« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Si la Belgique disparaît (...) l'incompréhension des centralisateurs nationalistes en aura été cause tout autant que le fanatisme conquérant des flamingants » (Jules Destrée : Wallons et Flamands, Paris, 1923, p. 175)  

*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)
*

« Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? » (Amin Maalouf)
*
De temps en temps, les hommes tombent sur la vérité. La plupart se relèvent comme si rien n'était. (Winston Churchill)

 

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modéraztion à condition d'en citer la source.

Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 12:15

Dans certains milieux né-unitaristes (ou néo-rattachistes, ce qui revient curieusement parfois au même), mes écrits sur ce blog sentent le souffre. Le fait que je me positionne en Wallon – ce qui est quand même mon droit – et me refuse de prendre position sur la stratégie que devrait développer l’une ou l’autre région ou pays en matière de « gouvernance interne » ou de choix institutionnel m’est régulièrement reproché.

 

Et, c’’est vrai, je n’ai pas et n’aurai pas l’impudeur de dire – et de quel droit ? – aux Bruxellois ou aux Flamands ce qu’ils doivent décider eux-mêmes et surtout pour eux-mêmes.  J’insiste sur ce « pour eux-mêmes ». J’aimerais beaucoup qu’il en soit de même de leur part en ce qui concerne la Wallonie et les Wallons.

 

La Constitution a consacré le principe de trois régions, tout en gardant le principe contestable de communautés linguistiques basé à l’origine sur des arrière-pensées flamandes, mais récupérées stratégiquement par d’autres pour en revenir à un semblant de Belgique avec comme dernière évolution un dernier avatar : la « Fédération Wallonie-bruxelles ». Changement d’emballage, mais même produit.

Amusant de constater qu’en agissant de la sorte, il y a une négation de l’existence d’une population flamande à Bruxelles et d’une population de langue allemande en Wallonie dont les spécificités culturelles (personnalisables en jargon belge) sont pourtant reconnues et protégées dans la Constitution.

 

Pour ne tenir compte que du contexte récent, l’origine des trois régions linguistiques remonte à très loin  et a été concrétisée au cours des temps (1878-1921-1932-1954) et surtout par le « compromis des belges » coulé dans les lois de 1962-63 (dites de pacification !) fixant la frontière linguistique entre les régions de langue française, néerlandaise et bilingue.

Certes, on peut regretter a posteriori que le législateur de l’époque ait agi sans véritable fil conducteur, avec une certaine méconnaissance des situations locales, tant présentes (à l’époque, je parle de 63) qu’historique (surtout dans les Fourons), mais c’est une réalité. Réalité qui a été confirmée (et somme toute peu remise en question) par la suite (1977-1988).

 

Il est intéressant de constater que depuis à l’appui, par exemple, de la revendication de l’extension de la Région de Bruxelles, il ne s’agit que très peu, ou en tout cas très récemment, de remettre en cause le principe de territorialité, mais bien de contester la façon dont certains territoires ont été fixés. Même dans la formation politique bruxelloise la plus radicale, je n’ai lu, jusqu’il y a peu, aucune revendication d’extension des droits des francophones au delà des zones litigieuses, dans les communes de la périphérie bruxelloise où une certaine francisation s’est produite après 63. Il y aurait donc les bons francophones pour qui ça vaudrait la peine de se battre et… les autres ?

Je constate que dans un cadre où les régions linguistiques (à l’exception de la région de langue allemande) avec les Régions au sens d’entités fédérées, aucune force politique francophone ne réclame de modification des frontières régionales. Il en va de même dans « l’autre camp » où aucune force politique flamande représentative (donc, hors associations romantiques ou encore en voie d’évaporation telles que Voorpost, TAK ou encore Vlaams Belang - et merci pour ça à Marie-Rose Morel (*) quand même !).

 

Le retour à un principe évolutif des frontières régionales me paraît difficilement envisageable tant cette question est devenue émotionnelle à un point tel qu’il est quasiment impossible d’en débattre sereinement. Non pas en principe de « conquête de territoires » ou de « privilèges linguistiques » à moins d’un compromis qui ne  pourrait être passé qu’entre trois forces politiques dominantes (majoritaires) dans chaque région qui pourrait corriger les régimes linguistiques et l’appartenance régionale des communes (ou parties de communes) litigieuses qui ont contesté le traitement qui leur a été réservé en (depuis ?) 1963. Renforçant ainsi le principe de territorialité, ce qui impliquerait forcément la fin définitive (ou à la rigueur extinctive) des facilités, la scission de l’arrondissement de BHV et le renforcement du principe de territorialité dans l’enseignement, la culture et les « matières personnalisable », autant dire une négociation de séparation entre Etats.  On peut toujours rêver. Si du côté flamand, l’idée progresse, ailleurs…

 

J’en reviens aux reproches « d’anti-bruxellois » qui me sont faits. Evidemment, chacun lit mes propos avec les filtres qui lui sont propres. Chacun est libre d’interpréter les choses à sa manière en fonction de son histoire personnelle, de son éducation, de sa culture pour rester dans le concret, ou de ses croyances acquises avec - forcément - la part d’irrationalité que ça comporte. Ce qui explique que si je m’inquiète évidemment des droits des habitants francophones de la périphérie bruxelloise (on ne me reproche jamais de m’inquiéter de ceux des Fourons) au même titre de ceux d’autres habitants d’autres régions – proches ou non - du monde, je réagis et je continuerai à exprimer ma plus vive méfiance à l'égard de tout projet qui impliquerait selon certains, comme Pierre-Yves Monette récemment, un élargissement de Bruxelles parfois considérable au Brabant wallon ainsi que dans d'autres communes de Wallonie. J’estime avoir le droit légitime de défendre ce territoire wallon qui fait partie de l’aire latine et française (où je suis né et où je vis) tel qu'il est fixé depuis presque un siècle.

 

Pour le reste, je soutiens les Bruxellois, comme les Flamands, dans leur droit de décider pour eux-mêmes et s’ils le souhaitent vraiment, j’aspire à ce qu'ils s'émancipent. Mais leur avenir ne regarde qu’eux-mêmes. Tout comme celui des Wallons.

 

 

(*) Lire à ce propos l’excellente analyse de Michel Henrion qui remet bien les choses en perspective : http://blogs.rtlinfo.be/sanslanguedebois/?p=877&preview=true

 

--------------

 

Des chiffres peu connus et encore plus rarement diffusés…

 

 

 

Recensement linguistique en pourcentage

1846

1954

 

Néerlandais

Français

 

 

Anderlecht

90

10

 

 

O(a)uderghem (Watermael à l’époque)

98

2

 

 

Bruxelles-Brussel

60

39

 

 

Haren

100

0

 

 

La(a)eken

79

21

 

 

Neder-Over-Hembeek

99

1

 

 

Etterbeek

97

3

 

 

Forest-Vorst

93

7

 

 

Ixelles-Elsene

54

46

 

 

Jette

87

13

 

 

Koekelberg

98

2

 

 

Molenbeek

85

15

 

 

Schaerbeek

72

28

 

 

Saint-Gilles-Sint-Gillis

83

17

 

 

Saint-Josse-Ten-Node - Sint-Josse-ten-Noode

49

51

 

 

Uccle-Ukkel

95

5

 

 

Watermael

98

2

 

 

Woluwe-Saint-Lambert-Sint-Lambrecht-W.

100

0

 

 

Woluwe--Saint-Pierre-Sint-Pieter-W.

99

1

 

 

 

Néerlandais

Français

Néerlandais

Français

Berchem-Sainte Agathe

 

 

100

0

Evere

 

 

100

0

Ganshoren

 

 

100

0

 

Néerlandais

Français

 

 

Krainem

100

0

 

 

Drogenbos

89

11

 

 

Linkebeek

100

0

 

 

Rhode-Sainte-Genèse- Sint-Genesius- R.

94

6

 

 

Wemmel

99

1

 

 

Wezembeek-Oppem

99

1

 

 

 

Mise à jour d'après : http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=DMF20110217_088

 

Johan Vande Lanotte – qui en principe sait de quoi - il parle a donné, ce matin devant un collège d'invités de l'Université de Gent, sa vision de ce que le futur local pourrait être :

« Les négociations peuvent progresser si un point final stable en ressort. »

Il imagine une « Union Belge » qui existe par 4 états fédérés: Flandre, Wallonie, Bruxelles et la communauté germanophone. Cette union respecterait aussi bien la territorialité au niveau des états fédérés que la solidarité au niveau confédéral.

Dans une telle Union, il y aurait une répartition claire des tâches aux différents niveaux, des responsabilités financières particulières et des règles claires sur la teneur des rapports entre l'Union et les états confédérés.

Les compétences régaliennes de l'Union Belge resteraient donc entre autres la défense, les affaires étrangères, la coopération au développement, l'immigration, l'asile et le financement de la sécurité sociale.

Ce qui implique un transfert et une réorganisation des compétences actuelles à rendre homogènes comme l'enseignement, le bien-être, l'environnement et la culture. Ensuite s'y ajoutent de nouvelles compétences comme la politique de l'économie et de l'emploi, la justice et les dépenses de la sécurité sociale.

 

Un beau progrès en attendant mieux, non ?

 

 

Par Claude Thayse - Publié dans : Coup de gueule - Communauté : Avenir de la Wallonie
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 19:27

Vous le savez, j’ai fréquemment plaidé ici pour une évolution des mentalités dans le camp dit « francophone ». Privilégier le « penser régional » plutôt « qu'agir communautaire ». La Wallonie (et d’autres sans aucun doute) à tout à y gagner. Et c’est symptomatique, de plus en plus de citoyens s’expriment spontanément en faveur du principe de régionalisation sur base de quatre entités. C’est une bonne chose.

 

C’est une bonne chose car quand les politiciens des partis traditionnels parlent du fédéralisme à la belge, ils confondent allègrement (et surtout volontairement) régionalisation et communautarisation. Il y a là derrière une question de jeux de pouvoir. Dans le principe d’une régionalisation, ils sont élus dans leur région et les majorités sont claires localement. Si on se place sur le plan communautaire, l’élection englobe les régions de Bruxelles, la Wallonie, mais aussi les habitants des communes à facilité de la périphérie de Bruxelles où lors du dernier « recensement électoral » lisible, la liste francophone avait récolté 47.319 voix aux élections de 2009, en très grosse majorité dans le canton de Hal.  Du rab  en quelque sorte puisque bien que votant pour des listes francophones, ces électeurs sont de facto situé en territoire  flamand.  Les élus que leur vote génère n’ont de fait aucun compte à leur rendre… Il s’agit là d’une particularité assez curieuse du système électoral représentatif où des élus ne représentent personne.
Mais bon, que ne ferait-on pas pour avoir une majorité… communautaire.

 

Ce matin, sur « TWIZZ (http://www.twizzradio.info/podcast/podcast.xml) , l Sénateur CdH Francis Delpérée a, pour la première fois à ma connaissance reconnu clairement que c’est la position flamande qui l’a empoprté en matière institutionnelle dans les esprits de nos élus :  « Nous vivons dans un fédéralisme à 2 ! ». Ajoutant : « …nous sommes dans un fédéralisme bi-communautaire où il y a... deux grandes communautés, je n'oublie pas la communauté germanophone », qui doivent travailler ensemble.. ». « Ensemble »… on le reconnaît bien là.

 

Ce message - enfin clair - de celui qui fut « le constitutionnaliste que le monde nous envie » explique l’obstination de nos élus des quatre partis à vouloir une « Belgique continuée » sous forme d’une « fédération Wallonie-Bruxelles » ou autre « Wallo-Brux », dans leur esprit sous forme d’une « communauté francophone ». Heureusement, bien improbable et de toute façon peu viable à cause de l’absence totale de sentiment national qu’aurait ce machin.

Par Claude Thayse - Publié dans : Coup de gueule - Communauté : Avenir de la Wallonie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 12:07

Une interprétation tenace, mais locale, de la Constitution française fait état de la nécessité d’un double referendum (l’un en France et l’autre en Wallonie) pour toute opération d’union entre les deux entités de langue française...

 

Voici ce qu’en pense Olivier GOHIN, professeur de Droit constitutionnel et théorie de l’Etat, Université Panthéon-Assas, Paris :

« Dans le cas où la Belgique exploserait, si tout ou partie de la Communauté française de Belgique demandait à se rattacher à la France, selon le périmètre défini par la loi française, ces populations intéressées auraient alors à dire si elles veulent ou non rejoindre l'ensemble français : un non l'empêcherait ; un oui le rendrait possible si le législateur français y consentait, par loi parlementaire ou référendaire ».

« Il résultait de la Constitution de 1946, art. 27, al. 2 que la consultation pouvait concerner une population étrangère : les populations de Tende et de La Brigue, en 1947 ». « Il résulte de l'article 53, al. 3 de la Constitution de 1958 (même rédaction) que la consultation peut concerner aussi une population étrangère : les populations de Wallis et Futuna, en 1959 ».

« Dès lors, par populations intéressées à l'article 53, al. 3, n'est pas désignée la population française dans son ensemble, mais telle population française qui veut sortir de l'ensemble français ou telle population étrangère qui veut y entrer ».

 

Dans l’hypothèse d’une union entre la France et la Wallonie, ce sera donc aux Wallons à décider de leur sort.

 

C'était une petite contribution à la réflexion en ce jour anniversaire du 15 février 1794 qui a vu  la Convention décréter que «le pavillon sera formé des trois couleurs nationales disposées en trois bandes égales posées verticalement...»

Pour mémoire, c'est le peintre David qui a suggéré que le bleu soit fixé à la hampe.

Par Claude Thayse - Publié dans : Nouvelles de France - Communauté : Avenir de la Wallonie
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 19:05

Obsolescence planifiée... La mission que vient de se voir confier Didier Reynders avec pour objectif d’informer le roi (mais de quoi, grands dieux ?) dans les quinze jours devrait enfin permettre d’avancer. Pour être clair, il faut montrer à ceux qui n’ont pas bien suivi ce qui s’est passé ces dernières années qu’on « aura tout tenté pour sauver la Belgique » même si beaucoup de politiciens n’y croient plus. Il s’agit là d’un message aux derniers belgo-francophones et au reste du Monde qui, lui, semble avoir compris. Comme le disent les économistes dans leur jargon, le « spread OLO/Bund » est à nouveau sous les 100 points de base… Comme si, même les spéculateurs et, les autres crétins néfastes et incompétents des agences de notation avaient intégré le fait que ça ne vaut plus la peine de trop s’exister.

 

Nul ne peut dire aujourd’hui combien de temps va durer la mission Reynders de quinze jours… Il me paraît douteux qu’elle aboutisse à une solution autre que le mise sur pied d’une nouvelle mission et ainsi de suite jusqu’au moment où un politicien plus courageux décidera d’accepter de clarifier les choses. à moins que Reynders lui-même.... Il est vain en tout cas d’espérer comme le rêvent certains d’arriver à « déscotcher » le CD&V de la N-VA comme le montre bien ce reportage de 2004 sur la formation du cartel flamand.

 

A la fin de cette ultime mission la preuve sera faite qu'aucun accord politique n'est plus possible entre Flamands, Wallons et Francophones quels que soient les partis à table. Il sera alors temps d’activer tous les plans « B » et autres.

 

Mais il y a une autre lecture… Faisons un peu de politique fiction (avec un soupçon de paranoïa peut-être, mais bon… la politique, c’est beaucoup de cynisme et des rapports de force). Souvenons-nous, il y a peu, le même Reynders a appelé à un référendum sur la Région bruxelloise en proposant la création d'une grande région qui inclurait les deux Brabants…

Si l’arrondissement de Louvain est globalement assez homogène flamand, certaines parties ou quartiers de BHV pourraient effectivement demander leur rattachement à Bruxelles, le sort du Brabant wallon, province la plus riche de Wallonie depuis (et grâce à) la scission de l’ancien Brabant unitaire qui a vu une immigration importante de Bruxellois francophones depuis quelques années deviendrait incertain, cCe qu'a parfaitement compris un ex-médiateur fédéral qui propose sa "clé à Monette" en proposant de régler le contentieux entre Bruxellois francophones et Flamands sur le dos de la Wallonie... Allant plus loin que tout ce que demandent les négociateurs flamands...

 

Pourquoi une proposition aussi incongrue. Pour que l’aire administrative de Bruxelles corresponde à son aire économique ? Allons donc, à l’heure de l’Europe et de la libre circulation des hommes et des marchandises, ça n’a plus grand sens. La seule proposition logique de faire correspondre l’aire économique de Bruxelles avec un territoire serait d’élargir les limites de la Région à celles du pays. Le fait que plus personne ne se risque à le proposer, à part quelques demeurés politiquement incultes, montre que tout le monde a intégré – certes, sans toujours accepter de le reconnaître – le fait national flamand. La Flandre est un état en proche devenir. Alors, c’est le sauve qui peu et donc le n’importe quoi.

 

Pourquoi défaire aujourd’hui ce qui a été fait (en deux coups de cuiller à pot) par… Tiens, tiens…  Louis Michel ?

Reynders, le président déchu du MR, à quelques jours de la prise officielle de fonction du nouveau président élu, élu grâce à un intense lobbying de clan Michel, aimerait peut-être se venger de ces libéraux du Brabant wallon tout acquis justement à ce même clan à qui ils doivent tout. Tout en accordant une solution de sortie élégante à ses barons et fidèles alliés du FDF qui n’ont jamais renoncé à annexer des parties (ou même la totalité) du territoire wallon. Eux qui vont déjà devoir avaler la couleuvre de la perte des communes à facilités de la périphérie…

 

Mais non, foin de fantasmes ! Les partis flamands ne sont pas prêts à accepter cette proposition. Jamais d’ailleurs la Flandre qui compte (1) n’a inclus dans ses revendications les plus folles une extension de son territoire au-delà des frontières régionales actuelles.

Et il ne reste que deux semaine à Reynders. Le Brabant wallon devrait bien rester wallon !

 

 

(1) Je sais que beaucoup n’y croient pas ou refusent de l’admettre, mais il est utile de rappeler que bien avant son ascension, Bart De Wever a voulu arracher le nationalisme flamand des mains de l’extrême-droite, un pari qu’il a largement gagné jusqu'ici...

 

 

Par Claude Thayse - Publié dans : Brabant wallon - Communauté : Journalistes et clubs presse
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires
Mardi 1 février 2011 2 01 /02 /Fév /2011 05:31

Entendu ce matin à la RTB(f)… Alors que curieusement, il prend comme exemple la… fédéralisation de la gestion des aéroports sous forme régionale (et en conséquence son succès indéniable), ce qui n’est pas du tout la même chose, André Antoine annonce que la fédéralisation (en réalité, ici, scission sous forme de communautarisation) de la fédération –amateur, si j’ai bien compris- de football « qui peut-être une bonne chose ».

 

Je me trompe peut-être, mais je ne suis absolument pas certain qu’on puisse vraiment se réjouir de la « communautarisation » de quoi que ce soit. Le principe dans ce cas étant de mettre l’accent sur les droits personnalisables (donc des personnes), c’est facile en Wallonie, mais à Bruxelles ?  

Incohérences verbale ou tromperies ? ?

Pour prendre un exemple récent, ce qui ne serait pas bon pour les allocations familiales seraient bon pour la pratique d’un sport ? Le flou savamment entretenu sur les conséquences du choix de l’un ou de l’autre terme (communautarisation versus régionalisation) nous entraine vers une vision de l’avenir – écrite ou à inscrire dans les esprits - peu gratifiante pour les Wallons puisqu’ils disparaissent dans un ensemble flou. Même le vocabulaire devient schizophrénique… ou manipulatoire, ce qui est le plus probable.

Soyons clair : la communautarisation, c’est la négation de la Wallonie, la régionalisation, c’est sa valorisation.

 

Le même ministre ajoute qu’un quart ( !) des subsides (sur 146 millions) seront attribués à ce sport  (forcément…).« roi ».

 

N’étant pas du tout « football », je ne vais pas tomber dans une critique facile mais…

 

Dans « De la démocratie en Amérique », Alexis de Tocqueville décrit une nouvelle forme de domination qui s'ingérerait jusque dans la vie privée des citoyens, développant un autoritarisme « plus étendu et plus doux », qui dégraderait les hommes sans les tourmenter ». Ce nouveau pouvoir, pour lequel, dit-il, « les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent pas », transformerait les citoyens qui se sont battus pour la liberté en « une foule innombrable d'hommes semblables (…) qui tournent sans repos pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, (…) où chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée des autres ».

Isolés, tout à leur distraction, concentrés sur leurs intérêts immédiats, incapables de s'associer pour résister, ces hommes remettent alors leur destinée à « un pouvoir immense et tutélaire qui se charge d'assurer leur jouissance (…) et ne cherche qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance. Ce pouvoir aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il pourvoit à leur sécurité (…) facilite leurs plaisirs (…) Il ne brise pas les volontés mais il les amollit (…), il éteint, il hébète. »

 

Les anciens Romain utilisaient pour ça une autre expression : « panem et circences » (1)

 

C'était alors une sorte de prophétie, mais nous y sommes aujourd'hui. C'est ce que Raffaele Simone  appelle le « monstre doux » dans le livre « L'Occident vire-t-il à droite ? » (Gallimard 2010). Il s'agit d'un régime global de gouvernement, mais aussi d'un système médiatique, télévisuel, culturel, cognitif, une forme d'ambiance infantilisante persistante qui pèse sur toute la société.

Ce régime s'appuie sur ce qu’il appelle une droite diffuse associée au grand capital national et international des milieux financiers (2) et industriels, puissante dans les médias, intéressée à l'expansion de la consommation et du divertissement qui lui semblent la véritable mission de la modernité, décidée à réduire le contrôle de l'Etat et les services publics, rétive à la lenteur de la prise de décision démocratique, méprisant la vie intellectuelle et la recherche, développant une idéologie de la réussite individuelle, cherchant à museler son opposition, violente à l'égard des minorités, populiste au sens où elle contourne la démocratie au nom de ce que « veut le peuple ».

 

Il va de soi qu’en Italie, l'administration Berlusconi incarne évidemment cette droite jusqu'à lacaricature. Mais, chez-nous, est-ce bien différent ?

 

Raffaele Simone traduit cette influence sur la société sous forme de « trois commandements » :

1° Le bonheur réside dans la consommation, l'argent facile. On préfère le gaspillage à l'épargne, l'achat à la sobriété, le maintien de son style de vie au respect de l'environnement.

2° S'amuser. Le travail, est de plus en plus dévalorisé, devient secondaire dans l'empire de la distraction. L'important, c'est le temps libre, les week-ends, les ponts, les vacances, les sorties, les chaînes câblées, les jeux vidéo, les émissions « people ». Même les actualités les plus graves se transforment en divertissement : la guerre d'Irak, le tsunami, les catastrophes naturelles, les drames humains deviennent spectacles, jeux vidéo en temps réel ou feuilletons émotionnels.

Les débats politiques se réduisent à de petites phrases (ou simplement des gestes), parade de « people » (toujours les mêmes !), quand les élus ne sont pas d'anciens sportifs ou encore des miss quelconques… généralement élus sur leur notoriété médiatique (les Bekende Vlamingen évidemment, mais nous n’avons rien à leur envier, pensons aux speakerines ou aux footballeurs.).

Observez comme les choses sont présentées et combien elles vont vite et s’oublient facilement : la crise économique ? La spéculation financière ? Les plans de rigueur ? Les atteintes aux libertés et les collusions entre hommes politiques et milieux d'affaires ?  Ce ne sont plus que des épisodes vite oubliés d'un grand « reality show »... comme on dit de nos jours.

3° L'infantilisation des adultes. Le rajeunissement est devenu une industrie lourde. Dans tous les domaines. Y compris celui de la politique.

 

« Droite anonyme et floue » dit Simone… Chez-nous, il n’y a pas quela droite. Tout l'« l’establishment » (utilise-t-on encore ce terme ?) belge s’y est rallié ! Politiques, médias, cultureux… ont embrayé comme un seul homme dans cette logique de pensée unique et capitalisé sur ce qu’on pourrait appeler un néo-conservatisme belgicain. Néo-conservatisme bien pensant, politiquement correct, tout autant politique qu’économique ou social. Tout plutôt que de se remettre en question et aller à l’encontre d’une voie qui paraît toute tracée dans la logique « Pirenniènne » dont je parlais dans un billet précédent. Tout le monde il est beau, tout le monde, il est gentil, sauf les grands méchants, les séparatistes (baptisés séparatistes » parce que non nationalistes belges)  et ceux qui appellent à la raison (souvent les mêmes d’ailleurs).

 

La critique est facile me rétorquerez vous.

 

Certes, mais, vous connaissez mes opinions en matière d’évolution institutionnelle. Combien j’ai déjà écrit sur les ratages historiques, sur ceux qu’on aurait pu aisément prévoir.

 

Mais si vous prenez le recul pour observer notre société et les bévues qui ont été accomplies dans d’autres domaines vous verrez quelles sont les responsabilités écrasantes que portent nos élites dans les malaises actuels ?

Quelques exemples (hors « problèmes dits communautaires ») :

- Ne pas avoir  compris la montée en puissance des pays émergents, la Chine, l'Inde, le Brésil, qui s'apprêtent à dominer le monde,

- Ne pas avoir saisi grand-chose aux nouvelles cultures jeunes, hédonistes, individualistes, alternatives ni à la croissance formidable des médias de masse, , d'Internet et du numérique (sauf au pouvoir de la télévision ! La RTB a ainsi grandement contribué à toutes les occasions de chercher à tuer la conscience wallonne)

- avoir refusé de voir l'apparition d'un facteur ethnique dans la sphère politique. Jusque récemment, on a refusé de discuter de l'immigration de masse et des clandestins, laissant penser que l’attitude est laxiste sur ces questions. Ajoutons que, parallèlement, les défenseurs de la laïcité, n'ont pas été clairs dans leur critique de l'islam radical, sur les questions du port du voile et de la visibilité des signes religieux. Ils ont montré le même aveuglement face aux violences urbaines et à l'insécurité (préférant montrer du doigt la France), ne considérant que leurs causes et pas leurs effets. Favorisant ainsi une extrême droite malsaine dont les propos semblent, hélas, plus proches des intérêts immédiats des gens, plus adaptés à l'ambiance générale de l'époque, « plus naturels » en quelque sorte…

 

Je pourrais aussi parler de la relative nonchalance avec laquelle on anticipe le vieillissement de la population, de ne pas avoir anticipé la critique (dite !) écologique d’un productivisme jugé sans frein, etc… qui sont les bombes à retardement des prochaines années…Tout comme le refus de prendre en considération (en n’étant « demandeurs de rien » officiellement depuis 1999, mais en réalité depuis bien plus longtemps) les positions de la Flandre a amené au blocage politique et au « sauve-qui-peut » actuel. (3)

 

On est en train de laisser se dilapider un patrimoine unique que l’on aurait pu penser inhérent à l'identité européenne : les droits des travailleurs, la liberté d'association, les libertés publiques, les congés payés, l'assurance-maladie, les retraites, l'enseignement obligatoire, la laïcité de l’Etat, le suffrage universel, les droits des femmes, les services publics, l'égalité devant la loi, la régulation étatique des excès des puissants, etc

 

Or, il y a encore tant de choses à faire. Réduire les inégalités, qui vont s'aggravant entre les pauvres, les classes moyennes et les très riches ; réguler le capitalisme financier, mettre en place des mesures de solidarité qui aideraient véritablement les plus démunis à s'en sortir, relever le niveau moyen d'instruction et de culture, imposer vraiment l'égalité des hommes et des femmes, assurer l’attractivité des écoles publiques,  former une conscience citoyenne,  réduire l'impact de la croissance sur l'environnement, etc…

 

Facile à dire me direz-vous ?

 

Il ne faut pas rêver. Les antagonismes culturels, les différences de sensibilité entre les Peuples, flamand, bruxellois ou wallon sont beaucoup trop importante que pour arriver à ne fusse qu’un semblant de consensus dans ce non-pays qu’on appelle Belgique.

 

Ailleurs dans les autres régions de la future ancienne Belgique, je ne sais pas, mais dans une Wallonie maîtresse de son destin, il me semble que sur base des Valeurs que nous partageons, il serait plus facile d’affirmer le rôle de l'Etat dans la régulation des excès du marché et du capitalisme financier. De mettre en place des services publics forts. D’investir dans des universités et des écoles de haut niveau. De défendre radicalement la laïcité contre les intrusions religieuses. D’assurer durablement et sans laxisme la sécurité des citoyens. De soutenir puissamment la recherche. D'appuyer la création de médias et la mutation de télévisions de qualité.

On pourrait ainsi s'inspirer des expériences de la social-démocratie des pays du Nord de l'Europe qui a rompu avec le vieux paradigme de l'assistanat et de l'Etat-providence, pour promouvoir l'émancipation de chaque individu, sans en abandonner aucun, en corrigeant les inégalités sociales. Mais quel changement de paradigme !

 

 

Merci à Mike G. qui reconnaîtra l’a publication dont je me suis plus que largement inspiré !

 

 

(1) On n’a pas attendu Tocqueville pour le rappeler :

- « C'est là le fond de toute politique, panem et circenses, et l'art de gouverner les peuples se réduit en dernier lieu à l'art d'empêcher qu'ils ne s'ennuient ». (Revue de Paris)

- « J'ai lu l'abbé Galiani. On n'a jamais été si plaisant à propos de famine. Ce drôle de Napolitain connaît très-bien notre nation : il vaut encore mieux l'amuser que la nourrir. Il ne fallait aux Romains que panem et circenses, nous avons retranché panem, il nous suffit du circenses, c'est-à-dire, de l'opéra-comique ». (Voltaire, à madame Necker).

 

2 (Pensons à l’influence démesurée des obscures agences de notations et l’anonymat des « investisseurs » - terme moins connoté que celui bien plus réel de « spéculateurs » en Bourse)

 

(3) Contrairement aux résultats du «pseudo-sondage » du Soir publié hier suivant lequel, « selon une majorité d’internautes, le parti nationaliste (N-VA) est pointé sans conteste comme le grand responsable des maux du pays: 42 % pointent le parti de Bart de Wever, alors que 18 % ciblent « les partis flamands » en général. De leurs côtés, les partis francophones s’en tirent plutôt bien. »… Belle confusion entre cause et effet…

 

 

Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions - Communauté : Avenir de la Wallonie
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires

Wallon & Républicain

Rattachiste tranquille 

Le livre...

Acheter Les Wallons : un Peuple, un avenir ?

La Wallonie sera confrontée à court terme et inéluctablement à des choix imposés mais douloureux.

Ni d'un cocorico flamboyant ni défaitisme stérile, ce livre donne aux Wallons les raisons d'optimisme inspirés d'une observation des faits.
Achat uniquement en ligne...

Recherche

Sur votre mobile

Recommander

Rejoignez-nous !

vignette RW 

Syndication

  • Flux RSS des articles

Solidarité francophone

Drapeau de la Francophonie internationale

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés