« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de
chercher la vérité et de la dire » (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement
qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite
Yourcenar)
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« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)
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Le Gouvernement wallon avait ainsi décidé de revoir sa méthode de travail et de ne plus saupoudrer plus les moyens sur une série de projets de prestige, sans intérêt du point de vue économique.
Pour assurer cet engagement, il a mis en place un jury indépendant, à l'instar de celui installé pour la sélection des pôles de compétitivité du plan Marshall. L'initiative est louable, si la même politique avait été suivie dès 1994, on aurait sans doute évité de gaspiller des milliards d'euros. Les jurés étaient douze. Un reproche majeur, on n'y retrouve pas un seul membre étranger (huit professeurs d'université de la Communauté française - équilibre oblige !- et quatre entrepreneurs, dont deux sont retraités, à la différence du jury des pôles qui comptent au moins deux Français). Dommage pour la fraîcheur du regard et l'originalité des idées (. Entendons-nous, si le principe de ce jury, même imparfait, est une bonne chose, un aréopage plus diversifié aurait peut-être pu davantage sortir des habitudes et des tabous et cibler directement l'optimum.
Même si, par rapport aux (mauvaises) traditions du passé, certains ne vont pas manquer - et ne manquent pas - de crier au favoritisme et à la manipulation politique. Il faut savoir que l'ensemble des projets présentés représentaient près de 3 fois le montant disponible... et que tous les choix sont toujours critiquables. Surtout dans une optique partisane.
Quoiqu'il en soit, et c'est assez rare, il faut saluer la cohérence du gouvernement qui a suivi les choix de ce jury.
Un pas dans la bonne direction, celle d'une gouvernance responsable. Républicaine quoi !
Je ne vous parlerai donc pas de l'attitude et des propos de Karel De Gucht qui critique ouvertement la "mal-gouvernance" de pays étrangers. A tort ou à raison, peu importe ici. Ce qui est par contre intéressant à observer, c'est la logique qui est à l'œuvre.
Que se passe-t-il, en effet ?
"On" observe - à juste titre - le manque de cohérence du gouvernement Leterme-Reynders-Milquet-Onckelinx. "On"met en évidence les contradictions, les conflits de compétences. Les relations internationales en sont un bel exemple. Quelques faits récents :
- Leterme au Pérou annonçant unilatéralement la poursuite d'une certaine coopération sans en parler à son ministre responsable (en tous cas, c'est ce que ce dernier a prétendu...)
- De Gucht faisant la leçon aux Congolais sur le sujet du respect des Droits de l'Homme, alors qu'ici, ceux-ci ont été bafoués dans les Fourons où la Flandre, incapable de pratiquer l'épuration linguistique, a favorisé l'immigration (comme dans l'ancienne Yougoslavie...) d'une population hollandaise pour arriver à ses fins et obtenir une majorité néerlandophone.
Mais, ce manque d'unité de la politique étrangère n'est pas vraiment nouveau. Rappelons-nous le lâchage de la vignette autoroutière par la ministre président flamand lors d'une visite en Hollande il y a quelques années. Et je pourrais citer d'autres exemples.
La politique du fait accompli - par les Flamands - est devenue un mode de fonctionnement normal. Sans reprendre leur vieux principe de négociation qui veut que "Ce qui est à moi est à moi, et ce qui est à vous est négociable", il faut reconnaître qu'il n'y a plus de cohérence en matière de politique étrangère, et donc, plus vraiment de... Belgique ! Ceux qui se disent ses représentants ne parlant plus d'une même voix.
Si on veut continuer à cohabiter comme le souhaitent certains, il faudra s'y habituer. On le sait, ce n'est pas mon choix.
C'est pourquoi, je me suis réjoui, contrairement à certains, de la décision du Président du Parlement wallon, José Happart,
(loin d'être exempt de critiques par ailleurs, mais c'est un autre débat) d'avoir accepté une invitation à se rendre en Syrie (*)sans en référer au ministre fédéral des affaires étrangères.
Où est le problème ? Le régime politique syrien n'est pas très fréquentable ? Et alors ? Il n'est pas le seul !
Après tout, même si on feint de l'ignore, nous sommes dans un Etat fédéral (c'est écrit dans la Constitution). Un Etat fédéral est constitué d'Etats, même si on les a baptisé "Régions". Les
Flamands l'ont déjà compris, chez-nous, ça tarde à venir (hélas !).
Je ne sais pas si c'est cette logique qui a consciemment présidé à l'acceptation de cette visite en Syrie, mais je trouve que le Président du Parlement wallon est donc parfaitement dans son
droit. Les esprits chagrins qui y verraient d'autres raisons devraient penser à abandonner leur façon belgicaine d'appréhender le monde.
Alors les problèmes et les tensions liées à la cacophonie dans le domaine des relations extérieurs ne serait pas un problème communautaire selon certains ? Mon œil !
(*) Accompagné de son Directeur de Cabinet et d'un Conseiller-Expert. Ouf ! Il ne devrait pas y avoir fait trop de dégâts...
Dans "Le Soir", Kris Peeters, ministre-président du gouvernement flamand, déplore que "des francophones" saliraient l'image de la Flandre en saisissant les Instances européennes pour faire progresser leurs dossiers.
Intéressant. Il est vrai que l'image de la Flandre en prend un coup ces derniers temps. Particulièrement dans la presse internationale. Le Kroll du 20 mai l'avait superbement illustré. Kris Peeters ne fait que reprendre une vielle tradition du Mouvement flamand. Se faire passer pour victime.
S'il a été relativement facile de manipuler l'Histoire en mettant en avant les malheureux Flamands brimés par les odieux
hobereaux "fransquillons" (*), puis chair à canon d'officiers dont ils ne comprenaient pas les ordres pendant la grande guerre (**), victimes des conditions de travail inhumaines imposées par le
capitalisme dans les mines et aciéries situées dans le bassin Sambre et Meuse (***), ayant capté les Fonds structurels européens de reconversion industrielle destiné à la Wallonie dans les années
'50 et '60 pour permettre leur développement économique (****), il devient de plus en plus difficile de faire croire au Monde qu'un peuple flamand, sûr de lui, "confiant et ambitieux,
économiquement très forts" - pour reprendre les paroles du ministre - reste une pauvre malheureuse victime.
L'utilisation stratégique et manipulatrice du statut de victime aurait-elle ses limites ?
Tant pis... et tant mieux. Voilà qui va augmenter la cohésion et l'unité du ressentiment que d'aucuns, rares en Flandre, lucides, appellent mystique, traumatisme ou phobie. Toute la Flandre, largement convaincue d'être dans son bon droit face aux critiques internationales qu'elle attribue aux basses manœuvres des partis francophones va ainsi se radicaliser encore un peu plus.
A quelques jours d'un débat sur la révision de la Constitution - que personne ne semble préparer, la crainte des conséquences d'un échec collectif le 15 juillet est devenue aussi grande que la crainte des conséquences qu'entraineraient des concessions - ça promet des moments très chauds, très rapidement ! Comme le dit fort justement Jules Gheude dans une interview au Vif, il est plus que temps de poser crûment, et d'urgence, la question de notre devenir.
Et pendant ce temps, la France prépare son opinion publique, voyez cet article du Figaro international...
(*) Des Flamands aisés s'exprimant en français pour se différencier du petit peuple.
(**) Oubliant que la plupart des soldats wallons ne les comprenaient pas beaucoup plus et également passant sous silence la défection de régiments flamands entiers, eur fraternisation avec les troupes nazies la fois suivante. Oubliant également le retour immédiat dans leurs foyers de ces "valeureux guerriers" pendant que les Wallons sont restés en captivité pendant toute la guerre...
(***) Au même titre que les autres ouvriers, tant Wallons (bien plus nombreux) qu'étrangers...
(****) Sidmar à Gand ayant été construit avec les fonds européens destinés à la restructuration de la sidérurgie wallonne.
Avec toutes mes excuses aux puristes, d'avoir utiliser ce néologisme de "victimisation", "mot-valise" emprunté à l'anglais (le français correspondant serait « victimer »).
L'actualité est très calme. Je voudrais revenir sur la proposition de ce juriste francophone de Tervueren, Jacques Autenne, qui propose à la Flandre de céder à Bruxelles les axes de communication (ferroviaires, routiers et fluviaux) qui la relient à la Wallonie...
Ce spécialiste en droit fiscal, professeur à l'UCL et à l'Ecole royale militaire, ancien membre du Conseil supérieur des finances et du Conseil central de l'économie dit comprendre la demande flamande de scinder l'arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvorde. Que les francophones devraient accepter la scission - en exigeant cependant une disposition transitoire permettant aux habitants francophones de Halle et Vilvorde de pouvoir avoir recours à des tribunaux francophones pendant quelque temps encore... En gros ce qui était prévu en 1963 avant qu'on ne déclare (unilatéralement) que les facilités accordées (provisoirement) aux habitants francophones présents à l'époque dans les communes proche de Bruxelles et situées au nord de la frontière linguistique (mais bien d'Etat) étaient "bétonnées".
Inspirée du statut de Berlin-Ouest qui n'a pu tenir que grâce au couloir aérien et à l'autoroute qui la reliait à l'Allemagne de l'Ouest, son idée rejoint celle émise dans les discussions communautaires dites de Steenokkerseel (1974), une idée de couloir limité à la chaussée de Waterloo (rattachant des parties de la foret de Soigne - les "Espinettes" - à cette chaussée). Ce que François Perin avait appelé la solution du "pédoncule" et qui a signé la fin des négociations.
Amusant ? Délirant ? Ouais... peut-être. Indépendamment du fait qu'il est assez incongru de comparer la situation de Berlin enclavée dans un territoire contrôlé par une puissance hostile avec contrôle d'identité systématique de tous les navetteurs, agences en douane à la frontière à celle de Bruxelles intégré dans l'Europe (accords de libre circulation des hommes et des idées, Schengen, etc..). Ça n'aurait de sens que si la Flandre (et je l'imagine mal, en cas de crise extrême, couper ces voies de communication) quittait l'Europe.... Ce qui serait encore plus incongru, cette dernière serait la première à la reconnaître comme Etat lors de sa déclaration d'indépendance. (Mais qu'attend-t-elle ?)
Notez que ça répondrait au désir de certains d'établir un lien physique entre Bruxelles et la Wallonie...
Et donc, si les projets délirants qui ont cours à l'heure actuelle, de pouvoir réunir une communauté française sans passer par un élargissement de la Région bruxelloise au sens strict, puisque toutes les habitations jouxtant ces voies d'accès resteraient rattachées juridiquement à la Flandre. On apporterait aussi une solution symbolique à un problème politique insoluble. Sauvegardant l'avenir, les Régions pouvant se choisir leur destin...
Mais, gageons que certains (néo-belgicains) n'apprécieront pas... les habitants francophones de la périphérie étant de facto assimilés à la Flandre, les privant d'une bonne partie de leur fond de commerce électoral. Tout le monde ne partage pas ce point de vue : voyez ce qu'en dit Liège-France.
Au moment ou le pouvoir d'achat devient le problème numéro 1 des salariés, l'agence
Belga a annoncé que les dotations royales et princières connaissent dans le budget 2008 une inflation de 5,5 pc par rapport à l'an dernier.
La reine Fabiola devrait recevoir 1,52 million d'euros (+5,1 %), le prince Philippe 961.000 (+5,6 %), la princesse Astrid 333.000 (+5,7 %) et le prince Laurent 319.000 (+5,6 %). Quant au roi, sa
liste civile est évaluée à 9,93 millions (+5,1 %). Le montant total des dotations est de 13,04 millions.
Allons, tout va bien ! Les problèmes de pouvoir d'achat de certaines catégories défavorisées de la population ne seront bientôt plus qu'un mauvais souvenir. Pfffffff !
Un graphique qui vous donne une idée des salaires des chefs d'Etat de différents pays européens... A
titre de comparaison, le salaire du président français, Nicolas Sarkozy (qui a été plus que doublé avec comme objectif de le mettre au niveau de celui de son premier ministre - 240.000 euros brut
/an) consiste en une indemnité mensuelle de 18.690 euros (bruts !), contre environ 7.700 euros bruts dont se satisfaisait Chirac (pension de retraite : 30.000 euros).
L'événement (Que dis-je ? le séisme !) majeur d'hier (*), la retraite sportive
de Justine Henin, n'a pas tout à fait occulté la visite des trois délégués du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe. A ce
propos, certains journalistes et hommes politiques pêchent par omission en parlant de « Représentant du Conseil de l'Europe » à propos de ces
émissaires venus en mission de suivi de la démocratie dans trois communes de la
périphérie bruxelloise.
Certes, le Conseil de l'Europe a toujours reconnu l'importance de la démocratie
aux niveaux local et régional et s'investi dans la promotion (le terme est important) d’une autonomie locale qui réponde aux besoins des citoyens partout où ils se trouvent. Le
Congrès des pouvoirs locaux et régionaux – qui n'est qu'une instance mineure - a ainsi recommandé l’élection directe des bourgmestres sans intervention d'une tutelle (Ce que la Wallonie applique). Rien d'étonnant donc aux propos jugés
négatifs des trois envoyés du Congrès. Gageons que le rapport de « de monitoring » ira dans ce sens. L'interview de Michel Guégan (curieusement qualifié uniquement de
« Breton » et pas de « Français » …) ce matin à la RTB(f) montre toutes les limites de ce genre d'exercice. N'étaient ses propos à titre personnel interprétés différemment des
deux côtés de la frontière linguistique il est resté extrêmement prudent, neutre même, ne sortant pas du cadre local et des termes de sa mission et faisant appel à la modération et au bon sens
pour le reste. Il est vrai que dans la culture politique française, les politiciens ont une vision de service au Peuple. Ils se considèrent comme les élus de tous, sans distinction… Ce qui est en
contradiction avec la culture politique locale communautariste et partisane difficile à assimiler pour un démocrate.
Pendant ce temps, « l'International Herald Tribune » et les autres
journaux du groupe ( le « New York Times » et le « Boston Globe ») exprimait son inquiétude (pour être gentil) sur l'avenir de la
Belgique : « The fight over BHV "will be seen as the start of the war between the Flemish and the French-speakers," he said. "The Flemish people are becoming more self-aware and more decisive. We've been ruled long enough by
the French people, and our time has come. It may take 10, 20 or 30 years. But this Belgium will become superfluous. » et sur ce qui s'y passe : « This combination of national pride, rightist politics, language purity and racially tinged opposition to big-city mores and immigration is a classic
formula these days in modern Europe, a kind of nonviolent fascism. »
Charte du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe
Charte européenne de l'autonomie
locale
(*) Qui dira encore que les journalistes, comme les politiciens, ne s'intéressent pas aux « vrais problèmes des gens ». La preuve ? Entre vingt et trente minutes consacrés aux JT du soir (RTB(f) et RTL-TVi) à la conférence de presse de la championne.
En mars 2007, je publiais sous le titre : "Pensions de retraite, vieillissement de la population, quel est le vrai débat ?", un billet consacré au vieillissement comparé des populations wallonnes, française et flamandes.
Le Bureau du Plan vient de publier un important dossier sur les
perspectives d'évolution des populations par régions. Je ne peux que vous inviter à le parcourir.
Il s'agit d'un document indispensable à tous ceux - au premier rang desquels les politiques - qui veulent appréhender l'avenir.
Excellent dessin de Kroll ! Il résume parfaitement les réactions des deux camps en présence.
... Et de leurs publics !
M. à J. : Vincent de Coorebyter, Directeur général du Crisp, ne dit rien d'autre dans sa chronique du 13 mai 2008 dans "Le Soir"...
Comparaison n'est pas raison, mais ce texte d'Alphonse Daudet pourrait redevenir d'actualité - qui sait ? - dans les communes à facilités de la périphérie
bruxelloise...
Ce matin-là j'étais très en retard pour aller à l'école, et j'avais grand-peur d'être grondé, d'autant que M. Hamel nous avait dit qu'il nous interrogerait sur les participes, et je n'en
savais pas le premier mot. Un moment l'idée me vint de manquer la classe et de prendre ma course à travers champs.
Le temps était si chaud, si clair.
On entendait les merles siffler à la lisière du bois, et dans le pré Rippert derrière la scierie, les Prussiens qui faisaient l'exercice. Tout cela me tentait bien plus que la règle des
participes; mais j'eus la force de résister, et je courus bien vite vers l'école.
En passant devant la mairie, je vis qu'il y avait du monde arrêté près du petit grillage aux affiches. Depuis deux ans, c'est de là que nous sont venues toutes les mauvaises nouvelles, les
batailles perdues, les réquisitions, les ordres de commandature; et je pensai sans m'arrêter:
«Qu'est-ce qu'il y a encore?»
Alors, comme je traversais la place en courant, le forgeron Wachter, qui était là avec son apprenti en train de lire l'affiche, me cria:
--«Ne te dépêche pas tant, petit; tu y arriveras toujours assez tôt à ton école!»
Je crus qu'il se moquait de moi, et j'entrai tout essoufflé dans la petite cour de M. Hamel.
D'ordinaire, au commencement de la classe, il se faisait un grand tapage qu'on entendait jusque dans la rue, les pupitres ouverts, fermés, les leçons qu'on répétait très haut tous ensemble en se
bouchant les oreilles pour mieux apprendre, et la grosse règle du maître qui tapait sur les tables:
«Un peu de silence!»
Je comptais sur tout ce train pour gagner mon banc sans être vu; mais justement ce jour-là tout était tranquille, comme un matin de dimanche. Par la fenêtre ouverte, je voyais mes camarades déjà
rangés à leurs places, et M. Hamel, qui passait et repassait avec la terrible règle en fer sous le bras. Il fallut ouvrir la porte et entrer au milieu de ce grand calme. Vous pensez, si j'étais
rouge et si j'avais peur!
Eh bien, non. M. Hamel me regarda sans colère et me dit très doucement:
«Va vite à ta place, mon petit Frantz; nous allions commencer sans toi.»
J'enjambai le banc et je m'assis tout de suite à mon pupitre. Alors seulement, un peu remis de ma frayeur, je remarquai que notre maître avait sa belle redingote verte, son jabot plissé fin et la
calotte de soie noire brodée qu'il ne mettait que les jours d'inspection ou de distribution de prix. Du reste, toute la classe avait quelque chose d'extraordinaire et de solennel. Mais ce qui me
surprit le plus, ce fut de voir au fond de la salle, sur les bancs qui restaient vides d'habitude, des gens du village assis et silencieux comme nous, le vieux Hauser avec son tricorne, l'ancien
maire, l'ancien facteur, et puis d'autres personnes encore. Tout ce monde-là paraissait triste; et Hauser avait apporté un vieil abécédaire mangé aux bords qu'il tenait grand ouvert sur ses
genoux, avec ses grosses lunettes posées en travers des pages.
Pendant que je m'étonnais de tout cela, M. Hamel était monté dans sa chaire, et de la même voix douce et grave dont il m'avait reçu, il nous dit:
«Mes enfants, c'est la dernière fois que je vous fais la classe. L'ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l'allemand dans les écoles de l'Alsace et de la Lorraine... Le nouveau maître
arrive demain. Aujourd'hui c'est votre dernière leçon de français. Je vous prie d'être bien attentifs.»
Ces quelques paroles me bouleversèrent. Ah! les misérables,voilà ce qu'ils avaient affiché à la mairie.
Ma dernière leçon de français!...
Et moi qui savais à peine écrire! Je n'apprendrais donc jamais! Il faudrait donc en rester là!... Comme je m'en voulais maintenant du temps perdu, des classes manquées à courir les nids ou à
faire des glissades sur la Saar! Mes livres que tout à l'heure encore je trouvais si ennuyeux, si lourds à porter, ma grammaire, mon histoire sainte me semblaient à présent de vieux amis qui me
feraient beaucoup de peine à quitter. C'est comme M. Hamel. L'idée qu'il allait partir, que je ne le verrais plus me faisait oublier les punitions et les coups de règle.
Pauvre homme!
C'est en l'honneur de cette dernière classe qu'il avait mis ses beaux habits du dimanche, et maintenant je comprenais pourquoi ces vieux du village étaient venus s'asseoir au bout de la salle.
Cela semblait dire qu'ils regrettaient de ne pas y être venus plus souvent, à cette école. C'était aussi comme une façon de remercier notre maître de ses quarante ans de bons services, et de
rendre leurs devoirs à la patrie qui s'en allait...
J'en étais là de mes réflexions, quand j'entendis appeler mon nom. C'était mon tour de réciter. Que n'aurais-je pas donné pour pouvoir dire tout au long cette fameuse règle des participes, bien
haut, bien clair, sans une faute; mais je m'embrouillai aux premiers mots, et je restai debout à me balancer dans mon banc, le coeur gros, sans oser lever la tête. J'entendais M. Hamel qui me
parlait:
«Je ne te gronderai pas, mon petit Frantz, tu dois être assez puni... voilà ce que c'est. Tous les jours on se dit: Bah! j'ai bien le temps. J'apprendrai demain. Et puis tu vois ce qui arrive...
Ah! ç'a été le grand malheur de notre Alsace de toujours remettre son instruction à demain. Maintenant ces gens-là sont en droit de nous dire: Comment! Vous prétendiez être Français, et vous ne
savez ni parler ni écrire votre langue!... Dans tout ça, mon pauvre Frantz, ce n'est pas encore toi le plus coupable. Nous avons tous notre bonne part de reproches à nous faire.
«Vos parents n'ont pas assez tenu à vous voir instruits. Ils aimaient mieux vous envoyer travailler à la terre ou aux filatures pour avoir quelques sous de plus. Moi-même n'ai-je rien à me
reprocher? Est-ce que je ne vous ai pas souvent fait arroser mon jardin au lieu de travailler? Et quand je voulais aller pêcher des truites, est-ce que je me gênais pour vous donner
congé?...»
Alors d'une chose à l'autre, M. Hamel se mit à nous parler de la langue française, disant que c'était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide: qu'il fallait la garder entre
nous et ne jamais l'oublier, parce que, quand un peuple tombe esclave, tant qu'il tient sa langue, c'est comme s'il tenait la clef de sa prison... Puis il prit une grammaire et nous lut notre
leçon. J'étais étonné de voir comme je comprenais. Tout ce qu'il disait me semblait facile, facile. Je crois aussi que je n'avais jamais si bien écouté, et que lui non plus n'avait jamais mis
autant de patience à ses explications. On aurait dit qu'avant de s'en aller le pauvre homme voulait nous donner tout son savoir, nous le faire entrer dans la tête d'un seul coup.
La leçon finie, on passa à l'écriture. Pour ce jour-là, M. Hamel nous avait préparé des exemples tout neufs, sur lesquels était écrit en belle ronde: France, Alsace, France, Alsace. Cela faisait
comme des petits drapeaux qui flottaient tout autour de la classe pendu à la tringle de nos pupitres. Il fallait voir comme chacun s'appliquait, et quel silence! on n'entendait rien que le
grincement des plumes sur le papier. Un moment des hannetons entrèrent; mais personne n'y fit attention, pas même les tout petits qui s'appliquaient à tracer leurs bâtons, avec un coeur, une
conscience, comme si cela encore était du français... Sur la toiture de l'école, des pigeons roucoulaient bas, et je me disais en les écoutant:
«Est-ce qu'on ne va pas les obliger à chanter en allemand, eux aussi?»
De temps en temps, quand je levais les yeux de dessus ma page, je voyais M. Hamel immobile dans sa chaire et fixant les objets autour de lui comme s'il avait voulu emporter dans son regard toute
sa petite maison d'école... Pensez! depuis quarante ans, il était là à la même place, avec sa cour en face de lui et sa classe toute pareille. Seulement les bancs, les pupitres s'étaient polis,
frottés par l'usage; les noyers de la cour avaient grandi, et le houblon qu'il avait planté lui-même enguirlandait maintenant les fenêtres jusqu'au toit. Quel crêve-coeur ça devait être pour ce
pauvre homme de quitter toutes ces choses, et d'entendre sa soeur qui allait, venait, dans la chambre au-dessus, en train de fermer leurs malles! car ils devaient partir le lendemain, s'en aller
du pays pour toujours.
Tout de même il eut le courage de nous faire la classe jusqu'au bout. Après l'écriture, nous eûmes la leçon d'histoire; ensuite les petits chantèrent tous ensemble le BA BE BI BO BU. Là-bas au
fond de la salle, le vieux Hauser avait mis ses lunettes, et, tenant son abécédaire à deux mains, il épelait les lettres avec eux. On voyait qu'il s'appliquait lui aussi; sa voix tremblait
d'émotion, et c'était si drôle de l'entendre, que nous avions tous envie de rire et de pleurer. Ah! je m'en souviendrai de cette dernière classe...
Tout à coup l'horloge de l'église sonna midi, puis l'Angelus. Au même moment, les trompettes des Prussiens qui revenaient de l'exercice éclatèrent sous nos fenêtres... M. Hamel se leva, tout
pâle, dans sa chaire. Jamais il ne m'avait paru si grand.
«Mes amis, dit-il, mes amis, je... je... »
Mais quelque chose l'étouffait. Il ne pouvait pas achever sa phrase.
Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu'il put:
«VIVE LA FRANCE!»
Puis il resta là, la tête appuyée au mur, et, sans parler, avec sa main il nous faisait signe:
«C'est fini...allez-vous-en.»
Au vu de l'évolution de l'actualité politique, voici un article qui vient de sortir, en primeur et à titre exceptionnel, sur le site de Net Capital avant sa parution dans la revue papier.
Connaissant les capacités de "ré-ingénièrie fisco-légale" de nos dirigeants politiques, Rien n'est certain.
Mais, pour ceux qui sont concernés, nos amis du Parti Républicain publient sur leur site une information
qui pourrait être utile... A vous de voir !
C'est le titre d'un article publié ce mercredi par Vers L'Avenir et que vous pouvez lire ICI
M. à J. ce 8 mai :
Je n'ai pas encore eu l'ocasion de regarder l'émission annoncée, mais il semble que passée la partie folklorique où on voit quelques militants distribuer des tracts, le contenu était assez
intéressant. Elle devrait prochainement être en ligne sur : http://blogrtbf.typepad.com/qalu//videos.html
J'ai reçu une copie de cet article du "Soir"
dont le choix de la photo d'illustration a du agacer (délicat euphémisme !)... certain(s) !
Une définition étonnante trouvée dans le "Nouveau dictionnaire universel" de Maurice Lachaire, publié en France, en deux volumes à la fin du XIXème
siècle. on y lit, page 1.576 : "En Belgique, le Flamand se sépare profondément du Wallon. Ces deux éléments ne peuvent se mêler. Le Flamand est un peuple actif, laborieux, positif, mais qui a les
défauts de ses qualités. Exclusivement adonné à la vie matérielle, il est froid, égoïste, sans âme. La spéculation, le mertcantilisme ont étouffé chez lui les sentiments généreux"...
Avec plus d'une centaine d'années d'avance, Maurice Lachaire faisait peut-être allusion à certains dirigeants politiques ?
Je pense que j'ai oublié d'en parler...
Depuis l'été 2007; les époux et les cohabitants en France ne paient plus de droits de succession sur le capital qu'ils héritent de leur partenaire. Mais, même pour les enfants, le nouveau système
est nettement plus avantageux. Le montant sur lequel aucun droit de succession ne doit être versé a été porté de 50.000 à 150.000 euros par héritier.
On ne voit pas, à l'heure actuelle ce qui pourra empêcher le Parlement (Organe législatif en principe indépendant (*) du
gouvernement, pouvoir exécutif) de voter (ce 8 mai, anniversaire de la fin de la guerre contre le fascisme...) la scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV). De quoi
marquer unilatéralement par les Flamands l'unicité linguistique de leur territoire.
Face aux responsables politiques flamands plus nationalistes que jamais, des Francophones feignent de faire le gros dos. Incapables qu'ils sont de s'entendre sur un projet d'avenir.
A moins de trouver un truc évitant un vote qualifié d'humiliant pour les francophones pour qui, la Belgique est encore ressentie (pour combien de temps ?) comme protégeant un quotidien
douillet...
Différentes pistes sont lancées :
- le conflit d'intérêts d'abord, mais il doit être lancé avant le vote. Cela suppose donc de réunir en urgence le Parlement wallon... Est-ce logique ? BHV est situé en dehors de la juridiction de
la Région. Les 6 communes de la périphérie n'ont jamais été wallonnes, Fourons oui. Les 6 n'ont jamais demandé à se rattacher à la Wallonie, Fourons oui. Une votation populaire à Fourons en 1962
a clairement officialisé cet état de fait. Mais il est vrai qu'on n'a jamais demandé leur avis aux habitants de la périphérie...
- Curieusement, on ne parle pas du Parlement bruxellois qui devrait se sentir plus impliqué... Il est vrai que la Région bruxelloise célèbre sa Fête de l'iris...
- La sonnette d'alarme (On reporte le vote et on gagne 30 jours, mais on renvoie le dossier au gouvernement.).
- Le dépôt d'amendements pour gagner le temps de leur examen par le conseil d'Etat.
- Le droit d'évocation par le Sénat mais celui-ci ne peut intervenir qu'après le vote.
Par ailleurs, il semble bien qu'on prépare l'opinion publique. Ce matin, j'endentais un journaliste de la RTB(f) dire que si BHV avait une charge symbolique importante, la scission n'était, somme
toute, qu'un fait... relativement anodin !
Le vote flamand en commission de la Chambre a été présenté l'an passé comme un événement sans précédent. alors que cela s'est déjà produit plusieurs fois en Belgique, notamment en octobre 1962
(**), en 1938 (***)et, de mémoire, à au moins une autre occasion, (en 1921 ?).
2008 devrait donc venir s'ajouter à ces dates.
Le mouvement flamand n'a aucune raison de renoncer à ses objectifs, dans la mesure où un mouvement politique doit son dynamisme aux victoires dont il peut se nourrir.
L'attitude des partis flamands est assez grossière. En votant la scission, ils remplissent le contrat passé avec leurs électeurs et en demandant (****) aux partis francophones d'accepter de
prendre l'initiative de ralentir la procédure, ils se proposent d'obtenir d'autres acquis d'ici à la mi-juillet. Grossier, mais bien joué. De même que l'attitude de Leterme qui, en temporisant,
joue également sur les deux tableaux.
(*) En principe... Mais en réalité, et tout le monde sait - mais feint de l'ignorer - que le Parlement (tout comme le gouvernement) n'est qu'une chambre d'entérinement de décisions prises par les
présidents de partis. Le seul véritable pouvoir dans cet ersatz de pays démocratique.
(**) Fixation de la Frontière linguistique et transfert des Fourons en Flandre. La Chambre comptait 212 députés répartis comme suit : 76 Wallons, 29 Bruxellois et 107 Flamands. Le projet a été
approuvé par 130 députés (dont 93 Flamands) contre 56 (dont 45 Wallons), en tenant compte de 12 abstentions et 14 absences.
(***) Division linguistique de l'armée.
(****) On parle maintenant d'un accord implicite sur une procédure de conflit d'intérêt qui aurait permis la formation du gouvernement. Tout bon négociateur sait que dans une négociation, tout ce
qui est implicite, est une source de contestation inévitable. Tout doit être pesé et surtout explicite. Au Congrès de Vienne en 1814 , Talleyrand, qui savait ce que négocier voulait dire, a
eu cette phrase historique : «Si cela va sans dire, cela ira encore mieux en le disant.»
Ceci dit, il aussi dit à une autre occasion : «Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, ils se révolteraient vite.»...








