« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Si la Belgique disparaît (...) l'incompréhension des centralisateurs nationalistes en aura été cause tout autant que le fanatisme conquérant des flamingants » (Jules Destrée : Wallons et Flamands, Paris, 1923, p. 175)  

*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)
*

« Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? » (Amin Maalouf)

 

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /2010 12:38

Pourquoi les Régions n’appliqueraient-elles pas, entre elles, comme minimum, les règles qu’elles seraient conduites à accepter si elles devenaient indépendantes ? C'est la question que pose Philippe De Schoutheete, ancien représentant permanent auprès de l'UE, dans La libre de ce jour.

Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions - Communauté : Avenir de la Wallonie
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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /2010 06:35

Nous assistons en ce moment à un retour médiatique du MR. Logiquement dans son rôle d’opposition et n’étant pas convié à la table de négociation, ce dernier juge très sévèrement les négociations en cours.

D’après ceux qui se sont exprimés, le MR aurait mieux défendu les intérêts des francophones (encore faut-il définir ce qu’il entend en utilisant ce terme non spécifique) dans la négociation s'il y avait été invité. « Il est tout de même curieux que le premier parti à Bruxelles et le deuxième parti en Wallonie ne soit pas associé » précisent-ils avec une touchante unanimité...

 

Voire ! Si mes souvenirs sont bons, De Wever était plus que favorable à la présence du MR à la table de négociation… Malgré la présence des ultras du FDF et pas uniquement parce que ce parti est de centre droit.

 

Fallait-il inviter le MR ? La politique ne se fait jamais sur base de bons sentiments, mais sur des rapports de force. Le MR a perdu les élections et si je compte bien, les partis francophones autour de la table représentent 62 % des élus francophones de BHV. Soit les deux tiers malgré les voix de cet arrondissement qui se sont perdues pour faire élire un personnage de l’ultra-droite – pour ne pas dire plus - en Brabant wallon par le biais de l’apparentement. (Et c’en est un fameux de biais !).

 

En face, les seuls CD&V et N-VA totalisent 44 élus flamands sur 88, soit exactement 50 %. Les 18 élus du SP.A et de Groen ! qui font l’appoint permettent de dépasser, là aussi, les deux tiers. Sans compter l'appui extérieur des... libéraux.

Les Flamands de BHV sont représentés, eux, par 78 % de leurs élus.

 

Pour aller plus loin, les deux camps sont donc largement représentatifs des deux communautés. Si l’on se base sur la seule Région clairement délimitable, les Wallons sont représentés par 35 élus sur 49, soit 71 %. Notons qu’il en va de même pour la Flandre (hors BHV) représentée par 56 élus sur 79, soit là aussi : 71 %.

 

La principale pierre d’achoppement étant les limitations de la Région de Bruxelles et son financement, la répartition des négociateurs des partis représentatifs des bruxellois - tant Flamands que Francophones - autour de la table est donc équitable et démocratique. Difficile de trouver d’autres marges de manœuvre compte tenu des résultats électoraux. C’est le choix logique du pré-formateur qui a privilégié les partis gagnants en premier. Ce qui n’a pas toujours été le cas dans le (proche) passé. Combien de majorités composées de battus aux élections n’ont-elles pas gouverné ?

 

Je peux comprendre la déception de ceux qui ne sont pas de cette négociation, mais toute autre considération ressort de la logique partisane. C’est le jeu.

 

Difficile d’en dire plus à cette heure sur les résultats. Nous n’avons – en tant que citoyens ordinaires - que peu d’informations sur les acquis des négociations. Certes, on est en train d’organiser une très grande réforme de l’Etat, il semble bien y avoir trop d’avancées pour dire arrêter, mais pas assez pour dire avancer vraiment.

On entend dire qu’on a parfois l’impression que les Flamands ont tout demandé et tout obtenu. Mais si on analyse concrètement le programme électoral de la N-VA, on se rend compte que c’est loin d’être vrai. Ecolo, Groen !, le CdH et le SP.A jugent qu’il y a suffisamment d’éléments sur la table pour un « compromis honorable ». Le CD&V aurait « vendu son âme au diable »  en 2007 pour obtenir le dixième de ce qui est sur la table aujourd’hui. Aucun des ténors bruxellois du PS ne se manifeste. Certes, on peut efectivement considérer que les partis francophones ont fait des concessions. Mais les Flamands avaient des revendications précises et nombreuses. Les « francophones » n'étaient « demandeurs de rien » suivant l'expression inventée par Monsieur Maingain (du MR !) (et reprise bêtement par tous les autres). Dans toute négociation, surtout si les points de vue sont diifférents, chacun doit céder un peu. Quand on part de rien, on ne peut que reculer. 

Attendons de juger sur pièce. Tout en nous réjouisant des avancées en matière d'autonomie pour la Wallonie.

 

Quelles que soient les péripéties à venir, les acquis de cette négociation serviront de socle aux prochaines.

 

Mise à jour : Suite à ce que j’écrivais ci-dessus et à la conférence de presse de Di Rupo de ce matin, entre le compromis ou le chaos, le choix semble… simple !

 

Décidément, « l'Histoire du futur » reste à écrire. 

Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /2010 00:01

Ce n’est pas sans un serrement de cœur que j’invoque aujourd’hui la mémoire de ceux dont l’histoire parle à peine.

 

Avant d’être contraint de s’engager dans la funeste campagne de Russie, Napoléon avait, par un décret du 14 mars 1812, constitué des régiments d’infanterie de ligne avec des Gardes nationaux du « 1er ban », c'est-à-dire des hommes de 20 à 25 ans. Destinés en principe, à la sécurité des départements et à la défense immédiate des frontières, le désastre russe avait amené ces régiments en renfort de ce qui restait de la Grande Armée reconstituée en Saxe au printemps 1813. De nos jours, on pourrait dire qu’ils sont passés des forces de défense de l’intérieur aux forces d’intervention.

Parmi eux, les 147ème  et 148ème de ligne firent partie du Vème corps d’armée du Général Lauriston.

 

Ils ne tardèrent pas à être engagés et participèrent aux opérations autour de Breslau et aux victoires de Bautzen et de Lutzen en mai 1813. L’armistice qui suivit leur donna quelques repos. Mais le 16 août les deux régiments furent mêlés aux sanglantes affaires de Goldberg, le 23 août de la Katzbach et du Bober les 16 et 29 août pour se retrouver à la grande bataille de Leipzig.

 

Assaillis par des forces très supérieures, par un temps épouvantable, aves deux rivières à dos grossies par des pluies torrentielles qui emportaient les ponts et rendaient les cartouches inutilisables, le 147ème fut presque complètement anéanti.

 

«  L’Historique des Corps des Troupes de l’Armée Française » nous dit : « Acculé aux inondations du Boher, le 147ème, qui refuse de se rendre, est presque entièrement détruit ».

 

Régiment, pour deux (*), tiers composé de Wallons issus des départements, de l’Ourthe (540 liégeois), de Sambre-et-Meuse (348 namurois), des Forêts (420 Ardennais),  de la Dyle (ancien Brabant unitaire) (924 hommes) soit 2280 sur un effectif de 3200.

 

Dans notre histoire, qui rappelle le 147ème de la Grand Armée dont on aurait pu dire de lui comme de la Vieille Garde : « le 147éme est mort mais ne s’est pas rendu » ?   

 

ILs sont morts pour la défense des Droits de l'Homme face aux anciens régimes, pour leur Empereure et surtout pour la France.

 

(*) Le complément avait été levé dans les départements hollandais et allemands.

 

A noter que si grandes que furent leurs épreuves, les armées de Napoléon étaient des armées de célibataires. Elles ne traîneront pas avec elles cette lourde angoisse qui pèsera sur les régiments de pères de familles qui composeront par la suite les armées démocratiques.

Par Claude Thayse - Publié dans : Coup de coeur
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Mardi 24 août 2010 2 24 /08 /2010 06:25

Intitulé : "Ça sent l'orange bleue", l'édito revient sur les résistances des partis "francophones" à la régionalisation de l'impôt.

 

"Une fermeté étonnante" écrit-il  "car l’IPP est déjà partiellement régionalisé (autonomie de 6,75 %) et le périmètre dessiné par Elio Di Rupo porte la marge à 10 ou 13 %". D'autant plus étonnante que de nombreux spécialistes des finances publiques plaident pour une extension de cette fourchette, afin que les Régions soient, enfin, autant maîtres de leurs recettes que de leurs dépenses... Ce que les présidents de parti savent très bien.

 

Leurs réticences viendraient donc d'ailleurs. Il cite trois pistes dont :

1. La crainte : l’IPP régional marquerait très concrètement une évolution du pays qu’ils ne sont pas certains de vouloir,

2. L’anticipation : si la préformation file vers l’échec, l’opinion comprendra mieux l’argument "argent et solidarité" que BHV.

 

Bien vu !

 

Mais c'est grave ! Agir ainsi, c'est  mentir aux Wallons et ce m'est pas en cachant la vérité aux gens qu'on prépare l'avenir. Ppour paraphraser Georges Clemenceau, je finirai par croire que la politique est une chose trop grave que pour être confiée à des politiciens ! 

 

 

PS : J'aime beaucoup cette petite phrase trouvée sur le site de "La Libre" : "A un moment donné de la négociation, si la N-VA poursuit vraiment dans cette voie de la surenchère et de la demande de régionalisation de l’IPP , décrypte une source francophone, on va dire : "OK, mettez vos schémas pour la révision de la loi de financement sur la table", et on verra très bien que ces schémas appauvrissent considérablement les francophones. Alors, on dira : "Si vous voulez discuter de cela, eh bien discutons aussi des pensions. Et eux nous rétorqueront qu’il faut parler de la dette. C’est l’escalade. Et on va négocier la fin du pays..."

 

Et tant qu'a faire, je ne résiste pas à vous redonner ce morceau d'anthologie :

«  la Belgique devrait envoyer des spécialistes du droit constitutionnel en Irak pour aider ce pays à résoudre ses problèmes de minorités parce que la Belgique est experte en la matière  »... (LOUIS MICHEL 2004)

 

Par Claude Thayse - Publié dans : Actualité - Communauté : Avenir de la Wallonie
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Jeudi 19 août 2010 4 19 /08 /2010 10:09

Je l'ai déjà dit, je supporte très mal tous les intégrismes. Qu'ils soient religieux, philosophiques ou politiques. Ce qui me vaut d'ailleurs la haine profonde de ceux qui sont certains de détenir "La Vérité" dans leur domaine. Je suis un sceptique, adepte du doute raisonné.

Je suis frappé par la volonté de simplification qui guide tellement de "raisonnements" (le mot ne convient pas vrament !) ou plutôt de jugements définitifs sur la situation politique actuelle. Je constate souvent que cette simplification est gouvernée par une très grande méconnaissance dee l'Histoire.

 

Pour l'instant, l'homme à abattre, c'est Bart De Wever (N-VA). On oublie que les francophones - tout en étant demandurs de rien - ont défendu des positions qui étaient et sont encore inacceptables aux yeux des Flamands. Leur exigence d'élargir Bruxelles et de revoir le tracé de la frontière linguistique remet en cause tout ce qui a été négocié depuis 1889, c'est-à-dire depuis le moment où on a commencéà territorialiser la réforme de l'Etat.

En 1889, la loi sur l'utilisation du flamand en matière répressive prévoit que, dans certaines communes, les Flamands pourront utiliser leur langue en justice. A partir de cette date-là, on va dire : à Gand, à Termonde, à Courtrai, on parle le flamand. Pour la première fois, on trace la frontière linguistique. Depuis 1889, on peut donc dire "Je vis en Flandre " ou "Je vis en Wallonie ".

La deuxième étape importante, c'est le "compromis des Belges", en 1929.  Il est clair : désormais, il est arrêté qu' on parle le néerlandais sur le territoire flamand ;on parle le français sur le territoire wallon et à Bruxelles, on est dans une logique bilingue. Formulé autrement, on arrête de franciser la Flandre et de flamandiser la Wallonie. 

Ensuite, en 1962 et 1963 on a fixé la frontière linguistique. A part des points litigieux, comme les Fourons, le tracé de  cette frontière relevait d'un accord entre Flamands et Wallons. En le remettant en cause, les partis francophones ont fait le jeu de la N-VA.  Le couloir de Rhode-Saint-Genèse avait déjàété proposé dans les années 1970 par André Lagasse, l'un des fondateurs du FDF décédé récemment (**). Défendue au départ par une fraction du FD, elle a été, jusqu'aux denières élections, brandie par les quatre partis francophones e"ssentiellement pour des raisons électorales. Il est évident, quand on prend un peu de recul que cette proposition sape les fondements selon lesquels les quatre régions linguistiques - Flandre, Wallonie, Bruxelles, Communauté germanophone - doivent se respecter et ne pas chercher à déplacer les frontières à leur avantage. C'est une remise en cause  de l'acquis fédéraliste, construit patiemment et difficilement depuis la fin de xixe siècle. (***)

Soyons réalistes. En agissant ainsi, les francophones envoient en réalité le message qu' il faut unir la Wallonie et Bruxelles, comme ça, on sera deux contre un, et la Flandre sera perdante. Comment s'étonner ensuite des exigences flamandes ?

Elle est bien loin l'époque où le nationalisme flamand était incarné par la Volksunie et  où certains partis wallons (le Rassemblement wallon en particulier) discutaient avec ses représentants, ce qui a permis aux esprits d'évoluer et de préparer les réformes qui ont suivi. Cette tradition du dialogue s'est perdue. Les Wallons ont perdu leur originalité dans l'amalgame francophone. Di Rupo ne connaissait pas De Wever.

 

C'est un constat.

J'y pensais en écoutant ce matin Hendrik Vuye, constitutionnaliste, professeur aux FUNDP (Namur), mais aussi l'expert consulté par la N-VA pour les matières institutionnelles. Relisez-l'interview ici  

 


(*)A l'époque, il existait cette crainte que les ouvriers flamands, de plus en plus nombreux en Wallonie, finissent par y imposer leur langue. Les nouveaux arrivés hissaient des drapeaux flamands dans des communes sidérurgiques ou minières. Ils venaient avec leur curé, organisaient des messes en flamand. De plus, la loi sur l'enseignement autorisait l'ouverture d'une école en néerlandais partout où un certain nombre de pères de famille le demandaient. Vous pouviez avoir des écoles flamandes à La Louvière ou à Seraing... Les lois linguistiques des années 1930 vont   y mettre fin, et consacrer le principe de territorialité linguistique. Mais c'est bien oublié aujourd'hui.

 

(**) On se souviendra que François Perin (constitutionnaliste) s'en était gaussé en parlant de " pédoncule ."

 

(***) Mais peut-être est-ce voulu... J'avoue avoir peine à croire à un tel machiavélisme...

Par Claude Thayse - Publié dans : Réflexions - Communauté : Avenir de la Wallonie
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