« Redde Caesari quae sunt Caesaris »… aurait pu dire l’historien Bart De Wever en réponse aux réactions (assez excessives comme tout ce qui touche à cet
homme) suscitées à ses propos à la VRT.
Ce terme (wallonisering) est pourtant largement utilisé en Flandre depuis fin 2009, moment où les
Flamands se sont rendus compte que suite à la crise, le chômage y a grimpé de plus de 20% alors que la Wallonie s’en tirait avec une hausse plus modérée de 3.4 %.
Et l’inventeur de cette expression est l’économiste vedette de Flandre, le gourou des marchés, le
juke-box à opinions, le spécialiste en tout, le chouchou des petits écrans, surtout la RTB(f). Vous l’aurez reconnu, c’est GEERT NOELS ! (une simple recherche sur Internet vous le
confirmera). Début 2010, il avait précisé sa « pensée » à l’émission « Matin première », soulignant que « dans les mêmes circonstances traversées à l’époque du
déclin (organisé par la Belgique, mais ça, il ne l’a pas dit) de la Wallonie, la Flandre réagit de la même manière ».
La presse s’est empressée d’utiliser ce concept comme le Standaard du 2 février 2010 qui
titrait : « la Flandre se wallonise-t-elle ? ».
Mais si ce terme est aussi populaire, que mettent-ils vraiment dans ce vocable douteux ?
Douteux parce qu’il intègre tous les clichés sur la Wallonie qu’ont les Flamands). Leur patronat (Thomas Leysen (FEB), Herman Daems (Société flamande d’investissement GIMV)) comme les politiques
(Herman et Eric Van Vompuy, Alexander De Croo…) n’ont depuis plus cessé de l’utiliser dans le sens que frappée par la crise économique (fermetures de grandes entreprises comme Opel, Ford. Et
demain Volvo et Audi ?) la Flandre se mettrait à ressembler à la vision qu’ils ont de la Wallonie.
A noter que deux versions du terme circulent.
Une première : la Flandre se met à ressembler à la Wallonie avec un chômage élevé, une
emprise suffocante des pouvoirs publics, une morosité économique générale, des syndicats « agressifs » et des routes qui se dégradent…
L’autre – plus discrètement évoquée et pour cause – veut que : « ce que les Wallons
font, ils le font mieux »…
Et c’est vrai, toute proportion gardée, on peut observer que le chômage augmente en Flandre plus
sensible au retournement de conjoncture, le nombre de fonctionnaires flamands croit (50% des fonctionnaires sont flamands d’après une étude publiée en 2010 par Dexia), la décision économique
s’éparpille, le taux d’activité est bas (le nombre de chômeurs de plus de 50 ans augmente et 70% des travailleurs qui ont choisi un crédit-temps sont flamands.
Certes, l’économie flamande conserve de solides atouts, les finances publiques y semblent plus
saines et le taux de chômage y est plus bas. Mais, le doute s’est bien installé.
Quoi d’étonnant à ce que le président du plus grand parti - de droite - se fasse le relais de ce
doute en proposant des mesures conformes à ses vues. Il vise bien évidemment les politiques qui auraient conduit la Wallonie où elle est, ces partis qui, sauf pour de brèves périodes, sont au
pouvoir au fédéral depuis la dernière guerre. Il vise le PS(B !) et le PSC-CDH. Ces derniers se sont d’ailleurs empressés de botter en touche en disant que De Wever s’en prenait aux Wallons…
Et le tour est joué, on le diabolise ainsi à bon compte. Un indépendantiste flamand, même démocrate, ne peut être qu’un nazi, évidemment. Les militants wallons pourtant issus de la Résistance ont
eux été traités d’inciviques lorsqu’ils ont mis en cause l’unité factice de la Belgique en prônant une régionalisation. Alors qu’un nationaliste belge est paré de toutes les vertus. Rien de
nouveau sous le ciel belge…
Ceci dit, la métaphore est péjorative, j’en conviens. Mais, il s’agit là d’un
procédé courant. L’écolo Marcel Cheron n’a-t-il pas parlé un jour « d’ hennuyèrisation » pour critiquer la politique choisie pour le développement de Nivelles ? Ne parle-t-on
pas - mais là, ce n’est pas péjoratif - de « bruxellisation », puisque c’est un terme utilisé par les urbanistes pour désigner
les bouleversements urbanistiques d'une ville livrée aux promoteurs au détriment du cadre de vie de ses habitants ?
J’ai pour ma part une toute autre définition du terme « wallonisation ».
C’est la stratégie belge de pillage systématique d’une région, la
Wallonie, au profit de la capitale d’un pays et d’une autre région sous couvert de solidarité nationale.
C’est ainsi que depuis 1830, on a considéré que ce qui était bon pour la Flandre et Bruxelles était bon pour la Wallonie, et
vice versa. Cette phase de « solidarité nationale » visant à développer un axe économique puissant Bruxelles-Anvers ( la belgicisation ?) a duré jusqu’à la crise de la sidérurgie
wallonne. Et quand ce fut au tour de la Flandre d’assumer le rôle de région contributrice, les élites flamandes ont très rapidement entamé une campagne - toujours en cours - de dénonciation des «
transferts » vers la Wallonie. « La Flandre a refusé de venir au secours de la sidérurgie wallonne », explique Michel Quévit dans son livre « Flandre-Wallonie, Quelle solidarité ? ». Le
ton a été donné par l’ACV, l’aile flamande de la CSC (le syndicat chrétien) – « plus un franc flamand à la sidérurgie
wallonne » – et, côté politique, par Eric Van Rompuy, qui, en 1979 – il est président des CVP Jongeren –, déclarait : « J’en ai assez du poids wallon ! La Flandre en a
marre de supporter le poids économique de la Wallonie. »
Quand il s’est agi d’aider la sidérurgie wallonne, on a décidé d’aider aussi d’autres secteurs, regroupés dans ce que l’on a
appelé les « secteurs nationaux » (sidérurgie, textile, fabrications métalliques, automobile, construction navale, verre, charbonnages…qui, ceux-là, intéressent tout spécialement la
Flandre). De 1977 à 1980, la Flandre a ainsi capté 77 % des aides de l’État (La sidérurgie, sur la même période, reçoit 22 % des aides, dont une partie profite à Sidmar, qui n’en a pas besoin,
étant notamment déjà aidée par les lois d’expansion économique).
Pourtant, il aurait été logique que la Wallonie, qui était en déclin, reçoive la plus grande part de ces fonds. C’est à ce
moment-là qu’a sonné le glas de la solidarité économique et à partir des années 90, c’est la solidarité sociale qui est remise en cause.
Mais qui le sait aujourd’hui ? Qui en est conscient, ou plutôt qui osera la dire dans une presse aux ordres
des politiques qui se gargarisent d’avoir « sauvé le pays » ? Quand cessera-t-on de mentir au peuple wallon ?
Et une petite réflexion pour terminer. On peut s'étonner du succès de certaines formules et de leur persistence
dans le temps. Parfois malgré leur grande bêtise. Il y a la légende (fausse !) des Wallons qui auraient refusé le bilinguisme dans les années '30, par exemple dont l'origine est inconnue mais qui
est encore aujourd'hui répercuté dans la presse.
Mais il y en a d'autres dont l'origine est connue : "Les francophones ne sont demandeurs de rien" (Maingain) ou
encore : "le confédéralisme est le fédéralisme des cons" (Delperée) et qui sont tout à fait idiotes, mais ont beaucoup de succès.
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