tous et des Wallons en particulier.

Par Claude Thayse - Publié dans : Coup de coeur - Communauté : Avenir de la Wallonie
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